jeudi, 06 décembre 2007

Quoi de neuf au Darfour?

d0ad42be97874cadb63cbac8feaec45d.jpgL'actualité concernant le Darfour a été assez riche ces dernières semaines avec un certain nombre de faits marquants. C'est ainsi qu'en plus de la série de documentaires intitulée "L'enfer brûle toujours au Darfour" diffusés le 4 décembre dernier et rediffusés le 6 décembre à partir de 9h55 sur Arte, l'International Crisis Group (ICG) a publié le 26 novembre un rapport intitulé "Darfur's New Security Reality", suivi le 27 novembre par une réunion publique (1) au Conseil de sécurité de l'ONU qui s'est tenu autour du Rapport du Secrétaire-général de l'ONU sur le déploiement de l'Opération hybride ONU-UA au Darfour. A l'occasion de cette réunion, le Conseil a entendu des présentations faites par Jan Eliasson, Envoyé Spécial du SG de l'ONU, et Jean-Marie Guéhenno,  Sous-Secrétaire Général en charge des Opérations de maintien de la paix, qui ont dressé un état des lieux du processus politique et notamment des négociations et efforts de paix (sous les auspices de l'UA et de l'ONU) en oeuvre depuis leur lancement le 27 octobre 2007 à Syrte (Libye) entre les principaux rebelles du Darfour et le Gouvernement Soudanais et des difficultés liées au déploiement de la Force hybride ONU-UA au Darfour (UNAMID).

De ces récents évènements, il en ressort un certain nombre de faits portant sur les situations humanitaire et sécuritaire et sur le déploiement de la Force hybride. Ainsi, il a été fait état de confrontations qui se sont multipliées entre les différentes parties, faisant de l'environnement sécuritaire et du niveau de violence dans certaines régions du Darfour un facteur de préoccupations croissant, ayant pour corollaire de réduire les possibilités d'accès des agences humanitaires aux populations nécessitant une assistance diverse (personnes déplacées et réfugiées) et de contribuer de ce fait à la détérioration de la situation humanitaire. A titre d'illustration, en octobre seulement, plus de 30.000 civils ont été déplacés par des confrontations entre les Forces gouvernementales et des groupes rebelles non signataires de l'Accord signé en mai 2005 et entre différents mouvements rebelles. Dans le même temps, sept travailleurs humanitaires Soudanais ont été tués au Darfour.

Concernant toujours la situation sécuritaire, de nombreux conflits intertribaux portant sur l'accès aux sources d'eau et sur le foncier seraient en train de se développer. De plus, les camps de personnes déplacées seraient le lieu de tensions croissantes, du fait notamment de raids des forces gouvernementales et de la circulation d'armes. Des tensions similaires gagneraient également les populations Arabes de cette région; tensions qui menacent de s'étendre à la région du Kordofan, voisine de celle du Darfour (2).

En ce qui concerne  la Force hybride, ce n'est véritablement plus un secret que sa constitution et forcément son déploiement connaissent depuis ces derniers mois des difficultés particulières relatives au recrutement de certaines de ses composantes et à l'acquisition de certains matériels tactiques nécessaires pour permettre à la Force de remplir son mandat de manière efficiente et effective, de disposer de toute la crédibilité nécessaire et d'éviter de ce fait, comme le dit Jean-Marie Guéhenno, toute situation d'humiliation qui aurait des conséquences négatives pour l'avenir des opérations de maintien de la paix. Aux dires de Jean-Marie Guéhenno, les principaux défis auxquels est confrontée la mise en oeuvre de cette Force se résument aux trois éléments suivants: la génération de la Force, l'identification finale de la composition de la Force et les questions bureaucratiques relatives notamment aux autorisations et accords entre le Gouvernement Soudanais et la Mission et principalement à l'accord sur le statut des forces de la Mission.

La génération de éléments de la Force bute notamment sur le refus des autorités soudanaises du déploiement de soldats spécialisés en provenance de certains pays tels que des ingénieurs norvégiens et des forces spéciales thaïlandaises, évoquant, comme un dogme, le caractère Africain -reconnu et accepté par plusieurs résolutions de l'ONU- qui doit caractériser cette Force. Concernant la position soudanaise, il serait intéressant d'écouter les explications du Représentant Permanent du soudan aux Nations Unies, l'Ambassadeur Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad.

Pour ce qui est du volet matériel, à quelques semaines de ce qui doit marquer le transfert d'autorité de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) à l'UNAMID et par conséquent le début son mandat, l'UNAMID ne dispose toujours pas des capacités de mobilité critiques pour opérer sur un territoire aussi grand que celui du Darfour. Il s'agit notamment d'unités de transports et de logistiques qui doivent être constituées de 18 hélicoptères et d'unités tactiques qui devront être constituées de 6 hélicoptères.

Ce sont donc là les principales informations qui ressortent notamment des briefings de Jan Eliasson et de Jean-Marie Guéhenno au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Gouvernement de Khartoum a bien sûr été vivement accusé de continuer à recourir à des tactiques dilatoires et à ériger un certain nombre d'obstacles dans la mise en oeuvre effective de la force hybride et de ne pas coopérer suffisamment avec l'ONU et l'UA dans ce domaine; chose que réfute bien entendu le Soudan en affirmant avoir respecter tous ses engagements et fourni les terrains, les services et la logistique nécessaires. Il faut également mentionner les réelles difficultés auxquelles est confronté le Département des Opérations de maintien de la paix pour rassembler les moyens aériens de la Force et notamment le peu d'empressement -qui n'est pas nouveau, rappelons le désengagement progressif des pays occidentaux des terrains de maintien de la paix Africains- des pays qui disposent de ces moyens.

