lundi, 30 avril 2007

En Français vif et dynamique

Le monde francophone se caractérise par une grande diversité, richesse et un esprit de créativité, autant de caractéristiques très souvent ignorées et regardées de haut par certains membres de cette famille linguistique, composée de près de 200 millions de personnes, qui ont trop souvent tendance à percevoir cette langue comme un instrument monolithique et à se sentir investis d'une certtaine primauté ou légitimité exclusive dans son utilisation, sa compréhension, son incompréhension, son développement et sa vivacité.

Pour le monde extérieur et surtout extra-francophone, si la langue Française s'identifie exclusivement et presque naturellement à la culture et littérature Française (celle de France), là où "réside la source de son identité", force est de reconnaître que cette langue est pratiquée dans des contextes culturelles, sociaux, historiques, politiques, géopolitiques et géographiques différents. De plus,  le Français, au même titre que les autres langues actuellement parlées de par le monde et l'histoire, ont continuellement été soumises à une influence réciproque. Par ailleurs, le Français au même titre que l'Anglais et dans une certaine mesure l'Espagnol et le Portugais, tel que pratiqués au-delà des territoires "originels" à partir desquels ils ont essaimé dans le monde par le biais notamment des explorations, de  la colonisation et des migrations, subissent des modifications et l'influence des réalités sociales et culturelles propres aux différents environnements sur lesquels s'implantent. Par ailleurs, il est évident que le Français tel qu'il est actuellement compris, parlé et écrit, en France notamment, a certainement peu de choses en commun avec le Français des XV, XVI, XVII ou XVIIIème siècles pour ne prendre que ces quelques exemples. Chaque année, des mots, s'étant imposés dans la pratique, viennent s'ajoutés aux différentes versions des dictionnaires français pour enrichir cette langue. A titre d'illustration, le travail entrepris au Canada par l'Office Québécois de la langue française pour "franciser", dans un contexte propre à cette région du monde, certains mots et expressions fortement influencés par l'Anglais du puissant voisin culturel américains, en constitue un parfait exemple.

Le Français tel que parlé dans le monde se caractérise par des sonorités différentes en Afrique (que l'on parte d'une sous-région à l'autre ou d'un pays à l'autre), en Europe (que l'on soit en Suisse ou en Belgique), en Amérique (l'accent québécois est à cet effet particulier et souvent raillé) et à l'intérieur de la France que l'on soit dans le Nord, l'Est ou le Sud; il se caractérise par des sens et connotations différents attribués à un mot similaire, par des expressions medium_Français.2.jpgutilisant des mots communément utilisés par tous les locuteurs francophones ou des mots spécialement créés, etc. Loin d'en faire une spécificité pour la langue Française (le monde anglophone est également traversé par des différences et un dynamisme similaires), il est surtout question que tous les membres de la grande famille francophone puissent en avoir conscience. Doit-on, partant de ces différences et des éventuelles difficultés pour les membres de cette grande famille à se comprendre dans certains contextes, nier à certains d'entre eux le fait qu'ils parlent Français? Ou doit-on développer des qualifications telles que "Français de Belgique", "Français du Cameroun", "Français de Haïti", comme l'outil lingistique du logiciel de traitement de texte, Word, de la suite Microsoft Office procède pour caractériser (sans instituer de règles précises et claires et ouvrant la voie par la même occasion à un arbitraire dans la détermination des règles orthographiques et grammaticales de ces langues, qui pourraient par ce biais s'affranchir des règles du "Français de France"), ces "autres" langues et les distinguer du "Français de France" "Français (France)?

De la prise en considération de ces différences et particularités, dépendra peut être également l'issue de l'entreprise de redynamisation de cette langue que souhaitent plus particulièrement les autorités françaises (à travers ses ambitions dans le cadre de la Francophonie et son soutien à la diversité culturelle) face à un Anglais qui renforce sa position comme langue internationale de la culture, demedium_Expressions_français.jpg l'éducation, de la recherche dans plusieurs domaines, de l'Internet, de la finance, des transports aérien et maritime, etc.

