vendredi, 08 août 2008

Le Darfour est-il trahi par la communauté internationale?

Au cours de ces derniers jours qui ont notamment coïncidé avec le premier anniversaire de la Résolution 1769 du Conseil de Sécurité de l'ONU autorisant le déploiement de la Mission conjointe ONU-UA au Darfour (UNAMID) et le renouvellement de son mandat pour une année supplémentaire, avec la volonté du Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) de poursuivre le Président Soudanais, Omar El-Bashir, pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, et dans la perspective du début, aujourd'hui 8 août, des Jeux Olympiques de Pékin (Chine) avec la volonté de profiter du fait que le pays organisateur, réputé être l'un des principaux soutien du Soudan, au sein du Conseil de sécurité de l'ONU notamment, soit au centre de l'actualité mondiale, le Darfour est revenue en première place sur l'agenda international.

La mobilisation internationale que le drame humanitaire qui se déroule au Darfour depuis 2003, avec la création de coalitions, d'organisations et de mouvements citoyens dans plusieurs pays du monde*, l'organisation de campagnes de sensibilisation qui ont vu l'implication de 34651a287bcc6c68c18741c7e7f7501f.jpgstars internationales, de nombreuses initiatives diplomatiques avec notamment la tenue de conférences et rencontres internationales (en France et en Libye notamment) et la nomination de deux médiateurs conjoints, l'un pour le compte de l'ONU, Jan Eliasson, et l'autre pour celui de l'Union Africaine (UA), Salim  Ahmed Salim, à qui s'est récemment joint Djibril Yipènè Bassolé, en qualité de médiateur conjoint ONU-UA, et l'établissement de la Mission conjointe, ONU-UA, de maintien de la paix au Darfour, l'UNAMID, attestait semble-t-il d'un engagement sèrieux et durable de la communauté internationale.

Ainsi, l'UNAMID, après de nombreuses difficultés (principalement techniques et politiques), causées notamment par les obstacles posés par les autorités Soudanaises et la nécessité de marchander sur les termes et les conditions de son établissement, a pris le relai de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) en janvier de cette année. Toutefois, il était clair dès le début qu'à elle seule, l'établissement de cette mission de maintien de la paix ne pouvait 14d8f538eff7ce35024bc114a3199905.jpg stabiliser la situation et qu'une solution politique entre les différents protagonistes devant passer par des négociations de paix inclusives étaient plus que nécessaire; domaine dans lequel peu d'avancées sont à noter jusqu'à présent.

Pour en revenir à l'UNAMID, il semble que sa mise en oeuvre traîne le pas, rendant la situation sur le terrain, et pour la force et pour les populations qu'elle est supposée protéger, encore plus incertaine et précaire. L'UNAMID n'en est qu'à environ 40% de son déploiement avec, sur les 26.000 soldats, policiers et personnels qui sont sensés la constituer, moins de 10.000 actuellement sur le terrain. Aussi, la force ne semble pas disposer des équipements de transports devant lui assurer tout le soutien logistique et la mobilité nécessaires. C'est notamment le cas de camions pour transporter le matériel de la force de Port Soudan (sur les bords de la Mer Rouge, à l'Est du soudan) à la région du Darfour (à l'Ouest du Soudan), d'ingénieurs et d'unités logistiques spécialisées.

Ainsi, alors que l'UNAMID manque encore de moyens aériens et notamment d'hélicoptères (18 hélicoptères de transport et 4 hélicoptères tactiques) et que les principaux pays qui pourraient en mettre à la disposition de la force semblent pour le moment traîné les pieds, affirmant notamment pour certains ne pas en disposer ou alors pour des raisons politiques que le rapport d'une coalition d'ONGs récemment publié et intitulé Grounded. The International Community’s Betrayal of UNAMID évoque en mettant en lumière ce qui peut s'assimiler à un manque de volonté politique de la part de la communauté internationale et plus particulièrement de certains de ses membres. Le rapport procède ainsi à un état des lieux de la disponibilité en hélicoptères des pays de l'OTAN (organisation qui a déjà dans le passé apporté un soutien logistique dans le cadre du déploiement des troupes de l'AMIS et une assistance technique par le biais de formations apportées à certains personnels de cette mission) et des principaux pays bb91351878cef371e10c9e83f7f4736d.jpgcontributeurs en troupes et matériels de l'ONU.