Une chose est sûre, tous les aspects concernant la gestion et la résolution de la crise au Darfour se caractérisent par des progrès limités et de nombreux obstacles. Il est également clair que si les difficultés relatives à la mise en oeuvre de la Force hybride ONU-UA ne trouvent pas de solutions d'ici le 1 janvier 2008, date à partir de laquelle elle est supposée prendre le relai de la Mission de l'Union Africaine au Soudant (AMIS) et débuter ses opérations, avec plus principalement le déploiement de toutes ses composantes, hommes et matériels, aérienne notamment, et principalement d'une partie substantielle de la force susceptible de la faire disposer de toutes les capacités nécessaires dans ce contexte particulièrement difficile et exigeant qu'est le Darfour, l'espérance des populations du Darfour sera quelque peu déçue. Or, il est déjà clair que l'UNAMID mettra plus de temps à se mettre en place, avec pour corollaire un risque pour la situation au Darfour de ne pas se stabiliser et la continuation des souffrances des déplacés et réfugiés et plus généralement des populations du Darfour.

Précédentes notes sur le Darfour

Cette note est également publiée sur Multipol

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1. Il est également possible de voir la séance du Conseil de sécurité de l'ONU en cliquant ici.

2. Voir le Rapport de l'ICG.

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dimanche, 26 août 2007

Evolution de la situation au Darfour


Darfour1
Vidéo envoyée par rue89

La situation au Darfour s'est-elle améliorée? Les massacres et autres crimes y ont-ils cessé? Deux reporters donnent leur point de vue.

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mercredi, 08 août 2007

Force Hybride ONU-UA au Darfour

La résolution 1769 adoptée le 31 juillet dernier par le Conseil de sécurité des Nations Unies autorisant le déploiement de la plus grande (1) et onéreuse (2) opération de maintien de la paix actuellement dans le monde: l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (Soudan), la MINUAD. Cette mission qui a reçu pour mandat d'assurer, entre autre, la protection des travailleurs humanitaires et des populations dans cette région en crise depuis un peu plus de quatre ans a largement été salué par la communauté internationale. Elle marque une première en ce qui concerne son caractère conjoint, ONU-UA; sorte de compromis entre une Union Africaine (UA), qui malgré les difficultés diverses auxquelles elle fait face dans le déploiement de ses opérations de paix, entend renforcer son rôle dans le domaine de la paix et de la sécurité du continent, et une ONU qui malgré tout conserve une responsabilité première dans la maintenance de la paix et de la sécurité internationales et demeure à cet égard le partenaire idéal et obligé de l'UA dans ce domaine sensible. Par ailleurs, la grande mobilisation internationale dont a fait l'objet la question du Darfour, n'en faisant plus une affaire strictement africaine, que l'intervention de cette dernière n'avait pas réussi à régler, peut également expliquer cet issue.

Malgré cette décision qui marque une évolution notable dans le cadre de la gestion et de la résolution de cette situation, il ne faudrait pas faire preuve d'un trop grand enthousiasme et, au contraire, rester plus que jamais mobilisé. Il faut s'accorder ainsi sur le fait que cette force ne constituera pas la panacée à la résolution du conflit. Dans le contexte qu'est celui du Soudan et du Darfour plus particulièrement, un certain nombre d'actions et d'initiatives politiques notamment, doivent être entreprises et soutenues. A ce titre, les négociations prévues pour septembre 2007 entre le gouvernement de Khartoum et les mouvements rebelles, qui avaient été exclus du précédent Accord de paix signé en mai 2005, revêtent une importance tout aussi particulière sur la voie vers un accord de paix inclusif, bref vers une paix réelle à "maintenir". Il est tout aussi important d'établir et de mettre en oeuvre un cessez-le-feu entre tous les protagonistes (Gouvernement et ses supplétifs Janjaouites, mouvements rebelles).

Dans cette perspective, l'accord sur un plateforme commune de revendications issue de la réunion qui a eu lieu du 4 au 6 août dernier à Arusha (Tanzanie) sous les auspices de l'ONU et de l'UA constitue un pas non négligeable, quoique fragile et assez superficiel. Cette plateforme porte entre autre sur la question des compensations financières à accorder aux personnes déplacées au Darfour, sur la question foncière, ainsi que sur une meilleure représentation au niveau des institutions fédérales (écoutez l'interview de Roland Marchal sur RFI notamment au sujet de ce qu'on peut attendre de cette rencontre). La phase des négociations proprement dites avec le gouvernement de Khartoum s'annonce quant à elle plus difficile compte tenue de la réaction initiale des autorités soudanaises par rapport à certaines des demandes figurant dans la plateforme commune de revendications des mouvements rebelles (voir le lien suivant).

A présent que cette opération a vu le jour, sur le papier du moins, beaucoup reste encore à faire, d'un point de vue technique, afin qu'elle devienne un réalité sur le terrain et qu'elle puisse donner toute la mesure de sa capacité dans la perspective d'une contribution effective à la stabilisation et à l'amélioration de la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour. Sa constitution et son déploiement effectif revêtent ainsi de nombreux défis. Le premier d'entre eux porte sur sa constitution. En effet, il ne sera pas facile de rassembler les 26.000 militaires et policiers, qui selon la logique de la force, devraient principalement être Africains.