C'est pour illustrer cette richesse du monde francophone que Patrick Fandio, dans son livre En Français dans le monde... Les expressions francophones les plus savoureuses (Editions JC Lattès, France Info, 2007), nous invite à un voyage linguistique plein d'humour et de découverte où le lecteur apprend des expressions quelquefois fortement imagées utilisées en Afrique, en Belgique, dans les Caraïbes, en Louisiane, au Québec, en Suisse, etc. pour illustrer de manière différente ou particulière des réalités et situations communes à toutes les sociétés.  Ce voyage nous introduit à un monde dans lequel nous apprenons d'autres sens attribués à des mots que des millions de francophones utilisent de part le monde.

Dans une lignée semblable, l'ouvrage de Gilles Henry, L'habit ne fait pas le moine. Petite histoire des expressions (Editions Points, 2006), nous apprend, entre autres choses, que la locution O.K., communément utilisée en Français et dans d'autres langues, viendrait des lacunes en orthographe du président américain, Andrew Jackson, mais qu'elle medium_Français-etran.2.jpgpourrait également provenir des "initiales d'une expression d'origine indienne ou hollandaise". Au fil des articles et pages on se rend bien compte, si tel n'était pas déjà le cas, que ce monde n'est fait que d'interactions et d'influences mutuelles et réciproques.

Ce constat pourrait également être fait à la lecture de My rendez-vous with a femme fatale. Les mots français dans les langues étrangères de Frank Resplandy (Editions Points, 2007), qui suit la trajectoire des évolutions sémantiques de mots et expressions françaises de part le monde.

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lundi, 17 juillet 2006

Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au service du déploiement diplomatique des Etats africains

medium_Couverture_ouvrage.jpgL’Afrique en ce début de XXIème siècle se trouve confronté à une multitude de défis d’ordre aussi bien économique, politique, social, culturel, industriel que technologique. Parmi ces défis figurent en premières places et sans exclusive : la lutte contre la pauvreté et le sous-développement, la lutte contre la marginalisation de la scène internationale, l’instauration d’Etats au sein desquels priment les principes de démocratie, de gouvernance, de transparence, de respect du droit en général et des principes élémentaires de la dignité humaine. De plus, elle se trouve dans un contexte où « les affaires étrangères figurent au centre de toute action politique, puisque la planète forme un ensemble vivant dont l’évolution a des effets au cœur même de nos sociétés ». A cet effet, la nature essentiellement extérieure des moyens susceptibles de contribuer notamment à la réduction de la pauvreté fait du déploiement diplomatique de leurs Etats un enjeu central et vital.

 

Pendant longtemps, les appareils diplomatiques des Etats africains, qui se trouve en principe être les postes avancés de leurs nations, l’avant-garde et le bras du pays tourné sur l’extérieur, ont été perçus comme des organes où l’apparat et l’apparence primait sur l’essentiel et le fond. Face à ce constat, il est temps que la diplomatie en Afrique soit définie comme un dispositif technique et pratique au service du développement et des attentes fondamentales des populations africaines ; il est temps qu’elle soit mise au service du progrès économique et social, en considérant chacun des secteurs du développement comme un de ses champs d’action.

La réalisation de cet objectif implique le renforcement de leurs capacités opérationnelles : capacités d’information, de communication, de coordination, de négociation, d’analyse, d’action et de prévision. Pour permettre aux Etats africains de mobiliser les atouts et opportunités qu’offre le contexte international et de surmonter leurs handicaps, leurs appareils diplomatiques doivent se doter de capacités d’information et de communication modernes et efficaces. C’est là tout l’enjeu de cette réflexion sur les défis de la révolution technologique actuelle pour le renouveau de la diplomatie en Afrique.

 

Cet ouvrage est à la fois la manifestation d’une réflexion permanente et le fruit d’un questionnement antérieur. Il part de constats certes difficiles, mais nécessaires. C’est pour cela qu’il s’ouvre par l’évocation multidimensionnelle du contexte véritablement particulier dans lequel nous sommes immergés. Le temps des sonnettes d’alarme s’écoule dans un espace planétaire tissé d’inégalités criardes où l’Afrique désenchantée cherche son sens dans un monde en pleines turbulences et en pleines mutations.