On apprend ainsi qu'à la différence de la Belgique, du Canada, de l'Estonie, de l'Islande et du Luxembourg qui ne disposent actuellement pas d'hélicoptères répondant aux besoins et spécificités techniques exprimés par l'ONU (en termes de capacité d'emport et de champ d'action), et de l'Allemagne, de la Norvège, et du Royaume Uni qui ne disposent pas du tout d'appareils en surplus, la Bulgarie,  le Danemark, l'Espagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Inde, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, le Pakistan, la Pologne, le Portugal, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Turquie possèdent bien des appareils qui pourraient être mis à la disposition de l'UNAMID. Et de conclure qu'actuellement l'Espagne, l'Inde, l'Italie, la République Tchèque, la Roumanie et l'Ukraine étaient en position de fournir a priori quatre fois le nombre des hélicoptères nécessaires à l'UNAMID.

Dans le même ordre d'idées, dans un rapport publié le 28 juillet dernier et intitulé Putting People First: The Protection Challenge Facing UNAMID in Darfur, la coalition d'ONGs Darfur Consortium revient sur ce qu'elle assimile a une faillite des leaders mondiaux à tenir les promesses et engagements pris vis-à-vis des populations du Darfour à travers l'établissement de l'UNAMID. Pour se faire, elle évalue l'efficacité de la force UNAMID au cours des six mois qui ont suivi son déploiement en donnant la parole à des Darfouris, experts et travailleurs humanitaires. Il en ressort de son travail un constat déjà évoqué et connu de tous: une force sous-équipée, mal formée, manquant de personnel, avec pour résultat le fait que beaucoup de Darfouris ne se sentent pas plus en sécurité qu'avant l'arrivée de la force.

Cela étant dit, il faut toutefois souligner que si la force de l'UNAMID peut jouer un rôle certain dans la stabilisation et la sécurisation du Darfour, la paix dans cette région ne proviendra pas de l'extérieur et encore moins de la constitution de la meilleure force de maintien de la paix, fut-elle dotée des meilleurs soldats et équipements; ceux-ci ne sauraient être que des moyens et facilitateurs pour y parvenir; c'est là d'ailleurs, faut-il le rappeler, la logique sous-tendant les opérations de paix. Le règlement de la crise du Darfour ne proviendra que de la volonté des différentes parties de réellement vouloir arriver à un règlement négocié; volonté qu'on a de la peine à percevoir et à identifier de part et d'autre de l'échiquier Soudanais.

* Americans Against Darfur Genocide, Collectif Urgence Darfour, Darfur Action Group of South Carolina, Darfur Australia Network, Darfur Call, Darfur Hilfe e.V., Darfur Relief and Documentation Centre, Darfur Union, ENOUGH Project, Italians for Darfur, Japanese for Darfur, Olympic Dream for Darfur, San Francisco Bay Area Darfur Coalition, Save Darfur Coalition, Save Darfur Canada, Sudan Advocacy Action Forum, Team Darfur, etc.

Crédit images: Site de l'UNAMID

jeudi, 06 décembre 2007

Quoi de neuf au Darfour?

d0ad42be97874cadb63cbac8feaec45d.jpgL'actualité concernant le Darfour a été assez riche ces dernières semaines avec un certain nombre de faits marquants. C'est ainsi qu'en plus de la série de documentaires intitulée "L'enfer brûle toujours au Darfour" diffusés le 4 décembre dernier et rediffusés le 6 décembre à partir de 9h55 sur Arte, l'International Crisis Group (ICG) a publié le 26 novembre un rapport intitulé "Darfur's New Security Reality", suivi le 27 novembre par une réunion publique (1) au Conseil de sécurité de l'ONU qui s'est tenu autour du Rapport du Secrétaire-général de l'ONU sur le déploiement de l'Opération hybride ONU-UA au Darfour. A l'occasion de cette réunion, le Conseil a entendu des présentations faites par Jan Eliasson, Envoyé Spécial du SG de l'ONU, et Jean-Marie Guéhenno,  Sous-Secrétaire Général en charge des Opérations de maintien de la paix, qui ont dressé un état des lieux du processus politique et notamment des négociations et efforts de paix (sous les auspices de l'UA et de l'ONU) en oeuvre depuis leur lancement le 27 octobre 2007 à Syrte (Libye) entre les principaux rebelles du Darfour et le Gouvernement Soudanais et des difficultés liées au déploiement de la Force hybride ONU-UA au Darfour (UNAMID).

