dimanche, 29 juin 2008
L'Europe à l'heure française
Dans deux jours, à partir du 1er juillet prochain, et ce jusqu'au 31 décembre 2008, la France va prendre la tête de la présidence tournante d'une Union Européenne confrontée, au même titre que la plupart des pays de monde, mais certainement avec certaines particularités, à un certain nombre de défis et enjeux. Bien entendu, il ne faudrait pas accorder à cet évènement une importance disproportionnée même s'il faut reconnaître que pour le pays qui en a la charge il s'agit d'un moment politique et diplomatique particulier qui ne survient que rarement. Par ailleurs, la place qu'occupe et entend continuer à occuper sur la scène internationale et européenne confère à cette présidence un intérêt supplémentaire.
"Les enjeux de la Présidence française de l'Union Européenne", émission "Décryptage" sur Radio France Internationale11:05 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Union Européenne, Présidence de l'UE, Europe
lundi, 23 juin 2008
Les nouveaux chantiers de la politique de coopération française
12:25 Publié dans Afrique, Développement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : France, Afrique, Coopération, Développement
mardi, 27 novembre 2007
Le monde selon Hubert Védrine
Hubert Védrine, ancien Ministre Français des Affaires étrangères (1997-2002), est en France l'un des observateurs et analystes les plus avisés, lucides et aussi prudents de la politique internationale. Au cours des récents mois, il a eu l'opportunité d'exprimer ses réflexions et sa vision des enjeux globaux actuels. Ce fut notamment le cas dans le rapport intitulé "La France et la mondialisation", qui lui avait commandé le Président Français, Nicolas Sarkozy, et qu'il a remis en septembre 2007; dans l'ouvrage qu'il a commis en 2007 intitulé Continuer l'histoire; lors de son audition le 4 octobre 2007 par la Commission mise sur pied en France pour réfléchir sur un "Livre Blanc sur la sécurité et la défense nationale"; et plus récemment lors de l'émission "Géopolitique, le débat" diffusé sur Radio France Internationale (RFI) le 17 novembre dernier.
Cette émission a notamment tourné autour du rôle et de la place que devait occuper la France dans la mondialisation ou comment la remettre au centre du monde. Ce rapport partait d’un certain nombre de constats ; le premier d’entre eux se résume dans la perte de confiance et de repères et notamment dans les craintes que nourrissent en général et de manière paradoxale la majorité de ceux que l’on qualifient d’occidentaux (Français compris) vis-à-vis de la mondialisation qui n’est perçu qu’à travers les risques, menaces et fantasmes qu’elle suscite. Craintes qui tranchent largement avec l’espoir que la grande partie de ceux que feu l’historien Burkinabé, Joseph Ki-Zerbo, qualifiait de "mondialisés" (par opposition aux "mondialisateurs"), qui représentent la majeure partie des êtres humains vivant dans les pays en développement et pauvres d’Afrique (écoutez cette émission sur "les conséquences sociopolitiques de la mondialisation en Afrique"), d’Amérique Latine, d’Asie, etc. et qui dans les faits souffrent encore plus des inconvénients de cette mondialisation et attendent de voir poindre tout le bien qui leur en est dépeint et promis.
Ce sont donc ces mondialisés qui, selon un sondage réalisé en novembre 2006, nourriraient plus d’espoir dans la mondialisation et notamment dans le fait qu'elle est sensée les investissements étrangers, espoirs de ceux qui n’ont plus rien à perdre, comme le pense, certainement à raison, Hubert Védrine.
Dans le cadre de sa réflexion et des propositions faites dans son rapport, Hubert Védrine en appelle à une approche plus réaliste (pas forcément au sens de realpolitik bien que cette dernière ne soit pas forcément à diaboliser) des relations internationales et plus particulièrement de la politique internationale, en un mot à une lecture réaliste, lucide et clairvoyante du monde.
