vendredi, 15 août 2008

Le modèle démocratique occidental est-il en crise?

Au milieu des années 1990 l'intellectuel américain Francis Fukuyama faisait sensation avec son ouvrage, La fin de l'histoire et le dernier homme, dont l'une des thèses principales défendait le fait que la démocratie, en tant qu'ensemble de règles et de principes structurant, entre autres, le fonctionnement politique et économique d'un pays, concept et pratique au coeur des sociétés occidentales et qui les distingue des autres sociétés et civilisations, s'était imposée avec succès dans le monde entier, devenant une sorte de norme et de modèle. Selon Fukuyama, avec les signes évidents de la faillite du système socialiste communiste, étendard de l'ex-URSS, principal et seul concurrent du système démocratique occidental, faillite manifestée par la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc soviétique, les autres systèmes politiques du monde allaient converger et assimiler le système démocratique des vainqueurs, marquant la fin de l'histoire; la fin d'une histoire qui à l'époque alors s'articulait autour de l'affrontement idéologique Est-Ouest avec d'un côté l'homme communiste, asservi et privé de ses droits et libertés fondamentaux et de l'autre l'homme libre, démocrate et jouissant de tous ses droits. C'était apparemment ne pas prendre en considération les dynamiques internes (politiques, économiques, sociétales, culturelles, etc.) propres dans les autres régions du monde, les évolutions du monde que nous connaissons actuellement et surtout le fait que même dans ce qu'on peut qualifier de monde démocratique occidental, les systèmes ne sont pas totalement identiques et encore qu'il faut faire la distinction entre la technique démocratique (élection ouverte, libre et transparente, alternance, etc.) et démocratie, ce qui étant important étant bien sûr la culture démocratique qui elle met du temps à s'enraciner et à se renforcer.
 
Or, de plus en plus, le système démocratique semble être traversé par une crise de doute de la part de certains citoyens quant à sa capacité à répondre à leurs craintes suscitées notamment par la mondialisation, par des reculs dans son bon fonctionnement, etc.; dysfonctionnements et perte de confiance qui impliquent une modernisation du système avec notamment la définition et le renforcement de formes de démocratie directe. C'est ce qui ressort du point de vue exprimé par Harald Welzer, sociologue, professeur de psychologie sociale au Centre de recherche sur la mémoire (Essen, Allemagne) publié sous le titre "La démocratie occidentale, un avenir incertain".
 
"La démocratie semble avoir de moins en moins le vent en poupe, autant sur le plan national qu'international. En tout cas rien n'indique que les pays émergents qui s'adonnent à l'ivresse de la modernisation à outrance veuillent en même temps suivre le modèle social démocratique de l'Ouest, où de plus en plus de gens commencent à se demander s'ils vivent bien dans le meilleur des mondes politiques possibles.
 
C'est ainsi qu'une étude de la Fondation Friedrich-Ebert a révélé il y a quelques semaines que près d'un Allemand sur trois pense que la démocratie fonctionne mal ; la proportion passe même à 60 % parmi les anciens Allemands de l'Est ; et un quart des personnes interrogées ne veut plus rien savoir de "la démocratie telle qu'elle est chez nous". Comme le montre la participation toujours plus faible aux élections ou la baisse du nombre d'adhérents à des partis, ce sont là des jalons qui marquent une tendance de fond : entre le milieu des années 1970 et 1990, l'adhésion formelle à la démocratie en Allemagne s'est toujours située autour de 75 %..." Suite

mardi, 27 novembre 2007

Le monde selon Hubert Védrine

Hubert Védrine, ancien Ministre Français des Affaires étrangères (1997-2002), est en France l'un des observateurs et analystes les plus avisés, lucides et aussi prudents de la politique internationale. Au cours des récents mois, il a eu l'opportunité d'exprimer ses réflexions et sa vision des enjeux globaux actuels. Ce fut notamment le cas dans le rapport intitulé "La France et la mondialisation", qui lui avait commandé le Président Français, Nicolas Sarkozy, et qu'il a remis en septembre 2007; dans l'ouvrage qu'il a commis en 2007 intitulé Continuer l'histoire; lors de son audition le 4 octobre 2007 par la Commission mise sur pied en France pour réfléchir sur un "Livre Blanc sur la sécurité et la défense nationale"; et plus récemment lors de l'émission "Géopolitique, le débat" diffusé sur Radio France Internationale (RFI) le 17 novembre dernier.


