samedi, 09 août 2008

Interview d'un des auteurs du putsch en Mauritanie

Mohamed Ould Abdelaziz, l'un des principaux auteurs du coup d'état récemment survenu en Mauritanie évoque dans une  interview les raisons qui ont poussé, selon lui, à ce putsch. Il en ressort qu'ils, lui et les autres auteurs, se présentent comme des sauveurs de la démocratie et de l'état de droit dans ce pays... Le coup d'état comme nouvel instrument de promotion et de protection de la démocratie, de la stabilité politique et de l'état de droit... Si dans le principe cette conception est contradictoire, dans certains contextes on en arriverait presque à se demander si cela ne mériterait pas d'être creusé...

Lire un extrait de l'interview accordé par le Général Mohamed ould Abdel Aziz, chef de la junte, au magazine Jeune Afrique

Lire l'interview accordé à RFI par le Général Mohamed ould Abdel Aziz, chef de la junte

mercredi, 06 août 2008

La faillite du "modèle Mauritanien"?

Une fois de plus, et cela pour la troisième fois de son histoire, les militaires ont fait éruption sur la scène politique mauritanienne, donnant raison et du grain à moudre aux sceptiques et à ceux qui nourrissent des doutes quant à la pérennité des avancées et progrès démocratiques sur le continent africain. A ceux-là et aux autres qui pensent que l'organisation réussie d'une élection à elle seule suffit à instaurer la démocratie. L'instauration de la démocratie, comme sa défense sont des entreprises permanentes. Aucune nation, aucun pays, aucun Etat n'est né démocratique; ils le sont tous devenus après s'être mis sur ses rails, après avoir renforcés les mécanismes concourant à sa sauvegarde et à son renouvellement permanent. Ainsi, il était clair que le cheminement de la Mauritanie, comme celui des autres pays sur la voie de la démocratisation, est un parcours de longue haleine où rien ne doit être considéré comme acquis.
 
Dans un précédent post ("Le "modèle" Mauritanien"), à l'issu d'un processus remarquable et salué par tous qui avait conduit ce pays sur la voie d'un certain nombre de réformes politiques et juridiques avec notamment l'adoption par référendum le 25 juin 2006 d'un nouvelle constitution prévoyant notamment l'instauration d'un régime présidentiel et donnant au Parlement le droit de censurer le gouvernement (paradoxalement, le putsch actuel est semble-t-il parti d'une crise au sein du parlement dont 48 de ses membres ont claqué la porte du parti au pouvoir), la tenue les 19 novembre et 3 décembre 2006 d'élections législatives qui ont doté le pays d'une nouvelle Assemblé et l'élection en mars 2007 de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu depuis l'indépendance du pays en 1960, nous tirions déjà la conclusion que "pour le moment, le cas Mauritanien a encore à faire ses preuves dans le moyen et long terme car le chemin de la démocratisation est un long processus parsemé d'embûches et, malheureusement, souvent de freins et reculs". L'avenir nous a malheureusement semble-t-il donné raison.
 
Alors faut-il conclure à la faillite du "modèle Mauritanien"? Déjà, qualifier le parcours Mauritanien qui avait "nécessité" le passage par un coup d'état (celui du 3 août 2005) de "modèle" nous semblait déjà à l'époque (voir "Putsch en Mauritanie") une dangereuse approche ; alors au vu des rebondissements et développements survenus aujourd’hui, il semble que l’histoire se répète, ce qui renforce notre certitude dans le fait que le chemin de la démocratisation en Afrique, plus que partout ailleurs, est un long processus parsemé d'embûches et, malheureusement, souvent de freins et reculs ; dans ce domaine, il n’y pas d’acquis ; une élection, aussi ouverte, transparente et démocratique soit-elle et une alternance politique, s’ils constituent des étapes importantes à emprunter sur la voie de l’instauration de la démocratie, n’en constituent pas forcément la marque indélébile de leur adhésion dans le cercle des nations qualifiées de démocratiques, encore faudrait-il qu’une culture et des pratiques démocratiques durables et éprouvées dans le temps et par les épreuves l’illustrent. Le chemin est long, la patience et la persévérance sont donc de mises. Cela n’empêche la nécessaire intransigeance dont il faut faire preuve face au recours aux coups d’état.