Pour se faire, en ce qui concerne la politique étrangère de la France, il en appelle à un abandon des tons et attitudes prétentieuses du genre "France, Patrie des droits de l’homme", faisant référence à la contribution historique tout aussi importante de la Grande Bretagne et des Etats-Unis et évoquant l’incapacité pour la France, d’un coup de baguette magique, de "transformer la Chine en une sorte d’énorme Danemark". Le même appel vaut pour l’universalité que recouvriraient les idées développées et promues par la France qui la positionnerait au centre du monde, repoussant par conséquent les autres peuples et cultures du monde au rang de provinces comme il le dit. Attitudes qui suscitent en vérité très souvent, même si cela n’est pas souvent exprimé ouvertement, diplomatie oblige, l’énervement de certains pays et acteurs et mettent très souvent la France en porte-à-faux face à certains de ses agissements et pratiques (aussi bien internes qu’externes) qui sont quant à elles dictées par les réalités de la scène internationale ; réalités dont la France doit avoir conscience et qui doivent principalement dicter les agissements de la France en tant qu’acteur international.
Pour justifier et soutenir son appel à une vision réaliste du monde, Hubert Védrine défendait déjà dans son ouvrage, Continuer l’histoire, le fait que le monde ne se résume pas en "une sympathique communauté internationale" et ne s’organise pas forcément dans la réalité, loin s’en faut, autour de peuples qui seraient gouvernés par des valeurs et une vision ouest-européennes. Manière aussi de dire qu’il y a bien un ou des mondes au-delà des frontières idéologiques, culturelles, mentales, etc. du monde ouest-européen et Occidental en général.
Pour Hubert Védrine, le monde actuel s’organise autour de plusieurs pôles caractérisés par des "puissances gigantesques" sur le retour ou ré-émergentes telles que la Russie (dont les dirigeants, Poutine en tête, et la grande majorité de la population sont véritablement mus par une volonté d’en refaire un pôle qui compte dans le monde, par un retour à la grandeur d’une Russie –grandeur politique, militaire, économique, culturelle, etc.- héritière de la grandeur de l’Ex-URSS), émergentes, telles que la Chine et Inde et dans les starting-blocks ou en embuscade telles que le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Nigéria, la Thaïlande, la Corée du Sud, l’Iran éventuellement sous un autre régime, etc. Face à ces réalités (qui se caractérisent également par un ensemble de chocs : géopolitique, démographique, énergétique, écologique, civilisationnel –qui pour Hubert Védrine, contrairement à Huntington, est un risque dont il faudrait se prémunir et non une réalité qui existerait déjà-, etc.), qui se manifesteraient par une perte croissante de l’influence des Occidentaux qui seraient « en train de perdre le monopole de l’histoire », il s’agit pour les Européens (plus globalement pour les Occidentaux pourrait-on dire) d’en prendre conscience, de mettre fin aux "illusions" post-chute du mur de Berlin, dislocation de l’URSS et fin de la Guerre Froide, et de réagir en repensant, "rebâtissant" pour la France et l’Europe, une "vraie grande politique réaliste" pour retrouver (conserver ou renforcer) leur place et influence au centre du monde qui décide et prend les décisions majeures, aux côtés des Etats-Unis.
Avec Hubert Védrine, le réalisme dans les relations internationales semble donc de retour et remis au goût du jour, si tant est qu’il ait disparu dans les faits, et tous les acteurs de la scène internationale, petits comme grands, mais surtout les petits et les plus petits, les objets, sujets et figurants de cette scène, doivent en avoir conscience afin d’en jouer et d’user tous les leviers qu’il offre, ce qui ne sera objectivement et bien entendu pas possible pour tous. Il ne s’agit là pas forcément d’en comprendre la nécessité et de vouloir, mais surtout de pouvoir, de capacité d’influence, de mobilisation de facteurs et de potentialités de puissance (qui serait déjà existants). Il faut de plus rappeler que les grandes puissantes ne se sont jamais embarrassées de morale, d’éthique et n’ont pas hésité à mettre en sourdine leurs traditionnels (et trop souvent tropicalisés) antiennes sur le respect des droits de l’homme lorsque cela les arrangeait ou allait à l’encontre ce qu’ils considéraient comme leurs intérêts nationaux bien compris.
Dans cette émission, Hubert Védrine revient également sur la politique de coopération au développement dont il demande une remise à plat des différentes approches, trop souvent considérées comme des remèdes miracle, et appelle à plus de modestie dans la conception, la définition et la mise en œuvre de politiques de développement, co-développement, etc., et notamment à développer un partenariat réel avec d’un côté les acteurs donateurs (donateurs bilatéraux –France, Grande Bretagne, Allemagne, etc. – et multilatéraux –Union Européenne notamment) et les pays récipiendaires de ces politiques et actions avec pour impératifs que ces derniers aient au préalable clairement pensé et défini des stratégies propres et leurs objectifs en terme de développement et de coopération.