podcast


podcast

Cette émission a notamment tourné autour du rôle et de la place que devait occuper la France dans la mondialisation ou comment la remettre au centre du monde. Ce rapport partait d’un certain nombre de constats ; le premier d’entre eux se résume dans la perte de confiance et de repères et notamment dans les craintes que nourrissent en général et de manière paradoxale la majorité de ceux que l’on qualifient d’occidentaux (Français compris) vis-à-vis de la mondialisation qui n’est perçu qu’à travers les risques, menaces et fantasmes qu’elle suscite. Craintes qui tranchent largement avec l’espoir que la grande partie de ceux que feu l’historien Burkinabé, Joseph Ki-Zerbo, qualifiait de "mondialisés" (par opposition aux "mondialisateurs"), qui représentent la majeure partie des êtres humains vivant dans les pays en développement et pauvres d’Afrique (écoutez cette émission sur "les conséquences sociopolitiques de la mondialisation en Afrique"), d’Amérique Latine, d’Asie, etc. et qui dans les faits souffrent encore plus des inconvénients de cette mondialisation et attendent de voir poindre tout le bien qui leur en est dépeint et promis.

Ce sont donc ces mondialisés qui, selon un sondage réalisé en novembre 2006, nourriraient plus d’espoir dans la mondialisation et notamment dans le fait qu'elle est sensée les investissements étrangers, espoirs de ceux qui n’ont plus rien à perdre, comme le pense, certainement à raison, Hubert Védrine.

Dans le cadre de sa réflexion et des propositions faites dans son rapport, Hubert Védrine en appelle à une approche plus réaliste (pas forcément au sens de realpolitik bien que cette dernière ne soit pas forcément à diaboliser) des relations internationales et plus particulièrement de la politique internationale, en un mot à une lecture réaliste, lucide et clairvoyante du monde.

Pour se faire, en ce qui concerne la politique étrangère de la France, il en appelle à un abandon des tons et attitudes prétentieuses du genre "France, Patrie des droits de l’homme", faisant référence à la contribution historique tout aussi importante de la Grande Bretagne et des Etats-Unis et évoquant l’incapacité pour la France, d’un coup de baguette magique, de "transformer la Chine en une sorte d’énorme Danemark". Le même appel vaut pour l’universalité que recouvriraient les idées développées et promues par la France qui la positionnerait au centre du monde, repoussant par conséquent les autres peuples et cultures du monde au rang de provinces comme il le dit. Attitudes qui suscitent en vérité très souvent, même si cela n’est pas souvent exprimé ouvertement, diplomatie oblige, l’énervement de certains pays et acteurs et mettent très souvent la France en porte-à-faux face à certains de ses agissements et pratiques (aussi bien internes qu’externes) qui sont quant à elles dictées par les réalités de la scène internationale ; réalités dont la France doit avoir conscience et qui doivent principalement dicter les agissements de la France en tant qu’acteur international.

Pour justifier et soutenir son appel à une vision réaliste du monde, Hubert Védrine défendait déjà dans son ouvrage, Continuer l’histoire, le fait que le monde ne se résume pas en "une sympathique communauté internationale" et ne s’organise pas forcément dans la réalité, loin s’en faut, autour de peuples qui seraient gouvernés par des valeurs et une vision ouest-européennes. Manière aussi de dire qu’il y a bien un ou des mondes au-delà des frontières idéologiques, culturelles, mentales, etc. du monde ouest-européen et Occidental en général.

