dimanche, 29 juin 2008

L'Europe à l'heure française

5b0dc6d1ccd3b0c1d54ef7421255f616.pngDans deux jours, à partir du 1er juillet prochain, et ce jusqu'au 31 décembre 2008, la France va prendre la tête de la présidence tournante d'une Union Européenne confrontée, au même titre que la plupart des pays de monde, mais certainement avec certaines particularités, à un certain nombre de défis et enjeux. Bien entendu, il ne faudrait pas accorder à cet évènement une importance disproportionnée même s'il faut reconnaître que pour le pays qui en a la charge il s'agit d'un moment politique et diplomatique  particulier qui ne survient que rarement. Par ailleurs, la place qu'occupe et entend continuer à occuper sur la scène internationale et européenne confère à cette présidence un intérêt supplémentaire.
 
La présidence française intervient dans un contexte caractérisé par le "non" Irlandais au Traité de Lisbonne qui est sensé remettre l'Europe sur les rails et qui a semble-t-il ouvert la voie une autre période d'incertitudes et de doutes pour le  projet Européen aujourd'hui et demain; ce qui représente un enjeu particulier pour la France. Compte tenu de l'environnement international et européen les priorités de la présidence française s'articuleront autour de l'énergie et du climat, de l'immigration, de la défense et de l'agriculture.
 
La perspective de cette présidence s'accompagne d'un mix d'indifférence, de doutes et d'espoirs à la fois en France et dans l'Europe toute entière. Ainsi un récent sondage organisé par le site expressionpublique.com afin d'avoir l'avis des Français sur l'UE et particulièrement sur la présidence française du second semestre 2008 met en exergue un certain nombre de réalités. Ce qui en ressort au premier abord est le fait que 48% des sondés perçoit la présidence française comme un évènement peu important à leur yeux, contre 49% pour qui il est important. On apprend également que si la France avait organisé un référendum sur le Traité de Lisbonne, 54% des sondé, contre 40% auraient voté "non"; ce qui illustre encore l'écart (grandissant?) entre l'Europe des (ou de certains) peuples et l'Europe des experts ou de Bruxelles (cela devrait servir de leçons aux Africains dans le cadre de leurs différents processus d'intégration sous-régionaux et régional). Dans le même ordre d'idée, un autre sondage organisé par l'institut de sondage BVA éclaire sur le degré de confiance des français en Nicolas Sarkozy pour donner un souffle à l'Union Européenne.
 
Les six prochains mois devraient être riches en évènements divers qu'il sera intéressant d'observer et d'analyser. Il est toutefois à souhaiter que cette présidence ne se résume pas à une sorte de "one man" ou "one country show" que beaucoup d'observateurs, à la fois nationaux et internationaux, de la politique française et en France reprochent à la France sous le président Nicolas Sarkozy.
 

podcast"Les enjeux de la Présidence française de l'Union Européenne", émission "Décryptage" sur Radio France Internationale
 

lundi, 23 juin 2008

Les nouveaux chantiers de la politique de coopération française

Depuis l'arrivée du nouveau président français, Nicolas Sarkozy, de nombreux chantiers de réforme ont été lancés et mis en oeuvre dans plusieurs domaines tels que la politique étrangère. C'est sans doute dans cet ordre d'idée que s'inscrivent les nouveaux chantiers pour l'Afrique ouverts par le nouveau titulaire du poste de Secrétaire d'Etat Chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet.
 
Arrivé à ce poste à la suite du remaniement ministériel survenu en mars 2008, Alain Joyandet affirmait son attachement au continent africain, la nécessité de parler de cette partie du monde en bien et de lui venir en aide; cela s'est matérialisé par une tournée de plusieurs mois qu'il a entrepris à travers le continent afin de dialoguer avec toutes ses forces vives pour écouter leurs besoins et attentes dans la relation avec la France. A l'issu de ce voyage il a identifié huit chantiers sensés répondre aux besoins de cette Afrique qui "bouge, est entrée de plain-pied dans la mondialisation", de cette Afrique qui connait un redémarrage de sa croissance et de cette Afrique qui "réclame la France; souhaite 'plus de France'".
 