De ces récents évènements, il en ressort un certain nombre de faits portant sur les situations humanitaire et sécuritaire et sur le déploiement de la Force hybride. Ainsi, il a été fait état de confrontations qui se sont multipliées entre les différentes parties, faisant de l'environnement sécuritaire et du niveau de violence dans certaines régions du Darfour un facteur de préoccupations croissant, ayant pour corollaire de réduire les possibilités d'accès des agences humanitaires aux populations nécessitant une assistance diverse (personnes déplacées et réfugiées) et de contribuer de ce fait à la détérioration de la situation humanitaire. A titre d'illustration, en octobre seulement, plus de 30.000 civils ont été déplacés par des confrontations entre les Forces gouvernementales et des groupes rebelles non signataires de l'Accord signé en mai 2005 et entre différents mouvements rebelles. Dans le même temps, sept travailleurs humanitaires Soudanais ont été tués au Darfour.

Concernant toujours la situation sécuritaire, de nombreux conflits intertribaux portant sur l'accès aux sources d'eau et sur le foncier seraient en train de se développer. De plus, les camps de personnes déplacées seraient le lieu de tensions croissantes, du fait notamment de raids des forces gouvernementales et de la circulation d'armes. Des tensions similaires gagneraient également les populations Arabes de cette région; tensions qui menacent de s'étendre à la région du Kordofan, voisine de celle du Darfour (2).

En ce qui concerne  la Force hybride, ce n'est véritablement plus un secret que sa constitution et forcément son déploiement connaissent depuis ces derniers mois des difficultés particulières relatives au recrutement de certaines de ses composantes et à l'acquisition de certains matériels tactiques nécessaires pour permettre à la Force de remplir son mandat de manière efficiente et effective, de disposer de toute la crédibilité nécessaire et d'éviter de ce fait, comme le dit Jean-Marie Guéhenno, toute situation d'humiliation qui aurait des conséquences négatives pour l'avenir des opérations de maintien de la paix. Aux dires de Jean-Marie Guéhenno, les principaux défis auxquels est confrontée la mise en oeuvre de cette Force se résument aux trois éléments suivants: la génération de la Force, l'identification finale de la composition de la Force et les questions bureaucratiques relatives notamment aux autorisations et accords entre le Gouvernement Soudanais et la Mission et principalement à l'accord sur le statut des forces de la Mission.

La génération de éléments de la Force bute notamment sur le refus des autorités soudanaises du déploiement de soldats spécialisés en provenance de certains pays tels que des ingénieurs norvégiens et des forces spéciales thaïlandaises, évoquant, comme un dogme, le caractère Africain -reconnu et accepté par plusieurs résolutions de l'ONU- qui doit caractériser cette Force. Concernant la position soudanaise, il serait intéressant d'écouter les explications du Représentant Permanent du soudan aux Nations Unies, l'Ambassadeur Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad.

Pour ce qui est du volet matériel, à quelques semaines de ce qui doit marquer le transfert d'autorité de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) à l'UNAMID et par conséquent le début son mandat, l'UNAMID ne dispose toujours pas des capacités de mobilité critiques pour opérer sur un territoire aussi grand que celui du Darfour. Il s'agit notamment d'unités de transports et de logistiques qui doivent être constituées de 18 hélicoptères et d'unités tactiques qui devront être constituées de 6 hélicoptères.