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21:15 Publié dans Média, Monde, Rapports et publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Védrine, Mondialisation
mercredi, 14 novembre 2007
Le côté peu reluisant de l'humanitaire?
L'affaire autour de l'épopée tchadienne de l'ONG français, "l'Arche de Zoé", qui a récemment secoué le monde de l'humanitaire (Courrier international dans son numéro 889 du 15 novembre 2007 revient sur cette affaire avec un dossier intitulé Afrique: le bazar de l'humanitaire), et sur laquelle beaucoup a déjà été dit, a mis à jour un des nombreux aspects les moins souhaitables et les plus critiquables qui trouvent dans ce monde et les situations de désastre, de misère, de malheur, de souffrance et de désordre qui en constituent la trame de fond, des environnements propices pour se développer.
Dans un tout autre registre, on peut également évoquer une autre tendance qui s'est développée au fil des années autour de l'humanitaire et du secours à des causes humaines particulières. Il s'agit notamment de ce qui a été qualifié de Charity Business; phénomène qui aurait transformé l'humanitaire en une sorte de business, en une opportunité pour certaines personnalités ou entreprises d'offrir, sous couvert d'actions philanthropiques, une meilleure image d'eux; image qui, selon leurs espérances, déteindrait sur leurs activités principales.
A côté de ce phénomène, s'est également développée toute une économie autour du système d'assistance humanitaire à l'échelle mondial, une économie de l'humanitaire. L'article suivant, paru sur le site de Courrier international, évoque certains aspects de cette réalité, notamment la logique mercantiliste et capitaliste sous-tendant la politique des États-Unis, premier donateur mondial d'aide alimentaire; politique destinée en partie à privilégier au maximum les intérêts des sociétés agro-alimentaires et maritimes américaines. Cette politique voudrait par exemple que "75% de l'aide alimentaire américaine devrait être produite et conditionnée aux États-Unis et acheminée par des navires battant pavillon américain".
A priori, on peut justifier ce choix par la volonté des Etats-Unis de voir leur contribution s'organiser autour d'un système reposant sur des règles bien précises et sur lequel ils conserveraient une emprise. Or, là ou le bât blesse c'est que cette politique ne va pas toujours sans conséquences d'un côté sur l'efficacité et la viabilité sur l'aide qui est délivrée et de l'autre sur le tissu agro-alimentaire des pays qui sont les destinataires de cette aide.
Cet article met la lumière sur un des nombreux travers des politiques d'aide et d'assistance humanitaire. La même réflexion pourrait également être étendue aux politiques et initiatives d'aide au développement qui ne souffriraient pas de moins de paradoxes et d'aspects critiquables; ce qui aurait eu pour conséquence de relativiser dans une certaine mesure leur efficacité et leur effectivité et surtout d'affecter leur rationalité. Toutefois, dans ces domaines, l'approche la plus rationnelle, optimale, cohérente et efficace reste une quête perpétuelle et un défi posée à la communauté international dans son ensemble et à chacun de ses principaux acteurs en particulier.
17:05 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humanitaire, USA, Arche de Zoé, France
vendredi, 02 novembre 2007
La France réfléchie sur sa politique de défense et de sécurité nationale pour les 15 prochaines années
Depuis le 4 octobre 2007, la Commission du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale mise en place par le Président Français, Nicolas Sarkozy, pour réfléchir sur les orientations et notamment l'actualisation des enjeux, menaces, risques auxquels est confrontée la France, et aux réponses à y apporter, a débuté ses auditions publiques d'experts et de personnalités du monde des médias, de la politique, de la politique internationale, académique, religieux, etc.
La Commission a été installée le 23 août 2007 pour élaborer le nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et notamment pour évaluer les besoins et les nouvelles exigences en matière de défense de la France. Selon la lettre de mission adressée par le Président Français à la Commission, "le futur Livre blanc définira un concept de défense globale de la France et de ses intérêts. Il portera sur les domaines de la défense et de la sécurité. Il devra couvrir une perspective d'une quinzaine d'années, tout en ayant vocation à être actualiser régulièrement".