Ces chantiers annoncés le 19 juin dernier lors d'une conférence de presse sont également sensés répondre à l'intérêt et à l'investissement croissant dont cette partie du monde fait l'objet de la part de pays émergents tels que la Chine. Et comme pour ces derniers, curieusement, ce "réinvestissement" de la France doit aux dires du Secrétaire d'Etat français s'ancrer dans "la réciprocité, la confiance mutuelle, l’entente" avec pour objectif principal "repositionner la France sur l’échiquier africain et encadrer sa coopération". Il faut également préciser que cette nouvelle approche reposera sur deux piliers: le développement économique et le rayonnement culturel.
 
Le Secrétaire d'Etat a renouvelé une annonce de la France en déclarant "qu'à partir de l’année prochaine, nous allons augmenter de 25% nos engagements -à travers l’Agence Française de Développement, AFD- en direction des pays du Sud. L’Afrique sera la principale bénéficiaire de cette somme qui représente 1 milliard d’euros." De manière générale, il est question pour la France de "modifier la structure de son aide" afin "d’entrer dans l’ère du partenariat (...) avec une relation pragmatique fondée sur la responsabilité mutuelle, le « parler vrai » et sur une exigence de respect de la parole donnée." L'on est tenté de penser que tout cela était déjà le cas...
 
Plus concrètement, les nouveaux chantiers s'articulent autour des éléments suivants:
 
- Soutenir le secteur privé africain en "incitant plus encore les entreprises françaises à investir en Afrique et en se donnant les moyens de financer les initiatives des jeunes générations d’Africains qui veulent créer eux-mêmes leur entreprise";
 
- Relancer les agricultures africaines afin de leur permettre d'assurer l'autosuffisance alimentaire (il faut rappeler que dans les années 80 on parlait déjà d'autosuffisance alimentaire dans de nombreux pays africains) des populations africaines. Ce besoin est devenu crucial avec la crise alimentaire causée en partie par l'augmentation des prix de certains produits alimentaires de première nécessité tels que la farine, le riz ou le lait; crise qui s'est manifestée par des émeutes de la faim qu'ont connu plusieurs pays africains.
 
- Renforcer le rôle et les capacités des femmes afin d'en faire de véritables acteurs du développement du continent;
 
- Tripler en 4 ans la présence des volontaires internationaux français (jeunes et séniors) sur le continent africain. Ces volontaires sont sensés apporter leur expertise et savoir-faire dans de nombreux domaines tels que l'agriculture et naturellement contribuer au rayonnement culturel de la France;
 
- Accroître le soutien aux et la collaboration de la diplomatie française avec les ONGs nationales afin de bénéficier de manière accrue de leur expertise et d'en faire des acteurs centraux dans la délivrance de l'aide publique au développement française;
 
- Renforcer l'enseignement et l'apprentissage de la langue française au-delà de ses frontières historiques;
 
- Accroître le rayonnement de la France à l'extérieur en harmonisant, confortant et valorisant l’action de son audiovisuel extérieur (TV5 monde, France 24 et RFI);
 
- Revoir les relations de défense de la France avec le continent afin de l'aider et de l'accompagner dans ses efforts pour se doter d'outils et de moyens autonomes pour assurer sa sécurité et sa stabilité. Cela passera nécessairement par la révision des accords de coopération militaire et de défense en vigueur.
 
Voici brièvement présentés les axes autours desquels la nouvelle politique de coopération de la France vis-à-vis de l'Afrique devrait s'articuler dans les années à venir. Il est tout de même curieux que la définition de ces chantiers n'intervienne qu'à ce moment particulier; ainsi on peut se demander si leur présentation représente la suite du travail qu'avait ou qu'aurait entrepris le premier titulaire de ce poste, Jean-Marie Bockel, dont les motifs du "débarquement" en mars 2008 avaient suscité un certain nombre de spéculations quant au rôle joué par certaines personnalités africaines qui n'auraient pas apprécié certaines de ses prises de position? Ces chantiers sont-ils la marque de la vision et de l'approche du nouveau Secrétaire d'Etat? Interviennent-ils dans le cadre de la toute prochaine présidence française de l'Union Européenne qui a vu au cours des mois qui l'ont précédé le lancement d'un certain nombre d'initiatives? On attend toufefois de voir comment ses chantiers vont se mettre en place et dans quel sens ce nouveau partenariat France-Afrique va s'orienter et surtout avec quels résultats.
 
