vendredi, 08 août 2008

Le Darfour est-il trahi par la communauté internationale?

Au cours de ces derniers jours qui ont notamment coïncidé avec le premier anniversaire de la Résolution 1769 du Conseil de Sécurité de l'ONU autorisant le déploiement de la Mission conjointe ONU-UA au Darfour (UNAMID) et le renouvellement de son mandat pour une année supplémentaire, avec la volonté du Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) de poursuivre le Président Soudanais, Omar El-Bashir, pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, et dans la perspective du début, aujourd'hui 8 août, des Jeux Olympiques de Pékin (Chine) avec la volonté de profiter du fait que le pays organisateur, réputé être l'un des principaux soutien du Soudan, au sein du Conseil de sécurité de l'ONU notamment, soit au centre de l'actualité mondiale, le Darfour est revenue en première place sur l'agenda international.

La mobilisation internationale que le drame humanitaire qui se déroule au Darfour depuis 2003, avec la création de coalitions, d'organisations et de mouvements citoyens dans plusieurs pays du monde*, l'organisation de campagnes de sensibilisation qui ont vu l'implication de 34651a287bcc6c68c18741c7e7f7501f.jpgstars internationales, de nombreuses initiatives diplomatiques avec notamment la tenue de conférences et rencontres internationales (en France et en Libye notamment) et la nomination de deux médiateurs conjoints, l'un pour le compte de l'ONU, Jan Eliasson, et l'autre pour celui de l'Union Africaine (UA), Salim  Ahmed Salim, à qui s'est récemment joint Djibril Yipènè Bassolé, en qualité de médiateur conjoint ONU-UA, et l'établissement de la Mission conjointe, ONU-UA, de maintien de la paix au Darfour, l'UNAMID, attestait semble-t-il d'un engagement sèrieux et durable de la communauté internationale.

Ainsi, l'UNAMID, après de nombreuses difficultés (principalement techniques et politiques), causées notamment par les obstacles posés par les autorités Soudanaises et la nécessité de marchander sur les termes et les conditions de son établissement, a pris le relai de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) en janvier de cette année. Toutefois, il était clair dès le début qu'à elle seule, l'établissement de cette mission de maintien de la paix ne pouvait 14d8f538eff7ce35024bc114a3199905.jpg stabiliser la situation et qu'une solution politique entre les différents protagonistes devant passer par des négociations de paix inclusives étaient plus que nécessaire; domaine dans lequel peu d'avancées sont à noter jusqu'à présent.

Pour en revenir à l'UNAMID, il semble que sa mise en oeuvre traîne le pas, rendant la situation sur le terrain, et pour la force et pour les populations qu'elle est supposée protéger, encore plus incertaine et précaire. L'UNAMID n'en est qu'à environ 40% de son déploiement avec, sur les 26.000 soldats, policiers et personnels qui sont sensés la constituer, moins de 10.000 actuellement sur le terrain. Aussi, la force ne semble pas disposer des équipements de transports devant lui assurer tout le soutien logistique et la mobilité nécessaires. C'est notamment le cas de camions pour transporter le matériel de la force de Port Soudan (sur les bords de la Mer Rouge, à l'Est du soudan) à la région du Darfour (à l'Ouest du Soudan), d'ingénieurs et d'unités logistiques spécialisées.

Ainsi, alors que l'UNAMID manque encore de moyens aériens et notamment d'hélicoptères (18 hélicoptères de transport et 4 hélicoptères tactiques) et que les principaux pays qui pourraient en mettre à la disposition de la force semblent pour le moment traîné les pieds, affirmant notamment pour certains ne pas en disposer ou alors pour des raisons politiques que le rapport d'une coalition d'ONGs récemment publié et intitulé Grounded. The International Community’s Betrayal of UNAMID évoque en mettant en lumière ce qui peut s'assimiler à un manque de volonté politique de la part de la communauté internationale et plus particulièrement de certains de ses membres. Le rapport procède ainsi à un état des lieux de la disponibilité en hélicoptères des pays de l'OTAN (organisation qui a déjà dans le passé apporté un soutien logistique dans le cadre du déploiement des troupes de l'AMIS et une assistance technique par le biais de formations apportées à certains personnels de cette mission) et des principaux pays bb91351878cef371e10c9e83f7f4736d.jpgcontributeurs en troupes et matériels de l'ONU.