Ce sont donc là les principales informations qui ressortent notamment des briefings de Jan Eliasson et de Jean-Marie Guéhenno au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Gouvernement de Khartoum a bien sûr été vivement accusé de continuer à recourir à des tactiques dilatoires et à ériger un certain nombre d'obstacles dans la mise en oeuvre effective de la force hybride et de ne pas coopérer suffisamment avec l'ONU et l'UA dans ce domaine; chose que réfute bien entendu le Soudan en affirmant avoir respecter tous ses engagements et fourni les terrains, les services et la logistique nécessaires. Il faut également mentionner les réelles difficultés auxquelles est confronté le Département des Opérations de maintien de la paix pour rassembler les moyens aériens de la Force et notamment le peu d'empressement -qui n'est pas nouveau, rappelons le désengagement progressif des pays occidentaux des terrains de maintien de la paix Africains- des pays qui disposent de ces moyens.

Une chose est sûre, tous les aspects concernant la gestion et la résolution de la crise au Darfour se caractérisent par des progrès limités et de nombreux obstacles. Il est également clair que si les difficultés relatives à la mise en oeuvre de la Force hybride ONU-UA ne trouvent pas de solutions d'ici le 1 janvier 2008, date à partir de laquelle elle est supposée prendre le relai de la Mission de l'Union Africaine au Soudant (AMIS) et débuter ses opérations, avec plus principalement le déploiement de toutes ses composantes, hommes et matériels, aérienne notamment, et principalement d'une partie substantielle de la force susceptible de la faire disposer de toutes les capacités nécessaires dans ce contexte particulièrement difficile et exigeant qu'est le Darfour, l'espérance des populations du Darfour sera quelque peu déçue. Or, il est déjà clair que l'UNAMID mettra plus de temps à se mettre en place, avec pour corollaire un risque pour la situation au Darfour de ne pas se stabiliser et la continuation des souffrances des déplacés et réfugiés et plus généralement des populations du Darfour.

Précédentes notes sur le Darfour

Cette note est également publiée sur Multipol

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1. Il est également possible de voir la séance du Conseil de sécurité de l'ONU en cliquant ici.

2. Voir le Rapport de l'ICG.

dimanche, 26 août 2007

Evolution de la situation au Darfour


Darfour1
Vidéo envoyée par rue89

La situation au Darfour s'est-elle améliorée? Les massacres et autres crimes y ont-ils cessé? Deux reporters donnent leur point de vue.

mercredi, 08 août 2007

Force Hybride ONU-UA au Darfour

La résolution 1769 adoptée le 31 juillet dernier par le Conseil de sécurité des Nations Unies autorisant le déploiement de la plus grande (1) et onéreuse (2) opération de maintien de la paix actuellement dans le monde: l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (Soudan), la MINUAD. Cette mission qui a reçu pour mandat d'assurer, entre autre, la protection des travailleurs humanitaires et des populations dans cette région en crise depuis un peu plus de quatre ans a largement été salué par la communauté internationale. Elle marque une première en ce qui concerne son caractère conjoint, ONU-UA; sorte de compromis entre une Union Africaine (UA), qui malgré les difficultés diverses auxquelles elle fait face dans le déploiement de ses opérations de paix, entend renforcer son rôle dans le domaine de la paix et de la sécurité du continent, et une ONU qui malgré tout conserve une responsabilité première dans la maintenance de la paix et de la sécurité internationales et demeure à cet égard le partenaire idéal et obligé de l'UA dans ce domaine sensible. Par ailleurs, la grande mobilisation internationale dont a fait l'objet la question du Darfour, n'en faisant plus une affaire strictement africaine, que l'intervention de cette dernière n'avait pas réussi à régler, peut également expliquer cet issue.

Malgré cette décision qui marque une évolution notable dans le cadre de la gestion et de la résolution de cette situation, il ne faudrait pas faire preuve d'un trop grand enthousiasme et, au contraire, rester plus que jamais mobilisé. Il faut s'accorder ainsi sur le fait que cette force ne constituera pas la panacée à la résolution du conflit. Dans le contexte qu'est celui du Soudan et du Darfour plus particulièrement, un certain nombre d'actions et d'initiatives politiques notamment, doivent être entreprises et soutenues. A ce titre, les négociations prévues pour septembre 2007 entre le gouvernement de Khartoum et les mouvements rebelles, qui avaient été exclus du précédent Accord de paix signé en mai 2005, revêtent une importance tout aussi particulière sur la voie vers un accord de paix inclusif, bref vers une paix réelle à "maintenir". Il est tout aussi important d'établir et de mettre en oeuvre un cessez-le-feu entre tous les protagonistes (Gouvernement et ses supplétifs Janjaouites, mouvements rebelles).