A ce niveau, l'on peut déjà exprimer quelques inquiétudes quant à la possibilité pour les pays Africains de fournir la grand partie des troupes nécessaires, lorsqu'on sait les difficultés que rencontre actuellement la Mission de l'Union Africaine en Somalie, l'AMISOM, pour obtenir les troupes nécessaires pour la stabilisation de la capitale somalienne. Ainsi, sur les 8.000 hommes qui sont supposés constituer cette force, seuls 1.600 soldats ougandais sont actuellement sur le terrain; le déploiement des autres étant retardé par des questions d'ordre logistique, par le peu de progrès dans la réconciliation et le dialogue politique et par l'absence de garanties de sécurité minimale sur le terrain pour les pays souhaitant y envoyer des troupes. Toutefois, le fait que la force qui vient d'être autorisée sera sous mandat onusien, avec ce que cela suppose comme soutien politique, financier et technique de la part de la communauté internationale, est susceptible de rassurer et d'apporter des garanties aux potentiels pays contributeurs. A cet effet, un certain nombre de pays africains et non africains (Union Européenne et Indonésie par exemple) ont déjà exprimé leur volonté d'y contribuer par l'envoi de troupes et policiers ou par un soutien financier et technique.

Dans un tout autre ordre d'idée, les forces militaires et policières africaines qui seront déployées dans le cadre de cette force devront posséder de réelles capacités techniques en terme de formation et d'équipement, prérequis qui ont déjà largement fait défaut dans le cadre de précédents déploiements d'opérations africaines de maintien de la paix sur le continent, ce nonobstant les différents initiatives et programmes ayant visé au renforcement des capacité africaines de maintien de la paix (citons par exemple l'ACOTA -African Contingency Operations Training and Assistance Program- Américain, le RECAMP -Renforcement des Capacités de Maintien de la Paix- Français, les différentes Ecoles de la paix sur le continent, etc.), qui bien qu'ayant sans aucun doute permis de faire évoluer les choses dans un bon sens, n'ont pas régler définitivement la question des capacités africaines pour le maintien de la paix.

Force est donc de reconnaître que de nombreux défis attendent cette force qui constitue un précédent dans le monde des opérations de maintien de la paix à la fois pour l'ONU et pour l'UA (3). Toujours est-il que compte tenu des défis et besoins sur le terrain, le déploiement de cette force est une nécessité et devrait permettre de faire avancer la résolution de cette question qui depuis quatre ans mobilise la communauté internationale. A ce titre, contrairement aux inquiétudes exprimées plus haut, relatifs à sa constitution, on peut déjà se réjouir de l'annonce faite par l'ONU au sujet des promesses de contributeurs de troupes et policiers.

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1. La Force sera composée de 20.000 militaires et de 6.000 policiers, auxquels s'ajouteront entre 4.000 et 5.000 personnels civils locaux et internationaux. Elle dépassera en dimension la Mission de l'ONU en RDC avec ces 21.962 personnes (militaires, civiles, volontaires, etc.).

2. Elle devra coûter un peu plus de deux milliards de dollars pour un an, plus les coûts relatifs à son déploiement.

3. Une analyse plus profonde de cette Force hybride est actuellement en cours. Elle reviendra notamment sur le parcours ayant conduit à sa création, sur sa nature, son mandat, ses enjeux, etc.

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mardi, 07 août 2007

Crisis Guide: Darfur

c94161af17ae2436d6db6b3392486ade.jpgLa question du Darfour a été abordée à plusieurs reprises sur ce blog. Elle reste malgré tout plus que jamais d'actualité. C'est la raison pour laquelle, vous est recommandé ce document fort intéressant du Council on Foreign Relations, qui constitue un outil dicdacticiel d'information qui, recourant à une approche interactive à base d'images, de vidéos, d'interviews, de liens, etc., revient sur la crise du Darfour. A ce titre, il revient de manière chronologique et succincte sur quelques faits et moments significatifs de l'histoire du Soudant depuis son indépendance, ainsi que sur les différents conflits qu'il a connu, plus particulièrement sur celui du Darfour. Ce rappel historique s'arrête toutefois au mois d'avril 2007.

Ce document revient également sur un certain nombre de conflits qu'a abrité le contient Africain en en présentant un résumé très succinct. Sont aussi présentées les différentes interventions de l'ONU et de l'UA avec des liens pour approfondir. Dans un tout autre registre, sont présentées les zones d'influence des anciennes puissances coloniales.

Depuis qu'elle a éclaté au début de l'année 2003, la crise du Darfour a mobilisé, en plus de parties non négligeables des opinions nationales Européenne et Américaine (on déplore à cet effet la passivité des opinions publiques africaines), et vu l'implication de plusieurs acteurs internationaux au rang desquels, par ordre alphabétique,  la Chine, la Cour pénale internationale, les Etats-Unis, la Ligue Arabe, l'ONU, l'UA, l'UE, et de nombreuses ONG. Le document revient sur le rôle que chacun d'entre ces acteurs a joué ou joue encore.

Pour terminer, est présentée une analyse du concept récemment créé au sein de l'ONU de "Responsabilité de protéger". Pourquoi ce concept n'a-t-il pas été mis en oeuvre dans le cadre de la crise du Darfour? Pourquoi la communauté internationale rencontre-t-elle autant de difficulté à en faire une réalité au vue de la situation humanitaire au Darfour, situation dont elle a conscience, puisqu'ayant fait l'objet de nombreux rapports de l'ONU et d'ONG. Un expert apporte une tentative de réponse à ces interrogations.