On apprend ainsi qu'à la différence de la Belgique, du Canada, de l'Estonie, de l'Islande et du Luxembourg qui ne disposent actuellement pas d'hélicoptères répondant aux besoins et spécificités techniques exprimés par l'ONU (en termes de capacité d'emport et de champ d'action), et de l'Allemagne, de la Norvège, et du Royaume Uni qui ne disposent pas du tout d'appareils en surplus, la Bulgarie,  le Danemark, l'Espagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Inde, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, le Pakistan, la Pologne, le Portugal, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Turquie possèdent bien des appareils qui pourraient être mis à la disposition de l'UNAMID. Et de conclure qu'actuellement l'Espagne, l'Inde, l'Italie, la République Tchèque, la Roumanie et l'Ukraine étaient en position de fournir a priori quatre fois le nombre des hélicoptères nécessaires à l'UNAMID.

Dans le même ordre d'idées, dans un rapport publié le 28 juillet dernier et intitulé Putting People First: The Protection Challenge Facing UNAMID in Darfur, la coalition d'ONGs Darfur Consortium revient sur ce qu'elle assimile a une faillite des leaders mondiaux à tenir les promesses et engagements pris vis-à-vis des populations du Darfour à travers l'établissement de l'UNAMID. Pour se faire, elle évalue l'efficacité de la force UNAMID au cours des six mois qui ont suivi son déploiement en donnant la parole à des Darfouris, experts et travailleurs humanitaires. Il en ressort de son travail un constat déjà évoqué et connu de tous: une force sous-équipée, mal formée, manquant de personnel, avec pour résultat le fait que beaucoup de Darfouris ne se sentent pas plus en sécurité qu'avant l'arrivée de la force.

Cela étant dit, il faut toutefois souligner que si la force de l'UNAMID peut jouer un rôle certain dans la stabilisation et la sécurisation du Darfour, la paix dans cette région ne proviendra pas de l'extérieur et encore moins de la constitution de la meilleure force de maintien de la paix, fut-elle dotée des meilleurs soldats et équipements; ceux-ci ne sauraient être que des moyens et facilitateurs pour y parvenir; c'est là d'ailleurs, faut-il le rappeler, la logique sous-tendant les opérations de paix. Le règlement de la crise du Darfour ne proviendra que de la volonté des différentes parties de réellement vouloir arriver à un règlement négocié; volonté qu'on a de la peine à percevoir et à identifier de part et d'autre de l'échiquier Soudanais.

* Americans Against Darfur Genocide, Collectif Urgence Darfour, Darfur Action Group of South Carolina, Darfur Australia Network, Darfur Call, Darfur Hilfe e.V., Darfur Relief and Documentation Centre, Darfur Union, ENOUGH Project, Italians for Darfur, Japanese for Darfur, Olympic Dream for Darfur, San Francisco Bay Area Darfur Coalition, Save Darfur Coalition, Save Darfur Canada, Sudan Advocacy Action Forum, Team Darfur, etc.

Crédit images: Site de l'UNAMID

mardi, 27 novembre 2007

Le monde selon Hubert Védrine

Hubert Védrine, ancien Ministre Français des Affaires étrangères (1997-2002), est en France l'un des observateurs et analystes les plus avisés, lucides et aussi prudents de la politique internationale. Au cours des récents mois, il a eu l'opportunité d'exprimer ses réflexions et sa vision des enjeux globaux actuels. Ce fut notamment le cas dans le rapport intitulé "La France et la mondialisation", qui lui avait commandé le Président Français, Nicolas Sarkozy, et qu'il a remis en septembre 2007; dans l'ouvrage qu'il a commis en 2007 intitulé Continuer l'histoire; lors de son audition le 4 octobre 2007 par la Commission mise sur pied en France pour réfléchir sur un "Livre Blanc sur la sécurité et la défense nationale"; et plus récemment lors de l'émission "Géopolitique, le débat" diffusé sur Radio France Internationale (RFI) le 17 novembre dernier.