Dans cette perspective, l'accord sur un plateforme commune de revendications issue de la réunion qui a eu lieu du 4 au 6 août dernier à Arusha (Tanzanie) sous les auspices de l'ONU et de l'UA constitue un pas non négligeable, quoique fragile et assez superficiel. Cette plateforme porte entre autre sur la question des compensations financières à accorder aux personnes déplacées au Darfour, sur la question foncière, ainsi que sur une meilleure représentation au niveau des institutions fédérales (écoutez l'interview de Roland Marchal sur RFI notamment au sujet de ce qu'on peut attendre de cette rencontre). La phase des négociations proprement dites avec le gouvernement de Khartoum s'annonce quant à elle plus difficile compte tenue de la réaction initiale des autorités soudanaises par rapport à certaines des demandes figurant dans la plateforme commune de revendications des mouvements rebelles (voir le lien suivant).

A présent que cette opération a vu le jour, sur le papier du moins, beaucoup reste encore à faire, d'un point de vue technique, afin qu'elle devienne un réalité sur le terrain et qu'elle puisse donner toute la mesure de sa capacité dans la perspective d'une contribution effective à la stabilisation et à l'amélioration de la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour. Sa constitution et son déploiement effectif revêtent ainsi de nombreux défis. Le premier d'entre eux porte sur sa constitution. En effet, il ne sera pas facile de rassembler les 26.000 militaires et policiers, qui selon la logique de la force, devraient principalement être Africains.

A ce niveau, l'on peut déjà exprimer quelques inquiétudes quant à la possibilité pour les pays Africains de fournir la grand partie des troupes nécessaires, lorsqu'on sait les difficultés que rencontre actuellement la Mission de l'Union Africaine en Somalie, l'AMISOM, pour obtenir les troupes nécessaires pour la stabilisation de la capitale somalienne. Ainsi, sur les 8.000 hommes qui sont supposés constituer cette force, seuls 1.600 soldats ougandais sont actuellement sur le terrain; le déploiement des autres étant retardé par des questions d'ordre logistique, par le peu de progrès dans la réconciliation et le dialogue politique et par l'absence de garanties de sécurité minimale sur le terrain pour les pays souhaitant y envoyer des troupes. Toutefois, le fait que la force qui vient d'être autorisée sera sous mandat onusien, avec ce que cela suppose comme soutien politique, financier et technique de la part de la communauté internationale, est susceptible de rassurer et d'apporter des garanties aux potentiels pays contributeurs. A cet effet, un certain nombre de pays africains et non africains (Union Européenne et Indonésie par exemple) ont déjà exprimé leur volonté d'y contribuer par l'envoi de troupes et policiers ou par un soutien financier et technique.

Dans un tout autre ordre d'idée, les forces militaires et policières africaines qui seront déployées dans le cadre de cette force devront posséder de réelles capacités techniques en terme de formation et d'équipement, prérequis qui ont déjà largement fait défaut dans le cadre de précédents déploiements d'opérations africaines de maintien de la paix sur le continent, ce nonobstant les différents initiatives et programmes ayant visé au renforcement des capacité africaines de maintien de la paix (citons par exemple l'ACOTA -African Contingency Operations Training and Assistance Program- Américain, le RECAMP -Renforcement des Capacités de Maintien de la Paix- Français, les différentes Ecoles de la paix sur le continent, etc.), qui bien qu'ayant sans aucun doute permis de faire évoluer les choses dans un bon sens, n'ont pas régler définitivement la question des capacités africaines pour le maintien de la paix.