Ont déjà été auditionnées par la Commission, entre autres personnalités, Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires étrangères, Javier Solana, Haut Représentant de l'Union Européenne pour la PESC, Patricia Allemonière et Jean Guisnel, journalistes, James Dobbins, Directeur de l'International Security and Defense Policy Center de la RAND Corporation et ancien Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'UE et Souleymane Bachir Diagne, chercheur et philosophe et professeur à l'Université Northwestern d'Evanston (Illinois, Etats-Unis), Sir Lawrence Freedman, membre de l'IISS, expert en questions de défense et de sécurité.
La plupart de ces auditions portent un intérêt particulier pour la compréhension d'un certain nombre de problématiques tant régionales que globales.
11:15 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Sécurité nationale, Défense nationale
dimanche, 24 juin 2007
Mésentente entre la France et l'Union Africaine au sujet de la conférence sur le Darfour?
Depuis quelques semaines, et plus particulièrement depuis l'annonce de la France de l'organisation, aujourd'hui 25 juin 2007 à Paris, d'une réunion ministérielle du groupe de contact élargie sur le Darfour, on perçoit comme une certaine réprobation chez certaines parties. Cette rencontre, au cours de laquelle seront notamment examinées la relance du processus politique, la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour, la reconstruction et le développement des zones affectées par la crise et ses répercussions régionales, a pour principal objectif de "renforcer la mobilisation internationale autour des efforts de l'Union Africaine (UA), de l'Union Européenne (UE) et de l'ONU au Darfour et dans la région". De plus, elle intervient quelques jours après l'accord du Soudan sur le déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour.
Cette initiative, qui intervient au moment où la politique intérieure française se trouve à un tournant, voire à un nouveau départ, avec notamment l'élection de Nicolas Sarkozy comme le président qui voudrait ramener son pays au premier rang sur la scène européenne et internationale et lui faire jouer un rôle majeur et occuper la place d'acteur qui donne l'impulsion et l'initiative, constitue l'une des manifestations de la volonté des nouvelles autorités françaises de faire de la résolution de la crise du Darfour une des priorités de leur diplomatie. Toutefois, cette posture volontariste de la France, ou tout au moins le moment et la manière dont elle s'est manifestée a semble-t-il été mal perçue par certaines parties à la gestion et à la résolution de ce dossier.
Dès que l'idée de l'organisation de cette rencontre a été avancée et annoncée le 8 juin 2007, les autorités soudanaises ont exprimé leur opposition à sa tenue, jugeant, par la voix de leur Ministre des Affaires étrangères, Lam Akol, à l'issue d'un entretien avec le Ministre français des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, lors de son étape soudanaise (10 au 11 juin 2007) la date choisie pour cette initiative "inopportune", arguant, pour justifier cette opposition, l'existence de nombreuses initiatives diplomatiques sur le Darfour et appelant plutôt à une convergence vers la médiation conduite par l'ONU et l'UA (1).
La deuxième réaction à cette initiative serait venue de certains fonctionnaires de l'UA. Selon certaines informations, l'UA n'aurait "pas apprécié de n'avoir pas été consultée avant l'annonce de cette réunion". De plus, "la France aurait dû consulter l'UA, qui travaille depuis plusieurs années sur le dossier du Darfour, avant de lancer cette initiative qui n'a pas grand sens (...) et devrait plutôt s'associer à ses efforts et soutenir l'AMIS ainsi que la mise en place de la force hybride, mais pas jouer cavalier seul" (2). Voici semble-t-il les principaux griefs qui seraient à l'origine de la non participation probable de l'UA à la conférence internationale sur le Darfour du 25 juin 2007. A trois jours de la tenue de cette rencontre, malgré l'invitation qu'elle a reçu et la visite du Directeur Afrique du Quai d'Orsay au siège de l'UA à Addis-Abeba, le 21 juin dernier, on ne savait toujours pas si l'UA sera représentée à cette rencontre. Toujours est-il que l'absence de l'UA, pour le moment occultée et ignorée par l'annonce de la participation confirmée de nombreuses personnalités, pays et institutions internationales (3), pourrait justifier que l'on se pose des questions sur la manière dont est perçue cette initiative. Ce d'autant plus que l'UA est membre du groupe de contact sur le Darfour, au même titre que le Canada, les Etats-Unis, la France, la Norvège, les Nations Unies, les Pays-Bas, le Royaume Uni et l'Union Européenne. La présence du Ghana, qui occupe actuellement la présidence de l'UA, ne saurait à ce propos remplacer celles des principaux fonctionnaires et dirigeants de l'UA qui au jour le jour sont impliqués dans la gestion de la crise au Darfour, tel que le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré ou le Commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, Saïd Djinnit.