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Cette émission a notamment tourné autour du rôle et de la place que devait occuper la France dans la mondialisation ou comment la remettre au centre du monde. Ce rapport partait d’un certain nombre de constats ; le premier d’entre eux se résume dans la perte de confiance et de repères et notamment dans les craintes que nourrissent en général et de manière paradoxale la majorité de ceux que l’on qualifient d’occidentaux (Français compris) vis-à-vis de la mondialisation qui n’est perçu qu’à travers les risques, menaces et fantasmes qu’elle suscite. Craintes qui tranchent largement avec l’espoir que la grande partie de ceux que feu l’historien Burkinabé, Joseph Ki-Zerbo, qualifiait de "mondialisés" (par opposition aux "mondialisateurs"), qui représentent la majeure partie des êtres humains vivant dans les pays en développement et pauvres d’Afrique (écoutez cette émission sur "les conséquences sociopolitiques de la mondialisation en Afrique"), d’Amérique Latine, d’Asie, etc. et qui dans les faits souffrent encore plus des inconvénients de cette mondialisation et attendent de voir poindre tout le bien qui leur en est dépeint et promis.

Ce sont donc ces mondialisés qui, selon un sondage réalisé en novembre 2006, nourriraient plus d’espoir dans la mondialisation et notamment dans le fait qu'elle est sensée les investissements étrangers, espoirs de ceux qui n’ont plus rien à perdre, comme le pense, certainement à raison, Hubert Védrine.

Dans le cadre de sa réflexion et des propositions faites dans son rapport, Hubert Védrine en appelle à une approche plus réaliste (pas forcément au sens de realpolitik bien que cette dernière ne soit pas forcément à diaboliser) des relations internationales et plus particulièrement de la politique internationale, en un mot à une lecture réaliste, lucide et clairvoyante du monde.

Pour se faire, en ce qui concerne la politique étrangère de la France, il en appelle à un abandon des tons et attitudes prétentieuses du genre "France, Patrie des droits de l’homme", faisant référence à la contribution historique tout aussi importante de la Grande Bretagne et des Etats-Unis et évoquant l’incapacité pour la France, d’un coup de baguette magique, de "transformer la Chine en une sorte d’énorme Danemark". Le même appel vaut pour l’universalité que recouvriraient les idées développées et promues par la France qui la positionnerait au centre du monde, repoussant par conséquent les autres peuples et cultures du monde au rang de provinces comme il le dit. Attitudes qui suscitent en vérité très souvent, même si cela n’est pas souvent exprimé ouvertement, diplomatie oblige, l’énervement de certains pays et acteurs et mettent très souvent la France en porte-à-faux face à certains de ses agissements et pratiques (aussi bien internes qu’externes) qui sont quant à elles dictées par les réalités de la scène internationale ; réalités dont la France doit avoir conscience et qui doivent principalement dicter les agissements de la France en tant qu’acteur international.

Pour justifier et soutenir son appel à une vision réaliste du monde, Hubert Védrine défendait déjà dans son ouvrage, Continuer l’histoire, le fait que le monde ne se résume pas en "une sympathique communauté internationale" et ne s’organise pas forcément dans la réalité, loin s’en faut, autour de peuples qui seraient gouvernés par des valeurs et une vision ouest-européennes. Manière aussi de dire qu’il y a bien un ou des mondes au-delà des frontières idéologiques, culturelles, mentales, etc. du monde ouest-européen et Occidental en général.