Force est donc de reconnaître que de nombreux défis attendent cette force qui constitue un précédent dans le monde des opérations de maintien de la paix à la fois pour l'ONU et pour l'UA (3). Toujours est-il que compte tenu des défis et besoins sur le terrain, le déploiement de cette force est une nécessité et devrait permettre de faire avancer la résolution de cette question qui depuis quatre ans mobilise la communauté internationale. A ce titre, contrairement aux inquiétudes exprimées plus haut, relatifs à sa constitution, on peut déjà se réjouir de l'annonce faite par l'ONU au sujet des promesses de contributeurs de troupes et policiers.

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1. La Force sera composée de 20.000 militaires et de 6.000 policiers, auxquels s'ajouteront entre 4.000 et 5.000 personnels civils locaux et internationaux. Elle dépassera en dimension la Mission de l'ONU en RDC avec ces 21.962 personnes (militaires, civiles, volontaires, etc.).

2. Elle devra coûter un peu plus de deux milliards de dollars pour un an, plus les coûts relatifs à son déploiement.

3. Une analyse plus profonde de cette Force hybride est actuellement en cours. Elle reviendra notamment sur le parcours ayant conduit à sa création, sur sa nature, son mandat, ses enjeux, etc.

mardi, 07 août 2007

Crisis Guide: Darfur

c94161af17ae2436d6db6b3392486ade.jpgLa question du Darfour a été abordée à plusieurs reprises sur ce blog. Elle reste malgré tout plus que jamais d'actualité. C'est la raison pour laquelle, vous est recommandé ce document fort intéressant du Council on Foreign Relations, qui constitue un outil dicdacticiel d'information qui, recourant à une approche interactive à base d'images, de vidéos, d'interviews, de liens, etc., revient sur la crise du Darfour. A ce titre, il revient de manière chronologique et succincte sur quelques faits et moments significatifs de l'histoire du Soudant depuis son indépendance, ainsi que sur les différents conflits qu'il a connu, plus particulièrement sur celui du Darfour. Ce rappel historique s'arrête toutefois au mois d'avril 2007.

Ce document revient également sur un certain nombre de conflits qu'a abrité le contient Africain en en présentant un résumé très succinct. Sont aussi présentées les différentes interventions de l'ONU et de l'UA avec des liens pour approfondir. Dans un tout autre registre, sont présentées les zones d'influence des anciennes puissances coloniales.

Depuis qu'elle a éclaté au début de l'année 2003, la crise du Darfour a mobilisé, en plus de parties non négligeables des opinions nationales Européenne et Américaine (on déplore à cet effet la passivité des opinions publiques africaines), et vu l'implication de plusieurs acteurs internationaux au rang desquels, par ordre alphabétique,  la Chine, la Cour pénale internationale, les Etats-Unis, la Ligue Arabe, l'ONU, l'UA, l'UE, et de nombreuses ONG. Le document revient sur le rôle que chacun d'entre ces acteurs a joué ou joue encore.

Pour terminer, est présentée une analyse du concept récemment créé au sein de l'ONU de "Responsabilité de protéger". Pourquoi ce concept n'a-t-il pas été mis en oeuvre dans le cadre de la crise du Darfour? Pourquoi la communauté internationale rencontre-t-elle autant de difficulté à en faire une réalité au vue de la situation humanitaire au Darfour, situation dont elle a conscience, puisqu'ayant fait l'objet de nombreux rapports de l'ONU et d'ONG. Un expert apporte une tentative de réponse à ces interrogations.

Cliquez ici Crisis Guide: Darfur

mardi, 24 juillet 2007

Vues des candidats démocrates américains sur le Darfour

La question du Darfour a fait l'objet d'une mobilisation mondiale qui a très certainement contribué à faire avancer un certain nombre de choses. Toutefois, cette question est loin d'être règlée. Dans le coin supérieur droit, se trouve le passage d'un débat télévisé opposant tous les candidats démocrates à l'élection présidentielle américaine de 2008. Les différents candidats donnent leur point de vue sur la meilleure solution pour faire cessez ce qu'ils qualifient de génocide en cours au Darfour et sur le rôle que les Etats-Unis pourraient jouer à ce propos, s'il en a encore un à jouer.

dimanche, 24 juin 2007

Mésentente entre la France et l'Union Africaine au sujet de la conférence sur le Darfour?

