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lundi, 19 novembre 2007

Les "Enfants de la paix"

Alors qu'un nouveau scandale concernant des allégations d'abus et d'exploitations sexuels impliquant un casque bleu de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) fait l'objet d'un enquête interne à l'ONU 1622cd815f3917b5fb9825b415d55fd4.jpg, venant s'ajouter à plusieurs autres affaires d'abus sexuels (y compris sur des mineurs), de prostitution et de trafics de minerais qui mis cette mission au devant de l'actualité depuis son déploiement en 2001, revenons sur une histoire similaire qui est survenue il a plusieurs mois en Côte d'Ivoire et impliquant des soldats du contingent marocain de l'Opération des Nations Unies dans ce pays (ONUCI).

Toutefois, avant d'en venir au cas de l'ONUCI donnons quelques informations relatives à la nouvelle affaire impliquant la MONUC. On a ainsi appris samedi 17 novembre dernier, l'ouverture d'une enquête pour des allégations concernant un cas d'abus et d'exploitation sexuels avec violence survenus dans la nuit du 13 au 14 novembre 2007 impliquant un casque bleu du contingent marocain de la MONUC basé à Bunia, capitale de la province de l'Ituri (nord-est de la RDC). Ce soldat aurait eu des rapports sexuels avec une jeune congolaise qui l'accuse de ne pas lui avoir payé la somme convenue en échange de ses faveurs et de l'avoir blessé au visage par arme blanche.

Ces quelques faits montent qu'on se trouve vraisemblablement face à un cas de prostitution. toutefos, dans l'attente de nouveaux développements relatifs à cette nouvelle affaire qui remet au goût du jour ces pratiques tant décriées impliquant certains éléments d'opérations de maintien de la paix de l'ONU,  revenons sur le cas qui a concerné l'ONUCI. Pour rappel, l'affaire impliquant des soldats du contingent marocain de l'ONUCI avait éclatée au grand jour par la révélation de la naissance d'une dizaine d'enfants à Bouaké, fruits des "bonnes relations" qui s'étaient peu à peu tissées entre certains soldats appartenant à ce contingent et certaines filles appartenant à la population locale de cette ville du centre du pays. Cette révélation est survenue, comme une illustration, dans le contexte d'un scandale qui mettait en cause des casques bleus de l'ONU, en l'occurrence ceux du contingent sus-évoqué, pour des allégations d'exploitations et abus sexuels. Ces accusations lui avaient, malgré la vive protestation surprenante des populations qui avaient alors apporté leur soutien au contingent incriminé, valu de se voir cantonné dans ses quartiers et l'ouverture d'une enquête pour établir les faits. Il s'était également avéré qu'un véritable système de prostitution s'était développé autour de ce contingent et que plusieurs de ses soldats (qui apparemment avaient déjà des familles dans leur pays) s'en étaient retournés chez eux en laissant derrière eux leurs progénitures sans donner de nouvelles.

Au-delà des scandales et soupçons d'exploitations et abus sexuels et de pratiques diverses, contre lesquelles la politique onusienne de tolérance, de complaisance et d'impunité zéro doit tout naturellement s'appliquer, compte tenue de la crédibilité que doit conserver toute intervention de l'ONU, fut-elle conduite par des hommes originaires de pays différents, il est primordial que les soldats, hommes et femmes (à ce propos, que dirait-on si une femme en service pour l'ONU entretenait une relation avec un "local", histoire d'amour?), servant sous sa bannière fassent preuve du plus haut degré d'intégrité et soit l'incarnation des idéaux (bien que cette position puisse s'avérer d'un angélisme béat) que se veut porter l'organisation au niveau mondial; cela encore plus dans des contextes souvent marqués par des années d'injustice, de violence physiques et psychologiques sur les populations.

Toutefois, au-delà de ces affaires d'exploitations et abus sexuels, il ne faut pas méconnaître, par pour excuser ou relativiser ces faits, le caractère humain des hommes et femmes servant sous mandats onusiens, avec ce que cela comporte comme qualité, sens du dévoiement et du devoir et défauts propres à la nature humaine. De plus, de tout temps, et dans chaque situation mettant en contact des troupes étrangères et des populations d'un pays ou d'un territoire particulier, que ce soit dans le cadre de guerres, d'occupations militaires et bien entendu d'opérations de maintien de la paix, des relations se sont établies entre ces différents acteurs du fait notamment de la cohabitation et des interactions de plus en plus croissantes qui ont en partie, concernant les opérations de paix, pour explication le fait que ses soldats et personnels se voient singulièrement confiés des missions (de maintien de l'ordre, de sécurisation et de protection, de camps de réfugiés ou déplacés, de protection des droits de l'homme, etc.) dans des zones d'habitation, au milieu de villes; interactions aboutissant nécessairement  à l'établissement de liens particuliers qui peuvent aussi bien se fonder sur des logiques d'exploitation ou de profit de la misère ambiante que sur de réelles relations humaines; relations pouvant également permettre la mise en place et le développement "d'économies de la chair". Force est de reconnaître que à ce propos que de nombreux couples se sont formés pendant la guerre du Viêt-Nam entre soldats américains et femmes vietnamiennes (même s'il y a aussi eu des cas d'exploitations et d'abus et notamment de viols pendant ce conflit). Cela étant dit, on peut se demander s'il y a-t-il une place légitime et acceptée, par l'ONU notamment ou les pays dont sont originaires les soldats, même si pas encouragée, pour ce dernier type de relations dans le cadre des opérations de maintien de la paix?

Bien sûr, il ne s'agit pas ici de faire l'amalgame et de mettre sous le même chapitre exploitations et abus sexuels et les relations qui peuvent naturellement s'établir entre un homme et une femme au-delà du contexte dans lequel elles évoluent. A ce titre, on pourrait également se demander si la "déontologie" et le code de conduite des opérations de maintien de la paix l'ONU qui interdissent aux soldats et personnel en général d'établir des relations intimes avec les populations locales, nonobstant son bienfondé et notamment les dérives contre lesquelles  cette posture voudrait lutter, est réaliste.

Pour terminer, il faut préciser que ces cas de mauvaises conduites, qui entachent quelque peu la renommée des soldats de la paix de l'ONU, ne représentent que des situations marginales qui ne doivent en aucun cas remettre en cause le rôle central et de plus en plus important que joue la dizaine d'opérations de l'ONU actuellement déployée dans de nombreux contextes de conflits et de reconstruction post-conflit de par le monde.

16:06 Publié dans Opérations de paix | Lien permanent | Envoyer cette note

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