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lundi, 23 juin 2008

Les nouveaux chantiers de la politique de coopération française

Depuis l'arrivée du nouveau président français, Nicolas Sarkozy, de nombreux chantiers de réforme ont été lancés et mis en oeuvre dans plusieurs domaines tels que la politique étrangère. C'est sans doute dans cet ordre d'idée que s'inscrivent les nouveaux chantiers pour l'Afrique ouverts par le nouveau titulaire du poste de Secrétaire d'Etat Chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet.
 
Arrivé à ce poste à la suite du remaniement ministériel survenu en mars 2008, Alain Joyandet affirmait son attachement au continent africain, la nécessité de parler de cette partie du monde en bien et de lui venir en aide; cela s'est matérialisé par une tournée de plusieurs mois qu'il a entrepris à travers le continent afin de dialoguer avec toutes ses forces vives pour écouter leurs besoins et attentes dans la relation avec la France. A l'issu de ce voyage il a identifié huit chantiers sensés répondre aux besoins de cette Afrique qui "bouge, est entrée de plain-pied dans la mondialisation", de cette Afrique qui connait un redémarrage de sa croissance et de cette Afrique qui "réclame la France; souhaite 'plus de France'".
 
Ces chantiers annoncés le 19 juin dernier lors d'une conférence de presse sont également sensés répondre à l'intérêt et à l'investissement croissant dont cette partie du monde fait l'objet de la part de pays émergents tels que la Chine. Et comme pour ces derniers, curieusement, ce "réinvestissement" de la France doit aux dires du Secrétaire d'Etat français s'ancrer dans "la réciprocité, la confiance mutuelle, l’entente" avec pour objectif principal "repositionner la France sur l’échiquier africain et encadrer sa coopération". Il faut également préciser que cette nouvelle approche reposera sur deux piliers: le développement économique et le rayonnement culturel.
 
Le Secrétaire d'Etat a renouvelé une annonce de la France en déclarant "qu'à partir de l’année prochaine, nous allons augmenter de 25% nos engagements -à travers l’Agence Française de Développement, AFD- en direction des pays du Sud. L’Afrique sera la principale bénéficiaire de cette somme qui représente 1 milliard d’euros." De manière générale, il est question pour la France de "modifier la structure de son aide" afin "d’entrer dans l’ère du partenariat (...) avec une relation pragmatique fondée sur la responsabilité mutuelle, le « parler vrai » et sur une exigence de respect de la parole donnée." L'on est tenté de penser que tout cela était déjà le cas...
 
Plus concrètement, les nouveaux chantiers s'articulent autour des éléments suivants:
 
- Soutenir le secteur privé africain en "incitant plus encore les entreprises françaises à investir en Afrique et en se donnant les moyens de financer les initiatives des jeunes générations d’Africains qui veulent créer eux-mêmes leur entreprise";
 
- Relancer les agricultures africaines afin de leur permettre d'assurer l'autosuffisance alimentaire (il faut rappeler que dans les années 80 on parlait déjà d'autosuffisance alimentaire dans de nombreux pays africains) des populations africaines. Ce besoin est devenu crucial avec la crise alimentaire causée en partie par l'augmentation des prix de certains produits alimentaires de première nécessité tels que la farine, le riz ou le lait; crise qui s'est manifestée par des émeutes de la faim qu'ont connu plusieurs pays africains.
 
- Renforcer le rôle et les capacités des femmes afin d'en faire de véritables acteurs du développement du continent;
 
- Tripler en 4 ans la présence des volontaires internationaux français (jeunes et séniors) sur le continent africain. Ces volontaires sont sensés apporter leur expertise et savoir-faire dans de nombreux domaines tels que l'agriculture et naturellement contribuer au rayonnement culturel de la France;
 
- Accroître le soutien aux et la collaboration de la diplomatie française avec les ONGs nationales afin de bénéficier de manière accrue de leur expertise et d'en faire des acteurs centraux dans la délivrance de l'aide publique au développement française;
 
- Renforcer l'enseignement et l'apprentissage de la langue française au-delà de ses frontières historiques;
 
- Accroître le rayonnement de la France à l'extérieur en harmonisant, confortant et valorisant l’action de son audiovisuel extérieur (TV5 monde, France 24 et RFI);
 
- Revoir les relations de défense de la France avec le continent afin de l'aider et de l'accompagner dans ses efforts pour se doter d'outils et de moyens autonomes pour assurer sa sécurité et sa stabilité. Cela passera nécessairement par la révision des accords de coopération militaire et de défense en vigueur.
 
Voici brièvement présentés les axes autours desquels la nouvelle politique de coopération de la France vis-à-vis de l'Afrique devrait s'articuler dans les années à venir. Il est tout de même curieux que la définition de ces chantiers n'intervienne qu'à ce moment particulier; ainsi on peut se demander si leur présentation représente la suite du travail qu'avait ou qu'aurait entrepris le premier titulaire de ce poste, Jean-Marie Bockel, dont les motifs du "débarquement" en mars 2008 avaient suscité un certain nombre de spéculations quant au rôle joué par certaines personnalités africaines qui n'auraient pas apprécié certaines de ses prises de position? Ces chantiers sont-ils la marque de la vision et de l'approche du nouveau Secrétaire d'Etat? Interviennent-ils dans le cadre de la toute prochaine présidence française de l'Union Européenne qui a vu au cours des mois qui l'ont précédé le lancement d'un certain nombre d'initiatives? On attend toufefois de voir comment ses chantiers vont se mettre en place et dans quel sens ce nouveau partenariat France-Afrique va s'orienter et surtout avec quels résultats.
 
 

Débat sur la coopération française en Afrique avec Alain Joyandet et les auditeurs de RFI


1ere partie podcast

2ème partie podcast

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