medium_Sudan-darfur.2.jpgDepuis quelques semaines, et plus particulièrement depuis l'annonce de la France de l'organisation, aujourd'hui 25 juin 2007 à Paris, d'une réunion ministérielle du groupe de contact élargie sur le Darfour, on perçoit comme une certaine réprobation chez certaines parties. Cette rencontre, au cours de laquelle seront notamment examinées la relance du processus politique, la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour, la reconstruction et le développement des zones affectées par la crise et ses répercussions régionales, a pour principal objectif  de "renforcer la mobilisation internationale autour des efforts de l'Union Africaine (UA), de l'Union Européenne (UE) et de l'ONU au Darfour et dans la région". De plus, elle intervient quelques jours après l'accord du Soudan sur le déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour.

Cette initiative, qui intervient au moment où la politique intérieure française se trouve à un tournant, voire à un nouveau départ, avec notamment l'élection de Nicolas Sarkozy comme le président qui voudrait ramener son pays au premier rang sur la scène européenne et internationale et lui faire jouer un rôle majeur et occuper la place d'acteur qui donne l'impulsion et l'initiative, constitue l'une des manifestations de la volonté des nouvelles autorités françaises de faire de la résolution de la crise du Darfour une des priorités de leur diplomatie. Toutefois, cette posture volontariste de la France, ou tout au moins le moment et la manière dont elle s'est manifestée a semble-t-il été mal perçue par certaines parties à la gestion et à la résolution de ce dossier.

Dès que l'idée de l'organisation de cette rencontre a été avancée et annoncée le 8 juin 2007, les autorités soudanaises ont exprimé leur opposition à sa tenue, jugeant, par la voix de leur Ministre des Affaires étrangères, Lam Akol, à l'issue d'un entretien avec le Ministre français des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, lors de son étape soudanaise (10 au 11 juin 2007) la date choisie pour cette initiative "inopportune", arguant, pour justifier cette opposition, l'existence de nombreuses initiatives diplomatiques sur le Darfour et appelant plutôt à une convergence vers la médiation conduite par l'ONU et l'UA (1).

La deuxième réaction à cette initiative serait venue de certains fonctionnaires de l'UA. Selon certaines informations, l'UA n'aurait "pas apprécié de n'avoir pas été consultée avant l'annonce de cette réunion". De plus, "la France aurait dû consulter l'UA, qui travaille depuis plusieurs années sur le dossier du Darfour, avant de lancer cette initiative qui n'a pas grand sens (...) et devrait plutôt s'associer à ses efforts et soutenir l'AMIS ainsi que la mise en place de la force hybride, mais pas jouer cavalier seul" (2). Voici semble-t-il les principaux griefs qui seraient à l'origine de la non participation probable de l'UA à la conférence internationale sur le Darfour du 25 juin 2007. A trois jours de la tenue de cette rencontre, malgré l'invitation qu'elle a reçu et la visite du Directeur Afrique du Quai d'Orsay au siège de l'UA à Addis-Abeba, le 21 juin dernier, on ne savait toujours pas si l'UA sera représentée à cette rencontre. Toujours est-il que l'absence de l'UA, pour le moment occultée et ignorée par l'annonce de la participation confirmée de nombreuses personnalités, pays et institutions internationales (3), pourrait justifier que l'on se pose des questions sur la manière dont est perçue cette initiative. Ce d'autant plus que l'UA est membre du groupe de contact sur le Darfour, au même titre que le Canada, les Etats-Unis, la France, la Norvège, les Nations Unies, les Pays-Bas, le Royaume Uni et l'Union Européenne. La présence du Ghana, qui occupe actuellement la présidence de l'UA, ne saurait à ce propos remplacer celles des principaux fonctionnaires et dirigeants de l'UA qui au jour le jour sont impliqués dans la gestion de la crise au Darfour, tel que le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré ou le Commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, Saïd Djinnit.