Pour Hubert Védrine, le monde actuel s’organise autour de plusieurs pôles caractérisés par des "puissances gigantesques" sur le retour ou ré-émergentes telles que la Russie (dont les dirigeants, Poutine en tête, et la grande majorité de la population sont véritablement mus par une volonté d’en refaire un pôle qui compte dans le monde, par un retour à la grandeur d’une Russie –grandeur politique, militaire, économique, culturelle, etc.- héritière de la grandeur de l’Ex-URSS), émergentes, telles que la Chine et Inde et dans les starting-blocks ou en embuscade telles que le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Nigéria, la Thaïlande, la Corée du Sud, l’Iran éventuellement sous un autre régime, etc. Face à ces réalités (qui se caractérisent également par un ensemble de chocs : géopolitique, démographique, énergétique, écologique, civilisationnel –qui pour Hubert Védrine, contrairement à Huntington, est un risque dont il faudrait se prémunir et non une réalité qui existerait déjà-, etc.), qui se manifesteraient par une perte croissante de l’influence des Occidentaux qui seraient « en train de perdre le monopole de l’histoire », il s’agit pour les Européens (plus globalement pour les Occidentaux pourrait-on dire) d’en prendre conscience, de mettre fin aux "illusions" post-chute du mur de Berlin, dislocation de l’URSS et fin de la Guerre Froide, et de réagir en repensant, "rebâtissant" pour la France et l’Europe, une "vraie grande politique réaliste" pour retrouver (conserver ou renforcer) leur place et influence au centre du monde qui décide et prend les décisions majeures, aux côtés des Etats-Unis.

Avec Hubert Védrine, le réalisme dans les relations internationales semble donc de retour et remis au goût du jour, si tant est qu’il ait disparu dans les faits, et tous les acteurs de la scène internationale, petits comme grands, mais surtout les petits et les plus petits, les objets, sujets et figurants de cette scène, doivent en avoir conscience afin d’en jouer et d’user tous les leviers qu’il offre, ce qui ne sera objectivement et bien entendu pas possible pour tous. Il ne s’agit là pas forcément d’en comprendre la nécessité et de vouloir, mais surtout de pouvoir, de capacité d’influence, de mobilisation de facteurs et de potentialités de puissance (qui serait déjà existants). Il faut de plus rappeler que les grandes puissantes ne se sont jamais embarrassées de morale, d’éthique et n’ont pas hésité à mettre en sourdine leurs traditionnels (et trop souvent tropicalisés) antiennes sur le respect des droits de l’homme lorsque cela les arrangeait ou allait à l’encontre ce qu’ils considéraient comme leurs intérêts nationaux bien compris.

Dans cette émission, Hubert Védrine revient également sur la politique de coopération au développement dont il demande une remise à plat des différentes approches, trop souvent considérées comme des remèdes miracle, et appelle à plus de modestie dans la conception, la définition et la mise en œuvre de politiques de développement, co-développement, etc., et notamment à développer un partenariat réel avec d’un côté les acteurs donateurs (donateurs bilatéraux –France, Grande Bretagne, Allemagne, etc. – et multilatéraux –Union Européenne notamment) et les pays récipiendaires de ces politiques et actions avec pour impératifs que ces derniers aient au préalable clairement pensé et défini des stratégies propres et leurs objectifs en terme de développement et de coopération.

------------------------

Au cas où le débit vocal des éléments sonores n'est pas normal, cliquez directement sur "Podcast".

dimanche, 14 octobre 2007

Afrique: regain d'intérêt géostratégique?

L'Afrique [re]devenue un enjeu stratégique et géostratégique? A-t-elle cessé de l'être? Quels sont les domaines dans lesquels cet intérêt pour l'Afrique s'exprime-t-il? Ces questions ont été débattues par des intellectuels, journalistes et observateurs dans le cadre de l'émission de RFI, le "Débat Africain" du dimanche 14 octobre 2007. Sont notamment abordés les enjeux relatifs à la lutte contre le terrorisme, l'importance des ressources pétrolières et minières (uranium notamment) dans la stratégie des puissances étrangères, illustrés par l'activisme de la Chine, par la volonté des Etats-Unis de mettre en place un commandement militaire en Afrique (AFRICOM), etc.

Face à ce "retour" au premier plan, qu'elle est la réaction des Etats africains? Disposent-ils des capacités et ressources nécessaires pour définir leurs intérêts, pour gérer au mieux de leurs intérêts ce regain d'intérêt, pour faire prévaloir leur vision et articuler des stratégies et tactiques appropriées? Sont-ils prêts à saisir les opportunités qui sont attachées à cette dynamique?