Cliquez ici Crisis Guide: Darfur

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mardi, 24 juillet 2007

Vues des candidats démocrates américains sur le Darfour

La question du Darfour a fait l'objet d'une mobilisation mondiale qui a très certainement contribué à faire avancer un certain nombre de choses. Toutefois, cette question est loin d'être règlée. Dans le coin supérieur droit, se trouve le passage d'un débat télévisé opposant tous les candidats démocrates à l'élection présidentielle américaine de 2008. Les différents candidats donnent leur point de vue sur la meilleure solution pour faire cessez ce qu'ils qualifient de génocide en cours au Darfour et sur le rôle que les Etats-Unis pourraient jouer à ce propos, s'il en a encore un à jouer.

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dimanche, 24 juin 2007

Mésentente entre la France et l'Union Africaine au sujet de la conférence sur le Darfour?

medium_Sudan-darfur.2.jpgDepuis quelques semaines, et plus particulièrement depuis l'annonce de la France de l'organisation, aujourd'hui 25 juin 2007 à Paris, d'une réunion ministérielle du groupe de contact élargie sur le Darfour, on perçoit comme une certaine réprobation chez certaines parties. Cette rencontre, au cours de laquelle seront notamment examinées la relance du processus politique, la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour, la reconstruction et le développement des zones affectées par la crise et ses répercussions régionales, a pour principal objectif  de "renforcer la mobilisation internationale autour des efforts de l'Union Africaine (UA), de l'Union Européenne (UE) et de l'ONU au Darfour et dans la région". De plus, elle intervient quelques jours après l'accord du Soudan sur le déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour.

Cette initiative, qui intervient au moment où la politique intérieure française se trouve à un tournant, voire à un nouveau départ, avec notamment l'élection de Nicolas Sarkozy comme le président qui voudrait ramener son pays au premier rang sur la scène européenne et internationale et lui faire jouer un rôle majeur et occuper la place d'acteur qui donne l'impulsion et l'initiative, constitue l'une des manifestations de la volonté des nouvelles autorités françaises de faire de la résolution de la crise du Darfour une des priorités de leur diplomatie. Toutefois, cette posture volontariste de la France, ou tout au moins le moment et la manière dont elle s'est manifestée a semble-t-il été mal perçue par certaines parties à la gestion et à la résolution de ce dossier.

Dès que l'idée de l'organisation de cette rencontre a été avancée et annoncée le 8 juin 2007, les autorités soudanaises ont exprimé leur opposition à sa tenue, jugeant, par la voix de leur Ministre des Affaires étrangères, Lam Akol, à l'issue d'un entretien avec le Ministre français des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, lors de son étape soudanaise (10 au 11 juin 2007) la date choisie pour cette initiative "inopportune", arguant, pour justifier cette opposition, l'existence de nombreuses initiatives diplomatiques sur le Darfour et appelant plutôt à une convergence vers la médiation conduite par l'ONU et l'UA (1).

La deuxième réaction à cette initiative serait venue de certains fonctionnaires de l'UA. Selon certaines informations, l'UA n'aurait "pas apprécié de n'avoir pas été consultée avant l'annonce de cette réunion". De plus, "la France aurait dû consulter l'UA, qui travaille depuis plusieurs années sur le dossier du Darfour, avant de lancer cette initiative qui n'a pas grand sens (...) et devrait plutôt s'associer à ses efforts et soutenir l'AMIS ainsi que la mise en place de la force hybride, mais pas jouer cavalier seul" (2). Voici semble-t-il les principaux griefs qui seraient à l'origine de la non participation probable de l'UA à la conférence internationale sur le Darfour du 25 juin 2007. A trois jours de la tenue de cette rencontre, malgré l'invitation qu'elle a reçu et la visite du Directeur Afrique du Quai d'Orsay au siège de l'UA à Addis-Abeba, le 21 juin dernier, on ne savait toujours pas si l'UA sera représentée à cette rencontre. Toujours est-il que l'absence de l'UA, pour le moment occultée et ignorée par l'annonce de la participation confirmée de nombreuses personnalités, pays et institutions internationales (3), pourrait justifier que l'on se pose des questions sur la manière dont est perçue cette initiative. Ce d'autant plus que l'UA est membre du groupe de contact sur le Darfour, au même titre que le Canada, les Etats-Unis, la France, la Norvège, les Nations Unies, les Pays-Bas, le Royaume Uni et l'Union Européenne. La présence du Ghana, qui occupe actuellement la présidence de l'UA, ne saurait à ce propos remplacer celles des principaux fonctionnaires et dirigeants de l'UA qui au jour le jour sont impliqués dans la gestion de la crise au Darfour, tel que le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré ou le Commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, Saïd Djinnit.

La décision d'organisée cette conférence, marque de la dynamique nouvelle, du nouvel activisme diplomatique français, (opportunisme?) et manifestement acte unilatéral (quoique louable en soi) a touché la susceptibilité (compréhensible? à juste raison?) de l'UA, qui a tout de même, et ce malgré les difficultés auxquelles sa force de paix fait face dans l'accomplissement de son mandat au Darfour et au fait que la résolution de cette crise est loin d'être acquise, pris le parti, depuis le début, de jouer un rôle de premier plan. Il était donc naturel, pour l'UA notamment, de se voir soutenue dans ses efforts aussi bien politiques que diplomatiques; au lieu de cela, elle a le sentiment d'avoir été ignorée sur ce dossier par la France. C'est sans doute cette interprétation qui serait à l'origine de la frustration de certains fonctionnaires de l'UA qui n'auraient guère apprécié, et par conséquent voulu s'associer à, l'initiative française. Du côté de la diplomatie française par contre, on ne semble pas partager cette perception des choses. En effet, selon le porte-parole du Quai d'Orsay (4), la France était "en contact très étroit avec l'UA avant cette réunion". L'UA quant à elle, aux dires du porte-parole du Quai d'Orsay, souhaiterait rester fidèle "à la ligne de conduite qu'elle a suivie jusqu'à présent, [elle qui n'a] jamais participé à des réunions du groupe de contact".