dimanche, 06 juillet 2008

La fuite des cerveaux encore pointée du doigt

Fuite des cerveaux! Cette fois il ne s'agit pas de personnes qualifiées qui quittent leurs pays d'origine en Afrique pour s'expatrier en Amérique du Nord ou en Europe à la recherche de meilleures conditions de vie, opportunités professionnelles et d'avancement social. Il s'agit plutôt de milliers d'Allemands qui, à l'instar de milliers de leurs congénères Européens ou d'autres régions du monde, s'expatrient à la recherche "d'opportunités professionnelles attractives à l'étranger" et d'un meilleur salaire; en Suisse, aux Etats-Unis et en Autriche en l'occurrence pour ces Allemands. Quoi de plus compréhensible et normal dirions-nous si ce n'est la crainte, somme toute compréhensible et légitime, de leur pays d'origine de l'incidence qu'aurait ce phénomène pour le dynamisme et la croissance de son économie. Crainte qui paraît néanmoins peu évidente pour certains tant l'économie allemande jouit d'une certaine bonne santé et d'un dynamisme certain; crainte qui par contre concernant les pays Africains peut sembler évidente compte tenu des multiples difficultés d'ordre social, économique, alimentaire, etc. qui font des ressources humaines un élément central dans le combat pour l'amélioration durable de cette situation.
 
Toutefois, dans les deux cas, loin de relativiser l'impact ou l'importance du phénomène de fuite des cerveaux pour les pays d'origines notamment, il ne serait pas extraordinaire de remarquer la promptitude avec laquelle les observateurs et analystes en ferait un drame pour les pays africains et presqu'un épiphénomène, ou tout au moins un paramètre  parmi tant d'autres pour l'Allemagne ou d'autres pays similaires. La fuite des cerveaux, sans minimiser les motivations, une fois de plus légitimes,  compréhensibles et humaines, et cela sous tous les parallèles et sous toutes les latitudes, est-elle un phénomène dont il faut plus s'émouvoir lorsqu'elle concerne des pays ou régions en développement que lorsqu'il s'agit de pays industrialisés et développés? La réponse est d'une évidence affligeante.
 
Toutefois, peut-on faire abstraction des motivations personnelles qui, nous l'avons vu, semble largement partagées par tous ces cerveaux en fuite? Bien sûr que non une fois de plus... Les autorités des deux types de pays qui en sont les victimes, malgré les mesures (fiscales et autres) qu'elles peuvent prendre réussissent-elles toujours à insulffler dans le cerveau de ces personnes un sens patriotique supérieur à leurs aspirations personnelles et professionnelles? Pas toujours dans un cas comme dans l'autre. L'individu peut-il toujours ou souvent accepter de supporter le fardeau de son pays? Peut-on lui en vouloir dans la négative? Toutefois, certains font ce choix pour peu que cette nécessité résonne dans leur cerveau et dans leur affect comme un impératif et une évidence, pour peu qu'ils en prennent le risque et bénéficient d'incitations particulières propices à modifier leur perception de l'impact et de l'importance de leur contribution effective à l'entreprise nationale et que celle-ci rejoigne bien sûr leurs aspirations personnelles.
 
Dans tous les cas, ce ne sont pas les pays qui reçoivent cette ressource utile, pour peu qu'ils acceptent souvent de reconnaître l'utilité et l'importance de ces personnes dans la bonne santé et le dynamisme de leur économie, qui s'en plaindraient, encore que, pour certains cerveaux, ce soit le cas...

lundi, 23 juin 2008

Les nouveaux chantiers de la politique de coopération française

Depuis l'arrivée du nouveau président français, Nicolas Sarkozy, de nombreux chantiers de réforme ont été lancés et mis en oeuvre dans plusieurs domaines tels que la politique étrangère. C'est sans doute dans cet ordre d'idée que s'inscrivent les nouveaux chantiers pour l'Afrique ouverts par le nouveau titulaire du poste de Secrétaire d'Etat Chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet.
 
Arrivé à ce poste à la suite du remaniement ministériel survenu en mars 2008, Alain Joyandet affirmait son attachement au continent africain, la nécessité de parler de cette partie du monde en bien et de lui venir en aide; cela s'est matérialisé par une tournée de plusieurs mois qu'il a entrepris à travers le continent afin de dialoguer avec toutes ses forces vives pour écouter leurs besoins et attentes dans la relation avec la France. A l'issu de ce voyage il a identifié huit chantiers sensés répondre aux besoins de cette Afrique qui "bouge, est entrée de plain-pied dans la mondialisation", de cette Afrique qui connait un redémarrage de sa croissance et de cette Afrique qui "réclame la France; souhaite 'plus de France'".
 