La décision d'organisée cette conférence, marque de la dynamique nouvelle, du nouvel activisme diplomatique français, (opportunisme?) et manifestement acte unilatéral (quoique louable en soi) a touché la susceptibilité (compréhensible? à juste raison?) de l'UA, qui a tout de même, et ce malgré les difficultés auxquelles sa force de paix fait face dans l'accomplissement de son mandat au Darfour et au fait que la résolution de cette crise est loin d'être acquise, pris le parti, depuis le début, de jouer un rôle de premier plan. Il était donc naturel, pour l'UA notamment, de se voir soutenue dans ses efforts aussi bien politiques que diplomatiques; au lieu de cela, elle a le sentiment d'avoir été ignorée sur ce dossier par la France. C'est sans doute cette interprétation qui serait à l'origine de la frustration de certains fonctionnaires de l'UA qui n'auraient guère apprécié, et par conséquent voulu s'associer à, l'initiative française. Du côté de la diplomatie française par contre, on ne semble pas partager cette perception des choses. En effet, selon le porte-parole du Quai d'Orsay (4), la France était "en contact très étroit avec l'UA avant cette réunion". L'UA quant à elle, aux dires du porte-parole du Quai d'Orsay, souhaiterait rester fidèle "à la ligne de conduite qu'elle a suivie jusqu'à présent, [elle qui n'a] jamais participé à des réunions du groupe de contact".

Loin d'accorder une importance surdimensionnée à ce qui semble être une simple mésentente sur une méthode ou tout au moins sur une initiative, il était important d'évoquer cette réalité. Dans la situation actuelle et compte tenue des enjeux moraux, politiques, diplomatiques, etc., qui sous-tendent la crise du Darfour et de la mobilisation dont elle est l'objet au niveau international, toutes les bonnes volontés, toutes les forces politiques et diplomatiques sont les bienvenues et toutes les synergies souhaitables pour permettre une résolution rapide et durable de cette question. A ce titre, il est nécessaire et salutaire, pour les milliers des personnes du Darfour, persécutées, réfugiées, déplacées, violées, etc., au nom et pour le salut desquelles tous semblent se mouvoir, que prévale une plus grande coordination afin que la communauté internationale puisse parler et agir de manière cohérente, solidaire et concertée, de telle sorte aussi qu'on n'ait pas l'impression que certains pays souhaitent instrumentaliser la résolution de cette crise à des fins de gloire diplomatique nationale.

Il est enfin à souhaiter que cette rencontre aboutisse sur des résultats concrets qui permettraient de mettre en place des mécanismes ou règles susceptibles de faire converger et coordonner et de soutenir de manière efficace les différentes actions et négociations diplomatiques, menées notamment par l'ONU et l'UA en vue de la relance du processus politique au Darfour devant conduire à un accord de paix inclusif, de permettre la mise en place effective et rapide des différents modules d'appui de l'ONU à la mission de l'UA au Soudan (MUAS) et le déploiement de la force hybride ONU-UA.

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1. "Khartoum rejette la proposition française", Afriquecentrale.info, 11 juin 2007.

2. "L'initiative française guère appréciée par l'UA", Afriquecentrale.info, 19 juin 2007.

3. En ce qui concerne les participations à cette rencontre, au 22 juin 2005, selon le Quai d'Orsay, les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège, l'Allemagne, au titre de la Présidence de l'Union européenne, l'Italie, la Suède, le Danemark et le Portugal seront représentés par leur ministre des Affaires étrangères; Lord Triessman, le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'Afrique, représentera le Royaume-Uni, les vice-ministres des Affaires étrangères chinois, russe et japonais seront présents. L'Egypte sera représentée par un vice-ministre, la Belgique par le ministre de la Coopération au développement et l'Espagne par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Pour l'Union européenne, outre M. Steinmeier au titre de la Présidence, M. Javier Solana, haut-représentant pour la PESC, M. Louis Michel Commissaire chargé du Développement, et M. Brylle, qui est l'envoyé spécial de l'Union européenne pour le Darfour, seront présents. La délégation de l'ONU sera conduite par le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon. Elle comprendra M. Guéhenno, Mme Margareta Wahlstrom, M. Eliasson, M. Guterres et un représentant du PNUD. Le Secrétaire général de la Ligue arabe sera présent, de même que le directeur général de l'OCI, le président de la Banque africaine de développement et le vice-président pour l'Afrique de la Banque mondiale.

4. Point de presse du porte-parole du Quai d'Orsay, 22 juin 2007.