Loin d'accorder une importance surdimensionnée à ce qui semble être une simple mésentente sur une méthode ou tout au moins sur une initiative, il était important d'évoquer cette réalité. Dans la situation actuelle et compte tenue des enjeux moraux, politiques, diplomatiques, etc., qui sous-tendent la crise du Darfour et de la mobilisation dont elle est l'objet au niveau international, toutes les bonnes volontés, toutes les forces politiques et diplomatiques sont les bienvenues et toutes les synergies souhaitables pour permettre une résolution rapide et durable de cette question. A ce titre, il est nécessaire et salutaire, pour les milliers des personnes du Darfour, persécutées, réfugiées, déplacées, violées, etc., au nom et pour le salut desquelles tous semblent se mouvoir, que prévale une plus grande coordination afin que la communauté internationale puisse parler et agir de manière cohérente, solidaire et concertée, de telle sorte aussi qu'on n'ait pas l'impression que certains pays souhaitent instrumentaliser la résolution de cette crise à des fins de gloire diplomatique nationale.

Il est enfin à souhaiter que cette rencontre aboutisse sur des résultats concrets qui permettraient de mettre en place des mécanismes ou règles susceptibles de faire converger et coordonner et de soutenir de manière efficace les différentes actions et négociations diplomatiques, menées notamment par l'ONU et l'UA en vue de la relance du processus politique au Darfour devant conduire à un accord de paix inclusif, de permettre la mise en place effective et rapide des différents modules d'appui de l'ONU à la mission de l'UA au Soudan (MUAS) et le déploiement de la force hybride ONU-UA.

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1. "Khartoum rejette la proposition française", Afriquecentrale.info, 11 juin 2007.

2. "L'initiative française guère appréciée par l'UA", Afriquecentrale.info, 19 juin 2007.

3. En ce qui concerne les participations à cette rencontre, au 22 juin 2005, selon le Quai d'Orsay, les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège, l'Allemagne, au titre de la Présidence de l'Union européenne, l'Italie, la Suède, le Danemark et le Portugal seront représentés par leur ministre des Affaires étrangères; Lord Triessman, le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'Afrique, représentera le Royaume-Uni, les vice-ministres des Affaires étrangères chinois, russe et japonais seront présents. L'Egypte sera représentée par un vice-ministre, la Belgique par le ministre de la Coopération au développement et l'Espagne par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Pour l'Union européenne, outre M. Steinmeier au titre de la Présidence, M. Javier Solana, haut-représentant pour la PESC, M. Louis Michel Commissaire chargé du Développement, et M. Brylle, qui est l'envoyé spécial de l'Union européenne pour le Darfour, seront présents. La délégation de l'ONU sera conduite par le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon. Elle comprendra M. Guéhenno, Mme Margareta Wahlstrom, M. Eliasson, M. Guterres et un représentant du PNUD. Le Secrétaire général de la Ligue arabe sera présent, de même que le directeur général de l'OCI, le président de la Banque africaine de développement et le vice-président pour l'Afrique de la Banque mondiale.

4. Point de presse du porte-parole du Quai d'Orsay, 22 juin 2007.

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lundi, 11 juin 2007

La question du pétrole au Soudan

medium_Oil.jpgIl est aujourd'hui impossible d'analyser la situation au Soudan sans prendre en considération la question des enjeux pétroliers. Ils influencent significativement, toute proportion gardée, la difficile résolution de la crise au Darfour et constituent un prisme d'analyse de la position d'un certain nombre d'acteurs tels que la Chine, qui est fortement critiquée pour son soutien presqu'indéfectible apporté aux autorités soudanaises et pour les blocages dont elle serait à l'origine au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies. A ce titre, bien qu'il puisse se révéler souvent très partial de jeter l'anathème sur un acteur qu'on affublerait de tous les maux, cette aspect n'en demeure pas moins pas moins pertinent et important.

Le présent document, intitulé "Oil in Sudan. Facts and Impacts on Sudanese Domestic and International Relations", analyse l'impact de l'exploitation des ressources pétrolières sur la conflictualité au Soudan et sur ses relations internationales. Ainsi, il met également l'accent sur le rôle et l'influence qu'ont exercé et continue, dans une certaine mesure, d'exercer dans le contexte actuel, deux principaux acteurs internationaux au Soudan, à savoir les Etats-Unis et la Chine.

Cette étude fournit des informations de base sur les ressources pétrolières du pays avant de revenir sur l'histoire de leur exploration et exploitation depuis l'indépendance du pays en 1956 et plus particulièrement sur l'implication d'acteurs étrangers; à ce propos, un aperçu des intérêts de sociétés étrangères dans ces domaines (celui de l'exploration et de l'exploitation) est donné. On apprend ainsi qu'à côté de sociétés étatiques chinoise (China National Petroleum Corporation -CNPC), malaisienne (Petroleam Nasional Berhad -Petronas), indienne (National Oil and Natural Gas Corporation Limited -ONGC), des sociétés privées suédoise (Lundin Petroleum), française (Total), américaine (Marathon Oil Company), kowétienne (Kuwait Foreign Petroleum Company), suisse (Cliveden) et nigériane (Express Petroleum) se partagent, dans des proportions différentes, l'exploitation du pétrole soudanais.