Pour Hubert Védrine, le monde actuel s’organise autour de plusieurs pôles caractérisés par des "puissances gigantesques" sur le retour ou ré-émergentes telles que la Russie (dont les dirigeants, Poutine en tête, et la grande majorité de la population sont véritablement mus par une volonté d’en refaire un pôle qui compte dans le monde, par un retour à la grandeur d’une Russie –grandeur politique, militaire, économique, culturelle, etc.- héritière de la grandeur de l’Ex-URSS), émergentes, telles que la Chine et Inde et dans les starting-blocks ou en embuscade telles que le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Nigéria, la Thaïlande, la Corée du Sud, l’Iran éventuellement sous un autre régime, etc. Face à ces réalités (qui se caractérisent également par un ensemble de chocs : géopolitique, démographique, énergétique, écologique, civilisationnel –qui pour Hubert Védrine, contrairement à Huntington, est un risque dont il faudrait se prémunir et non une réalité qui existerait déjà-, etc.), qui se manifesteraient par une perte croissante de l’influence des Occidentaux qui seraient « en train de perdre le monopole de l’histoire », il s’agit pour les Européens (plus globalement pour les Occidentaux pourrait-on dire) d’en prendre conscience, de mettre fin aux "illusions" post-chute du mur de Berlin, dislocation de l’URSS et fin de la Guerre Froide, et de réagir en repensant, "rebâtissant" pour la France et l’Europe, une "vraie grande politique réaliste" pour retrouver (conserver ou renforcer) leur place et influence au centre du monde qui décide et prend les décisions majeures, aux côtés des Etats-Unis.

Avec Hubert Védrine, le réalisme dans les relations internationales semble donc de retour et remis au goût du jour, si tant est qu’il ait disparu dans les faits, et tous les acteurs de la scène internationale, petits comme grands, mais surtout les petits et les plus petits, les objets, sujets et figurants de cette scène, doivent en avoir conscience afin d’en jouer et d’user tous les leviers qu’il offre, ce qui ne sera objectivement et bien entendu pas possible pour tous. Il ne s’agit là pas forcément d’en comprendre la nécessité et de vouloir, mais surtout de pouvoir, de capacité d’influence, de mobilisation de facteurs et de potentialités de puissance (qui serait déjà existants). Il faut de plus rappeler que les grandes puissantes ne se sont jamais embarrassées de morale, d’éthique et n’ont pas hésité à mettre en sourdine leurs traditionnels (et trop souvent tropicalisés) antiennes sur le respect des droits de l’homme lorsque cela les arrangeait ou allait à l’encontre ce qu’ils considéraient comme leurs intérêts nationaux bien compris.

Dans cette émission, Hubert Védrine revient également sur la politique de coopération au développement dont il demande une remise à plat des différentes approches, trop souvent considérées comme des remèdes miracle, et appelle à plus de modestie dans la conception, la définition et la mise en œuvre de politiques de développement, co-développement, etc., et notamment à développer un partenariat réel avec d’un côté les acteurs donateurs (donateurs bilatéraux –France, Grande Bretagne, Allemagne, etc. – et multilatéraux –Union Européenne notamment) et les pays récipiendaires de ces politiques et actions avec pour impératifs que ces derniers aient au préalable clairement pensé et défini des stratégies propres et leurs objectifs en terme de développement et de coopération.

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lundi, 06 août 2007

Quand reconstruction peut rimer avec prolifération

4f14d4a74f60572d54036846dd3bfe1b.jpgLe sujet fait actuellement la une des médias américains. Il est relatif à la disparition, ou tout au moins, à l'impossibilité pour l'armée américaine de dire où se trouvent près de 190.000 armes, parmi lesquels 110.000 fusils d'assaut AK-47 et 80.000 pistolets, sensées avoir été attribuées aux forces de sécurité irakiennes dans le cadre du soutien américain à leur reconstruction et plus particulièrement à leur équipement. En plus de ces armes, auraient également disparu 115.000 casques, ainsi que d'autres matériels militaires. Depuis 2003, les Etats-Unis ont dépensé environ 19 milliards de dollars pour développer les forces de sécurité iraquiennes. Sur ce montant, environ 2,8 milliards de dollars ont été utilisés pour l'achat et la fourniture d'armes et autres équipements. Ces armes représentent 30% du matériel militaire distribué aux forces irakiennes depuis 2004 par l'armée américaine à travers un programme d'assistance géré par le Département à la Défense.939cfffb05d3642c46ad9fbeffeeeadf.jpg

Cette information figure dans un rapport intitulé "Stabilizing Iraq. DOD Cannot Ensure That U.S.-Funded Equipment Has Reached Iraqi Security Forces", publié en juillet dernier par un organe d'investigation dépendant du Congrès américain, le Government Accountability Office (GAO), chargé de s'assurer de la régularité des dépenses du Gouvernement et de leur conformité avec les procédures établies. Selon ce rapport, les armes auraient été distribuées en 2004 et 2005 de manière précipitée et hasardeuse en faisant fi des règles et procédures en vigueur et notamment en négligeant le "service après-vente".