La décision d'organisée cette conférence, marque de la dynamique nouvelle, du nouvel activisme diplomatique français, (opportunisme?) et manifestement acte unilatéral (quoique louable en soi) a touché la susceptibilité (compréhensible? à juste raison?) de l'UA, qui a tout de même, et ce malgré les difficultés auxquelles sa force de paix fait face dans l'accomplissement de son mandat au Darfour et au fait que la résolution de cette crise est loin d'être acquise, pris le parti, depuis le début, de jouer un rôle de premier plan. Il était donc naturel, pour l'UA notamment, de se voir soutenue dans ses efforts aussi bien politiques que diplomatiques; au lieu de cela, elle a le sentiment d'avoir été ignorée sur ce dossier par la France. C'est sans doute cette interprétation qui serait à l'origine de la frustration de certains fonctionnaires de l'UA qui n'auraient guère apprécié, et par conséquent voulu s'associer à, l'initiative française. Du côté de la diplomatie française par contre, on ne semble pas partager cette perception des choses. En effet, selon le porte-parole du Quai d'Orsay (4), la France était "en contact très étroit avec l'UA avant cette réunion". L'UA quant à elle, aux dires du porte-parole du Quai d'Orsay, souhaiterait rester fidèle "à la ligne de conduite qu'elle a suivie jusqu'à présent, [elle qui n'a] jamais participé à des réunions du groupe de contact".
Loin d'accorder une importance surdimensionnée à ce qui semble être une simple mésentente sur une méthode ou tout au moins sur une initiative, il était important d'évoquer cette réalité. Dans la situation actuelle et compte tenue des enjeux moraux, politiques, diplomatiques, etc., qui sous-tendent la crise du Darfour et de la mobilisation dont elle est l'objet au niveau international, toutes les bonnes volontés, toutes les forces politiques et diplomatiques sont les bienvenues et toutes les synergies souhaitables pour permettre une résolution rapide et durable de cette question. A ce titre, il est nécessaire et salutaire, pour les milliers des personnes du Darfour, persécutées, réfugiées, déplacées, violées, etc., au nom et pour le salut desquelles tous semblent se mouvoir, que prévale une plus grande coordination afin que la communauté internationale puisse parler et agir de manière cohérente, solidaire et concertée, de telle sorte aussi qu'on n'ait pas l'impression que certains pays souhaitent instrumentaliser la résolution de cette crise à des fins de gloire diplomatique nationale.
Il est enfin à souhaiter que cette rencontre aboutisse sur des résultats concrets qui permettraient de mettre en place des mécanismes ou règles susceptibles de faire converger et coordonner et de soutenir de manière efficace les différentes actions et négociations diplomatiques, menées notamment par l'ONU et l'UA en vue de la relance du processus politique au Darfour devant conduire à un accord de paix inclusif, de permettre la mise en place effective et rapide des différents modules d'appui de l'ONU à la mission de l'UA au Soudan (MUAS) et le déploiement de la force hybride ONU-UA.
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1. "Khartoum rejette la proposition française", Afriquecentrale.info, 11 juin 2007.
2. "L'initiative française guère appréciée par l'UA", Afriquecentrale.info, 19 juin 2007.
3. En ce qui concerne les participations à cette rencontre, au 22 juin 2005, selon le Quai d'Orsay, les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège, l'Allemagne, au titre de la Présidence de l'Union européenne, l'Italie, la Suède, le Danemark et le Portugal seront représentés par leur ministre des Affaires étrangères; Lord Triessman, le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'Afrique, représentera le Royaume-Uni, les vice-ministres des Affaires étrangères chinois, russe et japonais seront présents. L'Egypte sera représentée par un vice-ministre, la Belgique par le ministre de la Coopération au développement et l'Espagne par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Pour l'Union européenne, outre M. Steinmeier au titre de la Présidence, M. Javier Solana, haut-représentant pour la PESC, M. Louis Michel Commissaire chargé du Développement, et M. Brylle, qui est l'envoyé spécial de l'Union européenne pour le Darfour, seront présents. La délégation de l'ONU sera conduite par le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon. Elle comprendra M. Guéhenno, Mme Margareta Wahlstrom, M. Eliasson, M. Guterres et un représentant du PNUD. Le Secrétaire général de la Ligue arabe sera présent, de même que le directeur général de l'OCI, le président de la Banque africaine de développement et le vice-président pour l'Afrique de la Banque mondiale.