L'exploitation des ressources pétrolières a joué un rôle important aussi bien dans le déclenchement du second conflit (le premier s'étant déroulé entre 1956 et 1976) ayant opposé le Sud au Nord pendant plus de vingt ans (entre 1983 et 2005), dans sa conduite que dans son règlement final; règlement qui aurait bénéficié d'une plus grande implication des Etats-Unis, en partie motivée par les enjeux liées à l'exploitation du pétrole; implication notamment dictée par la place grandissante que prenaient la Chine et ses sociétés dans ce domaine; et implication qui serait le résultat de pressions de sociétés américaines sur leur gouvernement afin qu'il change sa politique vis-à-vis du Soudan. Cet aspect est ainsi assez substantiellement, dans ses grandes lignes du moins, analysé.

Est également passée en revue l'évolution des relations entre, d'un côté, les Etats-Unis et le gouvernement soudanais et le Soudan dans son ensemble (soutien apporté par les Etats-Unis aux mouvements rebelles du Sud) et de l'autre entre la Chine et les autorités soudanaises. Sont ainsi abordés les différents chapitres de ces relations et le rôle ou l'intérêt qu'ont représenté les ressources pétrolières dans ces évolutions. Il est à ce titre intéressant de savoir de quelle manière cet intérêt s'est exprimé et dans quel sens il a fait pencher les rapports entre ces deux pays et le Soudan. Le rôle de la Chine dans cette relation est de ce point de vue intéressant à la lumière de la crise actuelle au Darfour et est illustré par les positions qu'elle adopte et privilégie au niveau de l'ONU, notamment aussi bien du point de vue du règlement (politique, humanitaire et sécuritaire) de cette situation, que des moyens pour y parvenir (dialogue et négociation diplomatiques qu'elle privilégie aux sanctions économiques et financières contre le régime de Khartoum ou aux embargos contre les armes et le secteur pétrolier soudanais, etc.).

Les enjeux pétroliers représentent un prisme de lecture et de décryptage, parmi d'autres, de la conflictualité dans ce pays à la lisière du monde africain et arabo-musulman. Toutefois, à eux seuls, et malgré l'importance qu'ils ont pu avoir dans le passé et qui peut être leur être attribué actuellement (dans le cadre de la crise du Darfour), ils ne peuvent permettre d'avoir une vision et une lecture globales des dynamiques internes et externes de ce pays.

* La photo illustrant cet article provient du Sudan Tribune

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samedi, 02 juin 2007

L'ombre d'un génocide


L'ombre d'un génocide
Vidéo envoyée par hopto

Ce documentaire intitulé "L'ombre d'un génocide" apporte des éléments de compréhension supplémentaires sur la nature de la crise humanitaire et politique actuellement en cours dans la région occidentale du Soudan (Darfour). Il présente notamment un certain nombre de ressorts de la crise du Darfour et de la situation générale au Soudan. A cet effet, il revient brièvement sur le conflit qui a opposé pendant plus de vingt ans le gouvernement de Khartoum au Sud-Soudan ainsi que sur le rôle diplomatique qu'ont joué les Etats-Unis dans la résolution de ce conflit sous couvert d'enjeux pétroliers. Sont également succinctement abordés les enjeux pétroliers qui dictent l'action ou inaction de la Chine sur cet échiquier ainsi que les enjeux diplomatiques de cette crise à l'ONU. Pour finir, il donne un aperçu du rôle et des difficultés auxquelles est confrontée la Force de l'Union Africaine.

11:20 Publié dans Crise du Darfour , Opérations de paix , Un monde en conflit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 29 mai 2007

Retour sur le Darfour

Ce mardi 29 mai, une soirée spéciale Darfour qui débutera à 20h40 (heure de Paris) est organisée par la chaîne France 5, soirée au cours de laquelle seront présentés trois documentaires. Dans le même ordre d'idée, le jeudi 30 mai, le magazine Envoyé spécial diffusé à partir de 20h50 (heure de Paris) sur la chaîne France 2 présentera deux reportages sur la Darfour avec une interview de l'acteur américain, George Clooney, auteur d'une campagne d'information et de mobilisation mondiale sur cette crise.

Dossier spécial sur le Darfour préparé par la chaîne franco-allemande Arte. Ce dossier comprend des reportages, interviews, carnets de route, chronologie, faits et chiffres sur cette crise.

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jeudi, 24 mai 2007

Darfour: retour sur une crise qui mobilise sans trouver de solution

medium_Sudan-darfur.jpgAu moment où le rapport d'Amnesty international 2007 sur la situation des droits de l'homme dans le monde, publié le 23 mai 2007, dresse un tableau peu reluisant de la situation des droits de l'homme au Soudan et particulièrement au Darfour, situation caractérisée par des viols, homicides, déplacements forcés de populations, actes de torture, attaques de convois humanitaires, etc. (1); au moment encore où un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme au Soudan, rendu public le vendredi 18 mai 2007, épingle également ce pays pour des exactions contre les populations civiles au Darfour qui ont continué entre les mois de janvier et mars de cette année; au moment enfin où un rapport d'Amnesty International, publié le 9 mai dernier, a révélé, ce qui n'était alors qu'un secret de polichinelle (2), les violations de l'embargo sur les armes (3) à destination des groupes armés non gouvernementaux au Darfour imposé par les Nations Unies en juillet 2004 par la résolution 1556 du Conseil de sécurité, violations qui entretiendraient la poursuite des violations des droits humains dans cette région; bref, au moment où la question du Darfour reste plus que jamais d'actualité, il ne serait pas inopportun de revenir sur cette situation, avec en toile de fond la conférence organisée le 10 mai 2007 à l'Institut de Hautes Etudes Internationales de Genève (Suisse) et animée par Gérard Prunier, spécialiste de l'Afrique de l'Est et auteur de nombreux ouvrages et articles sur cette région, dont le plus récent, intitulé Le Darfour, un génocide ambigu (Editions de la Table Ronde, Paris, 2005), traite largement du conflit au Darfour.