 

L’intérêt de cet ouvrage peut se décliner de façon simple par la volonté d’appréhender les registres mobilisables de la politique étrangère des pays africains tout en profitant des opportunités qu’offrent les TIC.

 

En mettant l’accent sur les TIC comme instruments complémentaires et constitutifs d’une diplomatie confrontée à de multiples défis, cet ouvrage se veut aussi un outil capable d’inspirer l’action et la réflexion. A travers sa dimension prospective, il arpente les “espaces” à conquérir et envisage une cohérence fructueuse entre l’interne et l’externe.

 

En fait, l’objet de cet ouvrage est de définir, à travers les TIC, un horizon de pertinence à une diplomatie confrontée à de nombreux défis. Il procède d’une attitude “d’éveil critique” et de prise de conscience face à ce qui marque le quotidien de notre monde et en particulier du continent Africain. Il procède également d’une pédagogie du regard face à ces dynamiques de ripostes à la crise qui se formulent dans tous les champs de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Il s’agit de regarder la réalité en face pour ne pas oublier la misère endémique, la fracture sociale, le fossé numérique, l’absence des investissements, la mise sous tutelle de la plupart des économies africaines et la mauvaise gouvernance. Mais tout en restant lucide, interroger également ce qui bouge ; l’évolution lente mais irrémédiable des mentalités ; l’exigence de modernité et d’efficacité que l’on voit poindre.

 

La réflexion ici est, comme le dirait Pierre Bourdieu, une manière d’engager un savoir en dépassant cette funeste dichotomie entre “scholarship” et “commitment” et en sortant de ce devoir de réserve que s’imposent traditionnellement les intellectuels. Dans cette optique, il faut produire des idées, des programmes, des activités, quelques exhortations et quelques invitations qui essayent de mettre en ligne ce que nous croyons et ce qui nous concerne avec ce que nous avons librement la possibilité de faire. Aujourd’hui, le véritable combat pour l’Afrique porte sur la créativité et l’innovation.

 

Le propos de cette réflexion emprunte une trajectoire divisée en trois parties :

 

1ère partie

Après avoir rendu compte et analysé les transformations (notamment celles induites par le phénomène de mondialisation) qu’a subies la scène internationale et plus particulièrement la politique étrangère en générale et singulièrement celle des pays africains, l’ouvrage se penche sur un thème fécond dans les relations internationales post-modernes, celui de la problématique de la coopération au développement dont les différents itinéraires sont revus.

 

2ème partie

Revenant sur deux principaux phénomènes structurant la scène internationale : la mondialisation et la révolution technologique, cette partie opérationnalise l’action de la diplomatie en Afrique dans ce contexte. Il s’agit concrètement d’étudier les contraintes (mutations aux niveaux des acteurs internationaux et émergences d’enjeux nouveaux) qu’induit le phénomène de mondialisation sur le déploiement diplomatique des Etats africains et plus particulièrement quelques défis (développement, lutte contre la pauvreté, intégration, lutte contre la criminalité transnationale organisée et contre le commerce illicite des armes légères sous toute ses formes) dont la résolution est rendue urgente par le contexte. Enfin, après avoir étudié les aspects généraux et les potentialités de la révolution technologique, l’ouvrage fait un état des lieux de l’appropriation et de l’utilisation des TIC par une vingtaine d’appareils diplomatiques africains.

 

3ème partie

Dans cette dernière articulation, l’ouvrage suggère une nouvelle action diplomatique basée sur l’utilisation des TIC ; il s’agit de la mise en œuvre d’un modèle de « e-Diplomatie ». La construction de ce modèle analyse les enjeux que sous-tend l’association des TIC aux activités diplomatiques pour le fonctionnement et l’organisation des systèmes diplomatiques africains. Elle passe également en revue les entraves à la réalisation de cette association. Pour finir, elle trace les nouvelles perspectives que pourraient offrir les TIC pour la diplomatie en Afrique (action diplomatique collective et gestion des crises).

 

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William Taffotien ASSANVO, David KAMARA, Christian POUT, Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et la diplomatie en Afrique : Défis et enjeux, Québec, Presses de l’Université de Laval, 2006.