4. Point de presse du porte-parole du Quai d'Orsay, 22 juin 2007.
22:40 Publié dans Crise du Darfour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : France, Darfour, Union Africaine, Sarkozy
jeudi, 24 mai 2007
Darfour: retour sur une crise qui mobilise sans trouver de solution
Au moment où le rapport d'Amnesty international 2007 sur la situation des droits de l'homme dans le monde, publié le 23 mai 2007, dresse un tableau peu reluisant de la situation des droits de l'homme au Soudan et particulièrement au Darfour, situation caractérisée par des viols, homicides, déplacements forcés de populations, actes de torture, attaques de convois humanitaires, etc. (1); au moment encore où un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme au Soudan, rendu public le vendredi 18 mai 2007, épingle également ce pays pour des exactions contre les populations civiles au Darfour qui ont continué entre les mois de janvier et mars de cette année; au moment enfin où un rapport d'Amnesty International, publié le 9 mai dernier, a révélé, ce qui n'était alors qu'un secret de polichinelle (2), les violations de l'embargo sur les armes (3) à destination des groupes armés non gouvernementaux au Darfour imposé par les Nations Unies en juillet 2004 par la résolution 1556 du Conseil de sécurité, violations qui entretiendraient la poursuite des violations des droits humains dans cette région; bref, au moment où la question du Darfour reste plus que jamais d'actualité, il ne serait pas inopportun de revenir sur cette situation, avec en toile de fond la conférence organisée le 10 mai 2007 à l'Institut de Hautes Etudes Internationales de Genève (Suisse) et animée par Gérard Prunier, spécialiste de l'Afrique de l'Est et auteur de nombreux ouvrages et articles sur cette région, dont le plus récent, intitulé Le Darfour, un génocide ambigu (Editions de la Table Ronde, Paris, 2005), traite largement du conflit au Darfour.
Portant sur le thème "Geopolitics and Darfur", cette conférence fut l'occasion pour Gérard Prunier de revenir sur cette question complexe pour essayer d'en démêler les principaux écheveaux et d'en présenter les ressorts historiques, culturels, sociaux, économiques, diplomatiques et géopolitiques.
Depuis que le conflit dans cette région occidentale du Soudan, grande comme la France, a éclaté en février 2003 et qu'il a été progressivement porté à la connaissance de l'opinion publique mondiale, notamment par le biais d'images et de chiffres chocs, sous le prisme d'une crise humanitaire, d'exactions et de violations de droits humains et que des accusations de génocide ou d'actes constitutifs de génocide ont été avancées par des ONG et une mission d'enquête internationale mandatée par les Nations Unies (4), de nombreuses initiatives diplomatiques ont été entreprises, plusieurs campagnes d'information, de mobilisation des opinions publiques (*) ont été lancées à l'échelle mondiale.
A ce titre, pour le conférencier, l'on ne saurait de prime abord appréhender la complexité de la situation au Darfour s'il est fait abstraction du Soudan dans son ensemble. Pour se faire, il est brièvement revenu sur l'histoire de la région du Darfour (épisode qu'il aborde plus longuement et substantiellement dans son ouvrage susmentionné) qui, s'est joué dans un contexte historique caractérisé par des rivalités et réalités coloniales du XXeme siècle. Ainsi, avant 1960, le Darfour était un territoire indépendant du Soudan; il ne tomba dans la sphère territoriale et politique du Soudan tel qu'il était alors constitué à cette époque que lorsque les rivalités entre l'Angleterre et la France se firent une fois de plus jour dans cette région du monde. L'"acquisition" du Darfour se caractérisa dans les années qui suivirent par une marginalisation accrue et par des écarts importants en termes de développement et de mise en valeur entre cette région et d'autres parties du Soudan, telles la Vallée du Nil à l'Est et le Centre du pays. Le Sud du Soudan a également souffert de cette marginalisation; ce qui fut l'une des raisons qui conduit au conflit ayant opposé pendant un peu plus d'une vingtaine d'année le Sud-Soudan au pouvoir central de Khartoum.