 

Débat sur la coopération française en Afrique avec Alain Joyandet et les auditeurs de RFI


1ere partie podcast

2ème partie podcast

dimanche, 22 juin 2008

La "Directive retour" de l'EU

Le 16 juin dernier le Parlement Européen votait la Directive dite "Directive Retour" devant régir le retour, l'expulsion, l'éloignement, c'est selon, des étrangers des pays tiers (comprenez étrangers extracommunautaires) vivant en situation irrégulière sur le territoire européen. Déjà requalifiée en "Directive de la honte", cet acte traduit une fois de plus, et s'il en est encore besoin, l'accession de la problématique de l'immigration illégale, irrégulière ou clandestine au rang de préoccupation majeure dans les agendas nationaux et européens dans les domaines sécuritaire, social et politique.
 
A cet effet, l'immigration clandestine, au même titre que la "radicalisation religieuse en terrain musulman et le développement de sectes fondamentalistes en terrain chrétien, l'implantation des groupes terroristes se réclamant d’Al-Qaida, l'apparition de nouvelles routes de la drogue, les trafics d’armes illicites, les réseaux de prolifération, le blanchiment d’argent et les risques sanitaires", n'a-t-il pas été identifiée dans le tout nouveau Livre Blanc français sur la défense et la sécurité nationale comme l'un des problèmes de l'Afrique qui pouvait avoir des incidences directes sur les intérêts français et plus globalement ceux de l'Europe? Au même titre, "l’exposition des États du Maghreb au transit, voire à l’immigration de migrants d’Afrique subsaharienne en nombre toujours plus élevé (plusieurs millions dans la zone du Maroc à la Libye)" n'a-t-il pas été identifié comme un facteur préoccupant?
 
Alors loin de vouloir juger toutes ces nouvelles tendances, mais plutôt d'en observer la nature et les évolutions, on serait tenté, face à l'une des raisons avancées pour ce resserrement et à la pénalisation des politiques de contrôle migratoire, à savoir que c'est l'un des moyens de mieux assurer l'accueil et l'intégration des étrangers (étrangers que l'Europe ne rejette pas), de relever les échecs ou le peu de résultats, lorsque de telles initiatives ont existé, les incohérences et paradoxes, des politiques d'intégration, de lutte contre les discriminations et contre la xénophobie. Que fait ou qu'a fait l'Europe pour l'accueil de certains de ses immigrés réguliers et légaux? Que fait ou qu'a-t-elle fait pour certains de ses nationaux issues comme on dit de l'immigration (de première, deuxième troisième, etc. génération) qui continuent à être discriminé? Politique d'intégration, lutte contre les discriminations, autres combats? Il n'est bien sûr question d'affirmer que rien n'est fait par rapport à ces problèmes. Néanmoins, si l'on suit cette logique, on se réjouit d'avance de meilleurs lendemains pour ces immigrés légaux et réguliers vivant dans les pays Européens. On ne peut toutefois pas s'empêcher de se dire qu'il est certainement plus facile pour l'Europe et les pays européens, pour des raisons domestiques et du fait de leur position internationale, de s'attaquer à l'immigration, fut-elle légale ou non, que de penser et de mettre en oeuvre des politiques d'intégration.
 
Depuis qu'elle est en discussion et plus singulièrement depuis qu'elle a été votée, cette directive ne cesse de soulever des  réactions d'indignation. La plus célèbre est sans doute l'appel du président Bolivien Evo Morales que je vous propose de lire.

"Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du monde, je fais appel à la conscience des dirigeants et citoyens pour que ne soit pas approuvé le texte de la « directive retour ».

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe était un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’habitants partirent pour les Amériques, pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques.

Aujourd’hui, je suis avec préoccupation le processus de ladite « directive retour ». Ce texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l’Intérieur des 27 pays de l’Union européenne, doit être approuvé le 18 juin par le Parlement européen. Je perçois qu’il durcit de manière drastique les conditions de détention et d’expulsion des migrants sans papiers, quel qu’ait été leur temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration. Suite.

Lire également cet article: Directive retour: l'Europarlement approuve le tout-expulsion

Cette note est également publiée sur Multipol