Pour apporter un certain nombre de réponses ou apporter des pistes, ce débat est instructif.


podcast
podcast

--------

Au cas où le débit vocal des éléments sonores n'est pas normal, cliquez directement sur "Podcast".

dimanche, 12 août 2007

Projet de paix virtuel: Exutoire à la difficulté de parvenir à une paix réelle?

Depuis environ 60 ans, la paix se cherche un chemin au Moyen-Orient entre d'un côté Israël et son droit légitime à une existence paisible et de l'autre les pays Arabes, pour leur existence dans le cadre de leurs frontières d'avant 1967, et plus particulièrement, la Palestine et ses diverses revendications pour la fin des injustices dont souffrent ses populations (déplacées, réfugiées, discriminées, etc.). Plusieurs initiatives militaires, diplomatiques et civiles ont été entreprises 1cc6bb468fefdf41e5306e075be3e684.jpgpour satisfaire les différentes parties; sans résultats probants et surtout définitifs malheureusement. Ces initiatives ont été notamment l'oeuvre à la fois  de gouvernements de la région et extérieurs à la région (Américains et Européens) ou encore de personnalités des sociétés civiles des deux parties (Initiative de Genève).

Face à cette situation complexe et qui parait inextricable, nul ne sait trop d'où, sous quelle forme, quand viendra la paix (et surtout si elle viendra) à ce conflit qui sert de trame de fond à l'instabilité structurelle qui semble caractériser cette partie du monde.

C'est dans ce contexte qu'a été conçu le jeu Peacemaker. S'inspirant de réels faits caractérisant le conflit entre Israéliens et Palestiniens, il propose, sous la forme de simulation, de prendre la place soit du Premier Ministre Israélien, soit de Président de l'Autorité Palestinienne afin de réagir du mieux possible à la survenance de faits (inspirés de faits réels) et de mettre en oeuvre la meilleure solution à la gestion et surtout à la résolution de cette situation, car l'objectif du jeu est la paix. La simulation peut se jouer selon trois contextes: période de calme, de tensions ou de violence.

La solution à ce conflit ne viendra certainement pas de ce jeu. Toutefois, et prenant en considération les limites qui lui sont dictées par son caractère irréel, il permettra toutefois à ceux qui suivent la situation de se mettre à la place des leaders actuels, même s'ils auront à gérer des situations moins réelles et n'auront pas entre leurs mains la vie de millions de personnes.

lundi, 06 août 2007

Quand reconstruction peut rimer avec prolifération

4f14d4a74f60572d54036846dd3bfe1b.jpgLe sujet fait actuellement la une des médias américains. Il est relatif à la disparition, ou tout au moins, à l'impossibilité pour l'armée américaine de dire où se trouvent près de 190.000 armes, parmi lesquels 110.000 fusils d'assaut AK-47 et 80.000 pistolets, sensées avoir été attribuées aux forces de sécurité irakiennes dans le cadre du soutien américain à leur reconstruction et plus particulièrement à leur équipement. En plus de ces armes, auraient également disparu 115.000 casques, ainsi que d'autres matériels militaires. Depuis 2003, les Etats-Unis ont dépensé environ 19 milliards de dollars pour développer les forces de sécurité iraquiennes. Sur ce montant, environ 2,8 milliards de dollars ont été utilisés pour l'achat et la fourniture d'armes et autres équipements. Ces armes représentent 30% du matériel militaire distribué aux forces irakiennes depuis 2004 par l'armée américaine à travers un programme d'assistance géré par le Département à la Défense.939cfffb05d3642c46ad9fbeffeeeadf.jpg

Cette information figure dans un rapport intitulé "Stabilizing Iraq. DOD Cannot Ensure That U.S.-Funded Equipment Has Reached Iraqi Security Forces", publié en juillet dernier par un organe d'investigation dépendant du Congrès américain, le Government Accountability Office (GAO), chargé de s'assurer de la régularité des dépenses du Gouvernement et de leur conformité avec les procédures établies. Selon ce rapport, les armes auraient été distribuées en 2004 et 2005 de manière précipitée et hasardeuse en faisant fi des règles et procédures en vigueur et notamment en négligeant le "service après-vente".