Ainsi, alors que la population des trois provinces du Darfour s'accroissait, les infrastructures sanitaires, routières et éducatives n'ont pas suivi. C'est ce sentiment d'abandon et d'être méprisé par le Gouvernement central de Khartoum et, paradoxalement, la paix signée entre le Sud-Soudan et Khartoum (5), qui ont poussé deux mouvements rebelles (le Mouvement de Libération du Soudan -MLS-, souhaitant un meilleur partage des richesses et le Mouvement Justice et Egalité -MJE- de tendance islamiste et ayant un agenda plus national voire indépendantiste) composés de populations originaires du Darfour qui a mis le feu au poudre en février 2003.
Le conférencier est ensuite revenu sur la nature des oppositions dont il s'est attelé à déconstruire certaines idées préconçues. Il a ainsi insisté sur le fait que le conflit au Darfour n'était pas le résultat d'une opposition aux couleurs religieuses, avec d'un côté des Chrétiens et de l'autre des Musulmans et encore moins un affrontement aux lignes clairement démarquées entre populations "Arabes" et "Noires". La stratégie à laquelle l'on a assisté de la part du gouvernement de Khartoum pourrait se résumer à une instrumentalisation de franges de la population darfourienne prônant une idéologie raciste persistante et fondée sur la supériorité des Arabes sur les populations "noires", qui ne mériteraient que la place d'esclaves qui sied à des êtres inférieurs; ce serait au sein de ces franges que le gouvernement de Khartoum a décidé de recrutés et armés des miliciens Janjawids, auprès de qui furent sous-traités les actes qui leurs sont actuellement reprochés. Par ailleurs, pour invalider une autre idée et perception du conflit qui a largement été avancée au début du conflit au Darfour, il est important de préciser que toutes les populations du Darfour sont musulmanes. De plus, les nombreux mixages de populations rend véritablement difficile et peu évidente la distinction entre un "arabe" et un "noir".
De ce qui précède, l'on peut avancer sans risque de se tromper que la véritable nature de l'opposition à laquelle l'on assiste au Darfour se trouve plutôt dans une configuration mettant en place un centre (Khartoum) et une périphérie (Darfour) marginalisée. Cette situation, qui n'est pas propre au Darfour, porte en elle des germes conflictogènes susceptible de déclencher dans le future des revendications et soulèvements similaires dans la province occidentale du Kordofan (région contigüe du Darfour).
La situation au Darfour est aujourd'hui, plus que jamais, le théâtre de grandes manoeuvres géopolitiques et diplomatiques d'acteurs sous-régionaux, étatiques pour la plupart, essayant d'utiliser cette question et sa résolution pour faire avancer des agendas et intérêts particuliers. Sur cet échiquier, on retrouve la Libye, qui depuis les années 1980 s'est intéressée à la région du Darfour dans le cadre du conflit qui l'opposait au Tchad, qui quant à lui constitue également une des pièces maîtresses du jeu et l'Erythrée, qui malgré, ou du fait, des soupçons qui planent sur son soutien en sous-main de l'insurrection au Darfour, a proposé de jouer un rôle de médiateur. A ces acteurs, il faudrait également ajouter les soutiens diplomatiques du gouvernement de Khartoum que sont la Chine, la Russie et la Ligue Arabe qui, pour les deux premiers, sous couvert d'intérêts pétroliers (6) notamment, et pour le second, d'ignorance de la situation et de raisons "objectives (7) n'ont jusqu'à présent pas été d'un grand soutien aux efforts du reste de la communauté internationale pour trouver une solution à cette crise; ajouté à cela les ambiguïtés internes qui caractérisent et limitent la politique et l'implication américaine peut expliquer pour partie le statu quo.