Ces chantiers annoncés le 19 juin dernier lors d'une conférence de presse sont également sensés répondre à l'intérêt et à l'investissement croissant dont cette partie du monde fait l'objet de la part de pays émergents tels que la Chine. Et comme pour ces derniers, curieusement, ce "réinvestissement" de la France doit aux dires du Secrétaire d'Etat français s'ancrer dans "la réciprocité, la confiance mutuelle, l’entente" avec pour objectif principal "repositionner la France sur l’échiquier africain et encadrer sa coopération". Il faut également préciser que cette nouvelle approche reposera sur deux piliers: le développement économique et le rayonnement culturel.
 
Le Secrétaire d'Etat a renouvelé une annonce de la France en déclarant "qu'à partir de l’année prochaine, nous allons augmenter de 25% nos engagements -à travers l’Agence Française de Développement, AFD- en direction des pays du Sud. L’Afrique sera la principale bénéficiaire de cette somme qui représente 1 milliard d’euros." De manière générale, il est question pour la France de "modifier la structure de son aide" afin "d’entrer dans l’ère du partenariat (...) avec une relation pragmatique fondée sur la responsabilité mutuelle, le « parler vrai » et sur une exigence de respect de la parole donnée." L'on est tenté de penser que tout cela était déjà le cas...
 
Plus concrètement, les nouveaux chantiers s'articulent autour des éléments suivants:
 
- Soutenir le secteur privé africain en "incitant plus encore les entreprises françaises à investir en Afrique et en se donnant les moyens de financer les initiatives des jeunes générations d’Africains qui veulent créer eux-mêmes leur entreprise";
 
- Relancer les agricultures africaines afin de leur permettre d'assurer l'autosuffisance alimentaire (il faut rappeler que dans les années 80 on parlait déjà d'autosuffisance alimentaire dans de nombreux pays africains) des populations africaines. Ce besoin est devenu crucial avec la crise alimentaire causée en partie par l'augmentation des prix de certains produits alimentaires de première nécessité tels que la farine, le riz ou le lait; crise qui s'est manifestée par des émeutes de la faim qu'ont connu plusieurs pays africains.
 
- Renforcer le rôle et les capacités des femmes afin d'en faire de véritables acteurs du développement du continent;
 
- Tripler en 4 ans la présence des volontaires internationaux français (jeunes et séniors) sur le continent africain. Ces volontaires sont sensés apporter leur expertise et savoir-faire dans de nombreux domaines tels que l'agriculture et naturellement contribuer au rayonnement culturel de la France;
 
- Accroître le soutien aux et la collaboration de la diplomatie française avec les ONGs nationales afin de bénéficier de manière accrue de leur expertise et d'en faire des acteurs centraux dans la délivrance de l'aide publique au développement française;
 
- Renforcer l'enseignement et l'apprentissage de la langue française au-delà de ses frontières historiques;
 
- Accroître le rayonnement de la France à l'extérieur en harmonisant, confortant et valorisant l’action de son audiovisuel extérieur (TV5 monde, France 24 et RFI);
 
- Revoir les relations de défense de la France avec le continent afin de l'aider et de l'accompagner dans ses efforts pour se doter d'outils et de moyens autonomes pour assurer sa sécurité et sa stabilité. Cela passera nécessairement par la révision des accords de coopération militaire et de défense en vigueur.
 
Voici brièvement présentés les axes autours desquels la nouvelle politique de coopération de la France vis-à-vis de l'Afrique devrait s'articuler dans les années à venir. Il est tout de même curieux que la définition de ces chantiers n'intervienne qu'à ce moment particulier; ainsi on peut se demander si leur présentation représente la suite du travail qu'avait ou qu'aurait entrepris le premier titulaire de ce poste, Jean-Marie Bockel, dont les motifs du "débarquement" en mars 2008 avaient suscité un certain nombre de spéculations quant au rôle joué par certaines personnalités africaines qui n'auraient pas apprécié certaines de ses prises de position? Ces chantiers sont-ils la marque de la vision et de l'approche du nouveau Secrétaire d'Etat? Interviennent-ils dans le cadre de la toute prochaine présidence française de l'Union Européenne qui a vu au cours des mois qui l'ont précédé le lancement d'un certain nombre d'initiatives? On attend toufefois de voir comment ses chantiers vont se mettre en place et dans quel sens ce nouveau partenariat France-Afrique va s'orienter et surtout avec quels résultats.
 