Selon certains analystes, il est à craindre que certains groupes insurgés soient entrés en possession d'une partie de ces armes et s'en servent actuellement dans leur guérilla contre les soldats de la coalition dirigée par les Etats-Unis et pour entretenir les affrontements et violences interconfessionnels en Irak et contribuer de ce fait à la perpétuation d'un climat de tension et d'insécurité chronique qui empêche tout effort significatif dans le processus de stabilisation et de reconstruction politique, social et économique de ce pays.

Depuis que ces "lacunes" ont été observées, l'armée américaine a affirmé avoir pris toutes les dispositions, notamment en ce qui concerne les procédures de contrôle. Toutefois, cette déconvenue met l'accent sur les inconvénients de l'assistance dans le domaine de la sécurité dans des situations fragiles, instables et caractérisées par l'existence d'autorités nationales ne disposant pas encore de toutes les capacités pour prendre en charge par elle-même des responsabilités aussi cruciales que la sécurité et la défense. A cet effet, il est également souhaitable que les pourvoyeurs d'aide et d'assistance dans le domaine de la réforme ou de la reconstruction des institutions de sécurité dans les environnements post-conflit prennent conscience de cette réalité et fassent preuve de réalisme en cessant d'adopter des positions prônant de manière rigide la prise de responsabilité par des autorités nationales; principe en soit essentiel, mais devant être confronté aux réalités sur le terrain.

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Photo: Un soldat américain en possession de l'AK-47 en or ayant appartenu à Saddam Hussein (gauche) et un insurgé irakien à Falouja (droite). Source: Weapons Blog et Guardian Unlimited

mercredi, 13 juin 2007

Renforcer la compétitivité, un des nombreux impératifs pour l'Afrique

medium_Africacompetitiveness.jpgParmi les multiples difficultés et solutions avancées pour permettre à l'Afrique, et plus particulièrement à la majorité des pays africains de sortir du sous-développement, de réduire la pauvreté et de se mettre sur la voie d'un développement et d'une croissance durables, leur accès au marché économique et financier mondial se présente comme l'un des leviers sur lesquels il est nécessaire que des efforts soient fournis.

Cette insertion sur le marché mondial tourne autour de plusieurs axes: un plus grand accès des produits d'exportation, notamment pour les pays dont l'économie repose grandement sur une certaine agriculture ou sur le textile, aux marchés d'Amérique ou d'Europe; l'afflux d'investissements étrangers qui permettraient aux pays africains d'améliorer leurs diverses infrastructures et par conséquent de dynamiser leurs économies (extractives, de transformation et de services). Or, pour bénéficier de ces investissements étrangers, il est nécessaire qu'existe un environnement (politique, social, économique, culturel, sécuritaire, légal, fiscal, etc.) compétitif, dynamique et propice; ce qui est loin d'être le cas dans la plupart des situations. Dans le même ordre d'idée, une incitation et une dynamisation de l'entreprenariat privé constituent également l'un des leviers pour un développement et une croissance durables en Afrique.