Selon certains analystes, il est à craindre que certains groupes insurgés soient entrés en possession d'une partie de ces armes et s'en servent actuellement dans leur guérilla contre les soldats de la coalition dirigée par les Etats-Unis et pour entretenir les affrontements et violences interconfessionnels en Irak et contribuer de ce fait à la perpétuation d'un climat de tension et d'insécurité chronique qui empêche tout effort significatif dans le processus de stabilisation et de reconstruction politique, social et économique de ce pays.

Depuis que ces "lacunes" ont été observées, l'armée américaine a affirmé avoir pris toutes les dispositions, notamment en ce qui concerne les procédures de contrôle. Toutefois, cette déconvenue met l'accent sur les inconvénients de l'assistance dans le domaine de la sécurité dans des situations fragiles, instables et caractérisées par l'existence d'autorités nationales ne disposant pas encore de toutes les capacités pour prendre en charge par elle-même des responsabilités aussi cruciales que la sécurité et la défense. A cet effet, il est également souhaitable que les pourvoyeurs d'aide et d'assistance dans le domaine de la réforme ou de la reconstruction des institutions de sécurité dans les environnements post-conflit prennent conscience de cette réalité et fassent preuve de réalisme en cessant d'adopter des positions prônant de manière rigide la prise de responsabilité par des autorités nationales; principe en soit essentiel, mais devant être confronté aux réalités sur le terrain.

-----------------

Photo: Un soldat américain en possession de l'AK-47 en or ayant appartenu à Saddam Hussein (gauche) et un insurgé irakien à Falouja (droite). Source: Weapons Blog et Guardian Unlimited

dimanche, 05 août 2007

Dialogue entre les différences

Dialogue entre les peuples, inter-culturel, intercivilisationnel, interreligieux, tolérance religieuse, etc. Voilà autant de défis posés au monde actuel et future afin d'éviter que l'homme ne devienne un loup pour lui-même; que ne se renforcent l'ignorance, voie directe vers l'éclosion de toutes les préjugés jusqu'aux plus néfastes, si tant est que les préjugés demeurent et demeureront toujours inhérents à la nature humaine; que l'humanité ne chemine ensemble sur une route à plusieurs voies toutes séparées par des parterres psychologiques et culturels, rigides et infranchissables.

Il s'agit là d'invites qui se décrètent et professent au niveau politique, aussi bien sur le plan international que national et même local, dans certains pays où les "Autres" sont souvent considérés qu'à travers le prisme d'une menace (fantasmée ou réelle?) pour l'identité nationale, pour la sécurité physique et sociale des autochtones, etc. Ce sujet reste plus que jamais actualité, d'une actualité souvent brûlante, compte tenue des réactions, expressions et sentiments négatifs auquel sa absence donne souvent droit: réactions xénophobes, racistes, antisémites, intolérance religieuse, etc.

L'élément audio ci-dessus est une émission de Radio France Internationale (RFI) portant sur le thème "L'alliance des civilisations: entre Islam et Occident". Elle reçoit pour invité l'ancien président portugais Jorge Sampaio qui préside actuellement Haut Représentant de l'ONU pour l'Alliance des Civilisations. Bien qu'on y évoque l'aspect institutionnel de la question, y sont également traités quelques aspects de fond.


podcast
 

Au cas où le débit vocal ne serait pas normal, cliquez directement sur "Podcast".

mercredi, 06 juin 2007

Quand les Etats-Unis dictent la loi ou les impératifs

medium_usprestravel1.jpgJe reprends ici un article de Mario Calabresi du quotidien italien La Republica repris lui-même par Courrier International. Cet article relate les coulisses du déplacement Européen du Président Bush, voyage au cours duquel il doit notamment participer au Sommet du G8 en Allemagne. Il m'a paru amusant à certains égards et par certains détails, surprenant, instructif et également pouvant illustrer, aussi bien dans l'attitude américaine que dans les concessions et facilités (justifiées ou pas, là n'est pas la question) consenties par certains pays, une question que je m'étais déjà posée dans un article précédant.