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vendredi, 05 mai 2006

Grandeur et/ou desesperances des peuples Noirs?

Dans quelle mesure l’histoire, très largement ignorée, souvent niée, réécrite ou idéalisée des peuples Noirs serait un élément d’explication de leur présent ? Revenir sur l’image et la perception de l’homme Noir au fil du temps nous renvoie le reflet d’êtres a l’humanité niée et discutée, à la considération ou manque de considération égale ou inférieure à celle qui était accordée aux animaux ou sous-hommes (ou “race” inférieure). Ce manque de considération, cette condescendance, auxquelles s’ajoute le développement et l’entretien de préjugés (encore tenaces) seraient, pour partie, à la base de certains comportements et mentalités racistes, discriminatoires et de la place encore marginale à laquelle une grande partie des Noirs sont relégués dans leurs pays d’immigration et dans leurs pays d’origine (que ce soit en Europe ou dans les Amériques).

De quoi sont constitués l’histoire et le passé des peuples Noirs? Question légitime quand on sait le peu d’intérêt et de connaissance qu’en a le reste du monde et, malheureusement, la très grande majorité des peuples Noirs eux-mêmes. Quand on imagine l’impact négatif de cette ignorance sur les principaux concernés (pendant longtemps, il s’est dit, et de nombreux Africains l’ont cru, que leurs ancêtres étaient Gaulois), sur l’image qu’ils ont d’eux et de leur place et rôle dans une humanité qui a de plus en plus tendance à s’uniformiser et à gommer la diversité et les particularismes, on ne peut que prôner une appropriation par les peuples Noirs (et pas seulement) de leur riche histoire comme on a pu s’approprier des faits marquants de l’histoire de l’humanité comme les guerres mondiales ou la révolution Française. Car, comme dit l’adage, un peuple sans histoire est comme un monde sans âme. De plus, on pourrait ajouter qu’il n’y a pas de vent contraire pour celui qui sait d’où il vient et où il va… Ainsi, si les peuples Noirs veulent participer au “rendez-vous du donne et du recevoir”, ils se doivent de s’approprier (sans pour autant l'idealiser et y rester accrocher. Il ne s'agit pas de faire dans le passéisme) une partie non négligeable de leur histoire culturelle, artistique, intellectuelle, politique, sociale et technique.

L’essai de Tidiane N’Diaye (L’éclipse des dieux. Grandeur et désespérances des peuples Noirs, Paris, Le serpent a plumes, 2006), comme beaucoup d’autres avant lui et certainement beaucoup d’autres après lui (du moins il faut l’espérer tant la mission n’est pas prête d’être remplie) apportent un certain nombre d’éléments sur l’histoire et les différentes trajectoires d’une partie de l’humanité; histoire qui a pour objectif ou du moins pourrait avoir pour finalité de contribuer à décomplexer des peuples a qui, comme l’affirme Aime Césaire, “on a savamment inculqué la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme”; fait qui trouverait sans doute dans la situation économique, politique et sociale des peuples Noirs (d’Afrique et des Amériques) une illustration, sinon la preuve si ce n’est d’une certaine infériorité, du moins d’un retard vis-à-vis d’autres peuples. Toutefois, en paraphrasant Claude Levi-strauss dans Race et Histoire, ramenée sur la durée de l’humanité, l’ère moderne et plus particulièrement l’ère actuelle n’apparaissent plus que comme parenthèse, encore très courte (ainsi, l’époque moderne n’est qu’un bref épisode des sept mille ans d’histoire Africaine) même si on n’en connaît pas la fin et que pour les peuples Noirs, si les choses ne s’améliorent pas, si une réelle, effective et lucide prise de conscience ne s’opère pas, les choses risquent de s’aggraver dans plusieurs domaines.

Cet essai constitue la tentative de rétablissement d’une vérité sur le passé, l’évolution et le cheminement des peuples Noirs qu’il est fortement conseillé de lire pour avoir une vision un tant soit peu équilibrée et faire preuve d’une certaine ouverture historique d’esprit.

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