Portant sur le thème "Geopolitics and Darfur", cette conférence fut l'occasion pour Gérard Prunier de revenir sur cette question complexe pour essayer d'en démêler les principaux écheveaux et d'en présenter les ressorts historiques, culturels, sociaux, économiques, diplomatiques et géopolitiques.

Depuis que le conflit dans cette région occidentale du Soudan, grande comme la France, a éclaté en février 2003 et qu'il a été progressivement porté à la connaissance de l'opinion publique mondiale, notamment par le biais d'images et de chiffres chocs, sous le prisme d'une crise humanitaire, d'exactions et de violations de droits humains et que des accusations de génocide ou d'actes constitutifs de génocide ont été avancées par des ONG et une mission d'enquête internationale mandatée par les Nations Unies (4), de nombreuses initiatives diplomatiques ont été entreprises, plusieurs campagnes d'information, de mobilisation des opinions publiques (*) ont été lancées à l'échelle mondiale.

A ce titre, pour le conférencier, l'on ne saurait de prime abord appréhender la complexité de la situation au Darfour s'il est fait abstraction du Soudan dans son ensemble. Pour se faire, il est brièvement revenu sur l'histoire de la région du Darfour (épisode qu'il aborde plus longuement et substantiellement dans son ouvrage susmentionné) qui, s'est joué dans un contexte historique caractérisé par des rivalités et réalités coloniales du XXeme siècle. Ainsi, avant 1960, le Darfour était un territoire indépendant du Soudan; il ne tomba dans la sphère territoriale et politique du Soudan tel qu'il était alors constitué à cette époque que lorsque les rivalités entre l'Angleterre et la France se firent une fois de plus jour dans cette région du monde. L'"acquisition" du Darfour se caractérisa dans les années qui suivirent par une marginalisation accrue et par des écarts importants en termes de développement et de mise en valeur entre cette région et d'autres parties du Soudan, telles la Vallée du Nil à l'Est et le Centre du pays. Le Sud du Soudan a également souffert de cette marginalisation; ce qui fut l'une des raisons qui conduit au conflit ayant opposé pendant un peu plus d'une vingtaine d'année le Sud-Soudan au pouvoir central de Khartoum. 

Ainsi, alors que la population des trois provinces du Darfour s'accroissait, les infrastructures sanitaires, routières et éducatives n'ont pas suivi. C'est ce sentiment d'abandon et d'être méprisé par le Gouvernement central de Khartoum et, paradoxalement, la paix signée entre le Sud-Soudan et Khartoum (5), qui ont poussé deux mouvements rebelles (le Mouvement de Libération du Soudan -MLS-, souhaitant un meilleur partage des richesses et le Mouvement Justice et Egalité -MJE- de tendance islamiste et ayant un agenda plus national voire indépendantiste) composés de populations originaires du Darfour qui a mis le feu au poudre en février 2003.

Le conférencier est ensuite revenu sur la nature des oppositions dont il s'est attelé à déconstruire certaines idées préconçues. Il a ainsi insisté sur le fait que le conflit au Darfour n'était pas le résultat d'une opposition aux couleurs religieuses, avec d'un côté des Chrétiens et de l'autre des Musulmans et encore moins un affrontement aux lignes clairement démarquées entre populations "Arabes" et "Noires". La stratégie à laquelle l'on a assisté de la part du gouvernement de Khartoum pourrait se résumer à une instrumentalisation de franges de la population darfourienne prônant une idéologie raciste persistante et fondée sur la supériorité des Arabes sur les populations "noires", qui ne mériteraient que la place d'esclaves qui sied à des êtres inférieurs; ce serait au sein de ces franges que le gouvernement de Khartoum a décidé de recrutés et armés des miliciens Janjawids, auprès de qui furent sous-traités les actes qui leurs sont actuellement reprochés. Par ailleurs, pour invalider une autre idée et perception du conflit qui a largement été avancée au début du conflit au Darfour, il est important de préciser que toutes les populations du Darfour sont musulmanes. De plus, les nombreux mixages de populations rend véritablement difficile et peu évidente la distinction entre un "arabe" et un "noir".

De ce qui précède, l'on peut avancer sans risque de se tromper que la véritable nature de l'opposition à laquelle l'on assiste au Darfour se trouve plutôt dans une configuration mettant en place un centre (Khartoum) et une périphérie (Darfour) marginalisée. Cette situation, qui n'est pas propre au Darfour, porte en elle des germes conflictogènes susceptible de déclencher dans le future des revendications et soulèvements similaires dans la province occidentale du Kordofan (région contigüe du Darfour).