Au-delà de la situation humanitaire à laquelle tout le monde s'accorde sur la nécessité de trouver une solution durable et efficace (8), il se pose la question de la relance d'un processus politique de paix réellement inclusif qui viendrait mettre un terme à la situation "inacceptable" cristallisée par l'Accord de paix au Darfour signé le 5 mai 2006 entre Khartoum et le frange du Mouvement de Libération du soudan dirigée par Minni Minawi. A ce propos, Gérard Prunier est revenu sur cet Accord dont il a soulevé les points qui à son sens en constituaient des limites. Ainsi, outre le fait qu'il exclu plusieurs parties prenantes, il ne règle pas la question de l'indemnisation des personnes qui ont souffert de violences, de vols, et destructions de tous leurs biens et ne résout que très partiellement, sinon pas du tout, les questions relatives au partage du pouvoir.
A ce propos, Jan Eliasson, l'Envoyé spécial de l'ONU pour la crise au Darfour, qui s'est inquiété de la "radicalisation de la situation dans les camps de déplacés et de réfugiés et de la frustration qui s'y développe" (9) a indiqué que pour arriver à des négociations politiques efficaces, ainsi qu'à une cessation des hostilités, il était nécessaire de réunir les initiatives menées par l'ONU, l'Union africaine, l'Erythrée ou la Libye en un "processus convergent" qui devra inclure non seulement les autres mouvements rebelles, la société civile, les chefs de tribu et les déplacés, mais également le Tchad.
La question du Darfour constitue un véritable défi pour la communauté internationale et pour l'Afrique en particulier. Cependant, force est de reconnaître que ni l'une, ni l'autre n'a encore su y répondre de manière efficace tant les enjeux paraissent divergents.
(*) Mardi 29 mai, une soirée spéciale Darfour qui débutera à 20h40 (heure de Paris) est organisée par la chaîne France 5, soirée au cours de laquelle seront présentés trois documentaires. Jeudi 30 mai, le magazine Envoyé spécial diffusé à partir de 20h50 (heure de Paris) sur la chaîne France 2 présentera deux reportages sur la Darfour avec une interview de l'acteur américain, George Clooney, auteur d'une campagne d'information et de mobilisation mondiale sur cette crise.
Cet article est également publié sur Multipol
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1. Ces violations ont été à la fois le fait des milices Janjawids, des mouvements rebelles darfouriens et de militaires et policiers gouvernementaux.
2. Le groupe d'experts créé aux termes d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour surveiller l'embargo sur les armes décrété en 2004 a signalé à plusieurs reprises des violations de l'embargo par toutes les parties au conflit.
3. Les armes en question proviennent notamment de la Chine et la Russie.
4. Pour en savoir plus sur ce qui a été conclu concernant les accusations de génocide au Darfour, lire le rapport de la commission internationale d'enquête qui a été mandatée par le Conseil de sécurité des Nations Unies par sa résolution 1564 du 18 septembre 2004.
5. La paix signée entre le Sud et le gouvernement central a été le résultat de négociations menées sous les auspices de l'Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD) entre 1994 et 2001. Ces négociations ont conduit à la signature en juillet 2002 du Protocole de Machakos qui prévoit notamment l'organisation d'un référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan qui sera organisé à l'issue d'un période d'intérim de 6 ans et la non application de la loi islamique dans le Sud. Deux ans plus tard, le 9 janvier 2005, furent signées les Accords de Naivasha qui mirent un terme au conflit entre le Nord et le Sud.
6. Pour des analyses et études sur les liens entre le pétrole et la conflictualité en Afrique consulter le lien suivant.
7. Pour de nombreux pays arabes, le conflit du Darfour est perçu sous le prisme, dont on trouve des traces dans l'histoire, de l'opposition entre "monde musulman" ou "arabe" et "Afrique noire" ou encore de l'opposition entre "monde musulman" et "monde occidental"; dans cette configuration leur penchant irait objectivement du côté de Khartoum.
8. Le nouveau Ministre Français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a exprimé son souhait de faire de la résolution de la crise au Darfour une priorité pour la diplomatie Française. Cela s'est notamment manifesté par la tenue, le samedi 19 mai dernier, d'une réunion de travail ayant rassemblé, outre le Ministre et son Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, les services compétents du Quai d'Orsay et des représentants d'ONG.
9. "Jan Eliasson souligne la nécessité de faire converger les différentes initiatives de médiation entreprises pour le Darfour", Centre de Nouvelles ONU, 18 mai 2007.
23:05 Publié dans Crise du Darfour | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Darfour, Union Africaine, France, ONU, Afrique


























