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mercredi, 06 août 2008

La faillite du "modèle Mauritanien"?

Une fois de plus, et cela pour la troisième fois de son histoire, les militaires ont fait éruption sur la scène politique mauritanienne, donnant raison et du grain à moudre aux sceptiques et à ceux qui nourrissent des doutes quant à la pérennité des avancées et progrès démocratiques sur le continent africain. A ceux-là et aux autres qui pensent que l'organisation réussie d'une élection à elle seule suffit à instaurer la démocratie. L'instauration de la démocratie, comme sa défense sont des entreprises permanentes. Aucune nation, aucun pays, aucun Etat n'est né démocratique; ils le sont tous devenus après s'être mis sur ses rails, après avoir renforcés les mécanismes concourant à sa sauvegarde et à son renouvellement permanent. Ainsi, il était clair que le cheminement de la Mauritanie, comme celui des autres pays sur la voie de la démocratisation, est un parcours de longue haleine où rien ne doit être considéré comme acquis.
 
Dans un précédent post ("Le "modèle" Mauritanien"), à l'issu d'un processus remarquable et salué par tous qui avait conduit ce pays sur la voie d'un certain nombre de réformes politiques et juridiques avec notamment l'adoption par référendum le 25 juin 2006 d'un nouvelle constitution prévoyant notamment l'instauration d'un régime présidentiel et donnant au Parlement le droit de censurer le gouvernement (paradoxalement, le putsch actuel est semble-t-il parti d'une crise au sein du parlement dont 48 de ses membres ont claqué la porte du parti au pouvoir), la tenue les 19 novembre et 3 décembre 2006 d'élections législatives qui ont doté le pays d'une nouvelle Assemblé et l'élection en mars 2007 de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu depuis l'indépendance du pays en 1960, nous tirions déjà la conclusion que "pour le moment, le cas Mauritanien a encore à faire ses preuves dans le moyen et long terme car le chemin de la démocratisation est un long processus parsemé d'embûches et, malheureusement, souvent de freins et reculs". L'avenir nous a malheureusement semble-t-il donné raison.
 
Alors faut-il conclure à la faillite du "modèle Mauritanien"? Déjà, qualifier le parcours Mauritanien qui avait "nécessité" le passage par un coup d'état (celui du 3 août 2005) de "modèle" nous semblait déjà à l'époque (voir "Putsch en Mauritanie") une dangereuse approche ; alors au vu des rebondissements et développements survenus aujourd’hui, il semble que l’histoire se répète, ce qui renforce notre certitude dans le fait que le chemin de la démocratisation en Afrique, plus que partout ailleurs, est un long processus parsemé d'embûches et, malheureusement, souvent de freins et reculs ; dans ce domaine, il n’y pas d’acquis ; une élection, aussi ouverte, transparente et démocratique soit-elle et une alternance politique, s’ils constituent des étapes importantes à emprunter sur la voie de l’instauration de la démocratie, n’en constituent pas forcément la marque indélébile de leur adhésion dans le cercle des nations qualifiées de démocratiques, encore faudrait-il qu’une culture et des pratiques démocratiques durables et éprouvées dans le temps et par les épreuves l’illustrent. Le chemin est long, la patience et la persévérance sont donc de mises. Cela n’empêche la nécessaire intransigeance dont il faut faire preuve face au recours aux coups d’état.

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