La situation au Darfour est aujourd'hui, plus que jamais, le théâtre de grandes manoeuvres géopolitiques et diplomatiques d'acteurs sous-régionaux, étatiques pour la plupart, essayant d'utiliser cette question et sa résolution pour faire avancer des agendas et intérêts particuliers. Sur cet échiquier, on retrouve la Libye, qui depuis les années 1980 s'est intéressée à la région du Darfour dans le cadre du conflit qui l'opposait au Tchad, qui quant à lui constitue également une des pièces maîtresses du jeu et l'Erythrée, qui malgré, ou du fait, des soupçons qui planent sur son soutien en sous-main de l'insurrection au Darfour, a proposé de jouer un rôle de médiateur. A ces acteurs, il faudrait également ajouter les soutiens diplomatiques du gouvernement de Khartoum que sont la Chine, la Russie et la Ligue Arabe qui, pour les deux premiers, sous couvert d'intérêts pétroliers (6) notamment, et pour le second, d'ignorance de la situation et de raisons "objectives (7) n'ont jusqu'à présent pas été d'un grand soutien aux efforts du reste de la communauté internationale pour trouver une solution à cette crise; ajouté à cela les ambiguïtés internes qui caractérisent et limitent la politique et l'implication américaine peut expliquer pour partie le statu quo.

Au-delà de la situation humanitaire à laquelle tout le monde s'accorde sur la nécessité de trouver une solution durable et efficace (8), il se pose la question de la relance d'un processus politique de paix réellement inclusif qui viendrait  mettre un terme à la situation "inacceptable" cristallisée par l'Accord de paix au Darfour signé le 5 mai 2006 entre Khartoum et le frange du Mouvement de Libération du soudan dirigée par Minni Minawi. A ce propos, Gérard Prunier est revenu sur cet Accord dont il a soulevé les points qui à son sens en constituaient des limites. Ainsi, outre le fait qu'il exclu plusieurs parties prenantes, il ne règle pas la question de l'indemnisation des personnes qui ont souffert de violences, de vols, et destructions de tous leurs biens et ne résout que très partiellement, sinon pas du tout, les questions relatives au partage du pouvoir.

A ce propos, Jan Eliasson, l'Envoyé spécial de l'ONU pour la crise au Darfour, qui s'est inquiété de la "radicalisation de la situation dans les camps de déplacés et de réfugiés et de la frustration qui s'y développe" (9) a indiqué que pour arriver à des négociations politiques efficaces, ainsi qu'à une cessation des hostilités, il était nécessaire de réunir les initiatives menées par l'ONU, l'Union africaine, l'Erythrée ou la Libye en un "processus convergent" qui devra inclure non seulement les autres mouvements rebelles, la société civile, les chefs de tribu et les déplacés, mais également le Tchad.

La question du Darfour constitue un véritable défi pour la communauté internationale et pour l'Afrique en particulier. Cependant, force est de reconnaître que ni l'une, ni l'autre n'a encore su y répondre de manière efficace tant les enjeux paraissent divergents.

(*) Mardi 29 mai, une soirée spéciale Darfour qui débutera à 20h40 (heure de Paris) est organisée par la chaîne France 5, soirée au cours de laquelle seront présentés trois documentaires. Jeudi 30 mai, le magazine Envoyé spécial diffusé à partir de 20h50 (heure de Paris) sur la chaîne France 2 présentera deux reportages sur la Darfour avec une interview de l'acteur américain, George Clooney, auteur d'une campagne d'information et de mobilisation mondiale sur cette crise.

Cet article est également publié sur Multipol

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1. Ces violations ont été à la fois le fait des milices Janjawids, des mouvements rebelles darfouriens et de militaires et policiers gouvernementaux.

2.  Le groupe d'experts créé aux termes d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour surveiller l'embargo sur les armes décrété en 2004 a signalé à plusieurs reprises des violations de l'embargo par toutes les parties au conflit.

3. Les armes en question proviennent notamment de la Chine et la Russie.

4. Pour en savoir plus sur ce qui a été conclu concernant les accusations de génocide au Darfour, lire le rapport de la commission internationale d'enquête qui a été mandatée par le Conseil de sécurité des Nations Unies par sa résolution 1564 du 18 septembre 2004.

 5. La paix signée entre le Sud et le gouvernement central a été le résultat de négociations menées sous les auspices de l'Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD) entre 1994 et 2001. Ces négociations ont conduit à la signature en juillet 2002 du Protocole de Machakos qui prévoit notamment l'organisation d'un référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan qui sera organisé à l'issue d'un période d'intérim de 6 ans et la non application de la loi islamique dans le Sud. Deux ans plus tard, le 9 janvier 2005, furent signées les Accords de Naivasha qui mirent un terme au conflit entre le Nord et le Sud.

6. Pour des analyses et études sur les liens entre le pétrole et la conflictualité en Afrique consulter le lien suivant.

7. Pour de nombreux pays arabes, le conflit du Darfour est perçu sous le prisme, dont on trouve des traces dans l'histoire, de l'opposition entre "monde musulman" ou "arabe" et "Afrique noire" ou encore de l'opposition entre "monde musulman" et "monde occidental"; dans cette configuration leur penchant irait objectivement du côté de Khartoum.

8. Le nouveau Ministre Français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a exprimé son souhait de faire de la résolution de la crise au Darfour une priorité pour la diplomatie Française. Cela s'est notamment manifesté par la tenue, le samedi 19 mai dernier, d'une réunion de travail ayant rassemblé, outre le Ministre et son Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, les services compétents du Quai d'Orsay et des représentants d'ONG.

9. "Jan Eliasson souligne la nécessité de faire converger les différentes initiatives de médiation entreprises pour le Darfour", Centre de Nouvelles ONU, 18 mai 2007.

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