DEBUT DE L'ARTICLE

Lorsque le président des Etats-Unis bouge, lorsqu'il se déplace aux confins de l'empire, 850 personnes se déplacent avec lui. Six pays en l'espace de sept jours, ce voyage jusqu'aux frontières les plus lointaines de l'occident américain aura entre autres destinations la Pologne, la Bulgarie et l'Albanie.

L'effort fourni pour assurer la sécurité de l'homme le plus puissant du monde est sans commune mesure. Seuls les voyages des empereurs romains pourraient, à la rigueur, souffrir la comparaison.

Il y a de cela dix-huit siècles, avant le départ de l'empereur, on envoyait sur les lieux du voyage des "mensores" chargés de se procurer les provisions et d'organiser la sécurité. Aujourd'hui, des cargos militaires transportent les véhicules de la "security" et un stock suffisant de nourriture pour confectionner 2 000 repas chaque jour. Toutes les provisions ont été achetées anonymement dans des supermarchés américains par des agents en civil: personne ne doit savoir quelle nourriture sera servie au président et à sa suite. Des avions sont sortis des hélicoptères, une douzaine de 4x4 des services secrets et les limousines présidentielles munies de vitres blindées de presque 8 cm d'épaisseur.

Dans un livre publié récemment sous le titre Are we Rome ? ["Sommes-nous Rome ?], l'auteur, Cullen Murphy, ancien directeur de l'hebdomadaire The Atlantic Monthly, raconte qu'il y a presque deux mille ans un anneau de sécurité formé de cercles concentriques de défense était bâti autour de l'empereur : à l'avant-poste, les hommes de troupe, puis les légionnaires et les gardes du corps impériaux, et, enfin, les "protectores".

A Prague, le cercle restreint autour de Bush est constitué de 250 agents secrets du Secret Service; autour de ce premier cercle, se trouvent les hommes du groupe antiterroriste tchèque Urna et des tireurs d'élite; le troisième cercle est formé de 1 500 policiers.

A Heiligendamm, la ville sur la côte balte allemande où se tiendra le G8, les 6 et 7 juin, deux sous-marins nucléaires américains croiseront au large de la côte. Dans les aéroports de chaque ville, des batteries de missiles sol-air devraient conjurer d'éventuelles attaques aériennes.

L'empereur romain état accompagné d'un "comitatus", un comité composé de plusieurs milliers de personnes: ministres, secrétaires, conseillers, interprètes, messagers, cuisiniers, eunuques et esclaves. Dans la caravane aérienne, partie de la base aérienne de Andrews, en Virginie, et arrivée hier soir à Prague, George W. Bush était accompagné de toute son équipe: des conseillers, des diplomates, des médecins, des gardes du corps, des porte-parole et des cuisiniers. Pour les urgences médicales, il y a une salle d'opération volante, où sont conservées desmedium_usprestravel.jpg poches de sang du même groupe sanguin que celui du président. Air Force One est toujours précédé d'un avion militaire Hercules – qui sert à intercepter n'importe quel signal et à protéger les communications – et suivie d'Air Force Two, l'avion de réserve.

A Rome, où Bush séjournera du 8 au 10, des quartiers entiers, depuis le Trastevere, seront barrés; en tête et en queue du cortège présidentiel prendront place les fourgons des brigades spéciales de la police italienne. Les motocyclistes de la police ouvriront le cortège.

Le 10, Bush séjournera à Tirana pendant sept heures. Jeudi 31 mai, le Parlement albanais a dû approuver une loi qui autorise plus de 500 marines à débarquer en Albanie et à employer la force "de façon proportionnelle à toute éventuelle menace".

Dimanche, la Garde républicaine albanaise – la force d'élite qui escorte d'ordinaire les leaders étrangers – devra être désarmée. Le gouvernement a même accepté de voter un décret selon lequel les seules personnes autorisées à être armées seront les soldats et les hommes des services secrets américains. Cette décision a soulevé un certain nombre de critiques: 53 parlementaires ont refusé de la voter et sont sortis de l'Hémicycle. On a parlé d'humiliation, et le journal le plus vendu dans le pays a même titré en une: "Messieurs les Américains, s'il vous plaît, occupez-nous."

FIN DE L'ARTICLE

Les photos illustrant cette reprise proviennent du site de la Maison Blanche.