 

Débat sur la coopération française en Afrique avec Alain Joyandet et les auditeurs de RFI


1ere partie podcast

2ème partie podcast

mardi, 04 décembre 2007

Les Accords de Partenariat Economique UE-Afrique en débat

Les négociations devant mener à la signature des Accords de Partenariat Economique (APE) entre l'Europe et les pays d'Afrique, Caraïbe et Pacifique (ACP) sont censées prendre fin au plus tard le 31 décembre de cette année. Même si de nombreuses voix s'élèvent en Afrique, voix notamment portées par les sous-régions Afrique de l'Ouest et Centrale ainsi que par certaines ONGs telles qu'Oxfam, pour critiquer la pression et la rapidité avec laquelle l'UE voudrait voir ces Accords signés et en appeler à la prorogation des négociations et des régimes préférentiels auquel doivent mettre un terme les APE, il est très fort probable que ce délai sera respecté. Ces critiques se fondent entre autres sur les risques que cette dérégulation ferait peser sur les productions et la capacité des marchés Africains à résister au libre échange.

Les APE sont sensés se mettre en adéquation avec les règles et principes de l'OMC - règle de la non-discrimination notamment- et de mettre fin aux régimes préférentiels mis en place par les précédents Accords de Lomé et Cotonou et particulièrement à la discrimination qu'ils produisent vis-à-vis des autres région du monde, Amérique Latine principalement. En plus de cet impératif, la fin de ce régime préférentiel, qui permettait notamment à certains produits Africains d'entrer sur le marché Européen exemptés de droits de douane, aurait montré, selon l'UE, son inefficacité et aurait échoué à permettre notamment aux pays Africains de tirer tous les bénéfices attribué au commerce, en terme de développement et de croissance économique.

A quelques jours donc d'un rendez-vous important entre l'Europe et certaines sous-régions Africaines - l'Afrique de l'Est a déjà signé ces accords avec l'UE- les débats continuent et chacun semble camper sur ses positions. Il sera intéressant de voir quelle en sera l'issue, quoiqu'il ne fasse pas trop se faire d'illusions quant sur la décision que prendront les pays Africains encore réfractaires. En attendant, l'écoute des éléments audio ci-dessous permettra d'en savoir un peu plus sur les termes du débat et les principales pierres d'achoppement.


podcast
podcast

 ---------------------

Au cas où le débit vocal des éléments sonores n'est pas normal, cliquez directement sur "Podcast".

Lire également ces deux articles du Monde, "Equilibre Euro-Africain" et "Les pays africains refusent la libéralisation des échanges prônée par l'UE" en date du 7 décembre 2007.

jeudi, 29 novembre 2007

La contribution de l'UE à la paix et à la sécurité du continent Africain

ecb37ab7ed382df6dd3428abbf998f7f.gifDepuis plusieurs décennies, l'Europe, au travers notamment des Communautés Economiques Européennes (CEE) et aujourd'hui de l'Union Européenne (UE), en raison précisément des liens historiques de certain de ses membres et de sa proximité avec le continent, a joué un rôle important, au même titre que plusieurs autres acteurs tels que l'Organisation des Nations Unies (ONU), plusieurs pays occidentaux (Européens et non), y compris les Etats-Unis bien entendu, dans les domaines du développement, de la démocratisation, de l'instauration et le renforcement de la gouvernance et de l'état de droit, du soutien à l'intégration régional et de la prévention, de la gestion et de la résolution des conflits en Afrique.

Le document ci-joint aborde la contribution de l'Union Européenne en s'interrogeant notamment de savoir si cet acteur est le champion de l'environnement sécuritaire et de paix Africain. Ce faisant, il aborde le cadre juridique et politique à travers lequel se développe cette contribution; sous le couvert notamment du processus actuellement en cours visant à faire de l'UE un acteur global et réellement influent de la scène internationale, à le doter d'une politique étrangère et de sécurité commune et à renforcer ses différentes capacités civiles et militaires dans les domaines de la planification, du contrôle, du commandement et de la direction de ses interventions sur des théâtres de crise à l'étranger. Après avoir ébauché l'architecture de paix et de sécurité en train de se mettre en place en Afrique, après en avoir dresser un état des lieux de la mise en oeuvre, ce papier illustre la contribution concrète de l'UE dans les domaines de la prévention, de la gestion et de la résolution des conflits en Afrique.

lundi, 05 novembre 2007

La Chine respecte-t-elle les engagements qu'elle a pris envers l'Afrique?