C'est dans cette optique qu'en prélude au Forum Economique Mondial sur l'Afrique qui s'est tenu du 13 au 15 juin 2007 dans la ville de Cape Town (Afrique du Sud), a été publié un rapport sur la compétitivité en Afrique. Ce rapport est le fruit d'une coopération entre le World Economic Forum, la Banque Africaine de Développement et la Banque mondiale; il est est présenté comme le "premier sur l'environnement conjoncturel des entreprises africaines qui rassemble les connaissances et l'expertise des trois organisations, marquant ainsi une nouvelle étape en termes de coopération dans le domaine de la recherche". Il aborde un certain nombre de problématiques telles que le rôle de l'entreprenariat, des technologies de l'information et de la communication et la place des femmes dans le renforcement de la compétitivité en Afrique. Il présente également les résultats d'une enquête portant sur 29 pays, pour ce qui est de l'analyse et de la mesure de la compétitivité en Afrique, et sur 32 pays, en ce qui concerne l'analyse et l'appréciation de différents climats d'investissement. Ces résultats se fondent sur les réponses fournies par des entrepreneurs et des hommes d'affaires, ainsi que sur l'analyse de données provenant d'organisations internationales (Banque mondiale, Fonds Monétaire international, agences des Nations Unies, Union Internationale des Télécommunications, etc.) et de statistiques nationales.

Ce rapport a conclu que les entreprises africaines peuvent devenir plus compétitives à condition que les gouvernements africains et leurs partenaires internationaux améliorent l'accès aux moyens de financement, reconstruisent les infrastructures et renforcent les institutions. Soulignant le nombre croissant de projets couronnés de succès en Afrique, le rapport met l'accent sur le fait que "la difficulté d'accéder aux services financiers constitue le principal obstacle à surmonter pour les entreprises africaines, mais que les infrastructures déficientes, la corruption et la faiblesse des institutions nuisent également à la compétitivité des biens et services africains sur le marché mondial".

Les données récoltées dans ce rapport ont été organisées autour de neuf piliers: institutions (confiance en les politiciens, favoritisme, indépendance de la justice, dépenses gouvernementales, etc.), infrastructures (qualité des infrastructures -routières, aéroportuaires, portuaires-, qualité de la fourniture d'électricité, lignes téléphoniques, etc.), santé et éducation primaire (impact du paludisme, de la tuberculose et du sida sur les affaires, mortalité enfantine, espérance de vie, etc.), macroéconomie (taux d'épargne national, inflation, dette gouvernementale, taux d'échange réel, etc.), éducation supérieure et formation (qualité du système éducatif, qualité de la gestion des écoles, durée de la formation des enseignants, etc.), efficacité du marché (efficacité du cadre légal, nombre de procédures pour ouvrir une entreprise, temps requis pour ouvrir une entreprise, etc.), développement technologique (niveau d'absorption technologique dans les entreprises, nombre d'utilisateurs de téléphones mobiles, nombre d'internaute, etc.), sophistication des affaires, et innovation.

Dans le cadre de cette catégorisation, le quatuor institutions, infrastructures, macroéconomie, santé et l'éducation primaire représentent des facteurs clés pour dynamiser une économie, tandis que le trio éducation supérieure et formation, efficacité du marché, développement technologique jouent un rôle clé dans le renforcement de l'efficacité de l'économie, et le duo sophistication des affaires et innovation comme un élément clé pour développer le caractère innovant d'une économie.

Sur la base des réponses fournies par les hommes d'affaires, ont été établis les principaux facteurs constituant des obstacles au développement des affaires. Ainsi, en plus des principaux obstacles évoqués précédemment, figurent l'insuffisance de moyens de télécommunications et de transports, les difficultés liées à la fourniture d'électricité, les obstacles liées aux conditions d'accès au foncier, le système fiscal, les régulations commerciale, douanière et sociale, le niveau de criminalité, la capacité du système légal à régler les différends, etc.

Cette étude peut être d'un grand intérêt pour les potentiels investisseurs et ceux s'intéressant au milieu des affaires en Afrique. Elle permet ainsi de se rendre compte que si certains problèmes sont communs aux pays africains (et pas qu'à eux faut-il le préciser), ils n'ont pas la même proportion d'un pays à l'autre. Ainsi, si la corruption constitue un obstacle majeur au Cameroun, au Maroc, en Libye ou au Tchad, tel n'est pas le cas en Gambie ou au Botswana. Cette étude permet de relativiser de manière significative ces réalités et de remettre dans certaines proportions les maux les plus fréquemment avancés pour expliquer les retards de développement sur le continent africain.

Cet article est également publié sur Multipol