bd4b656546ce107a0b59f49ffe835fff.pngIl y a près d'un an, en novembre 2006, à l'issu du Forum sur la coopération sino-africaine, les autorités Chinoises prenaient des engagements qui devaient permettre le renforcement de la coopération entre les deux acteurs et de soutenir le développement des pays africains en établissant un "nouveau type de partenariat stratégique avec l'Afrique caractérisé par l'égalité et la confiance mutuelle sur le plan politique, la coopération gagnant-gagnant sur le plan économique et les échanges et l'inspiration mutuelle sur le plan culturel..." Un plan d'action en a résulté intitulé Plan d'action de Beijing (2007-2009). Un an après, où en est-on dans sa mise en oeuvre et dans la concrétisation des engagements pris?

C'est la mise en oeuvre effective de ce Plan d'action et le respect des engagements pris  qu'a voulu défendre et démontrer l'Ambassadeur de Chine au Sénégal, Ju Shaye, dans une tribune publiée dans la presse locale. Cette tribune évoque les "énormes efforts et (...) résultats satisfaisants" remportés dans les principaux domaines qui avaient été identifiés: domaine politique, domaine économique, coopération dans les affaires internationales et domaine du progrès social.

Sur le plan politique, le diplomate a évoqué la multiplication des échanges de haut niveau entre la Chine et l'Afrique avec, côté Chinois, au cours des huit derniers mois, les visites dans 20 pays africains du Président chinois, Hu Jintao, du Président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine, Wu Bangguo, et du Président du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois, Jia Qinglin, ainsi que du ministre des Affaires étrangères de Chine, et, côté africain, la visite en Chine de trois Présidents, un Premier ministre, sept ministres des Affaires étrangères et plus de 90 ministres.

De plus, "conformément au principe déterminé dans le Plan d’action de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine", les deux parties ont tenu, le 26 septembre 2007 à New York, "le premier tour des consultations politiques entre le chef de la diplomatie chinoise et ses homologues africains, pour lancer officiellement le mécanisme de dialogue politique régulier entre les ministres des Affaires étrangères chinois et africains dans le cadre du Forum". La concertation et la coopération s'est également accrue entre la Chine, l’Union Africaine (UA) et les organisations sous-régionales africaines avec notamment un soutient techniques et financiers à ces dernières; soutient qui s'est caractérisé par des "aides en matériel et en espèces aux opérations de maintien de la paix de l’UA au Soudan (AMIS) et en Somalie (AMISOM)" et par la prise en charge par la Chine de la construction d'un nouveau Centre de conférence de l'UA.

Il citera ainsi dans le domaine économique les investissements chinois qui se seraient accrus de façon régulière, les champs de coopération élargis avec, dans les "six premiers mois de l'année 2007, les investissements directs réalisés par les entreprises chinoises en Afrique ayant atteint 485 millions de dollars US" et le fonds de développement Chine-Afrique, "visant à encourager les entreprises chinoises performantes et crédibles à investir en Afrique et à s'engager dans les projets permettant d'élever le niveau technologique des pays africains, d'accroître les emplois et de promouvoir le développement socio-économique des pays d'accueil" devenu opérationnel en juin 2007.

S'il est indéniable, et louable, que la coopération sino-africaine ne cesse de s'intensifier et de se diversifier, on pourra bien sûr s'interroger sur le cadre politique (ou son absence) dans lequel cette assistance de la Chine est mise en oeuvre et notamment sur l'attitude de ses autorités sur un certain nombre de dossiers politiques tels que son soutien aux régimes de Khartoum, soutien qui a très souvent constitué un obstacle et miné les efforts entrepris au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU. On pourrait également évoquer une fois de plus ce qu'on pourrait interpréter comme un manque de préparation de la plupart des pays africains qui n'auraient pas véritablement défendu au mieux leurs intérêts et anticipé les conséquences que pourrait avoir cette coopération pour leur marché du travail, pour leur tissu artisanal, commercial, etc. Ce qui pourrait, en partie, s'expliquer par la position de demandeur (est-ce véritablement un partenariat équitable et égal?) dans laquelle ils se trouvent, ce qui ne justifierait cependant pas un manque de vision propre.

------

Notes connexes:

Chine-Afrique: les dessous d'une relation qui se voudrait mutuellement bénéfique

Approches pour le développement et la coopération avec l'Afrique en question?

La Chine continue son investissement sur l'Afrique