vendredi, 08 août 2008

Le Darfour est-il trahi par la communauté internationale?

Au cours de ces derniers jours qui ont notamment coïncidé avec le premier anniversaire de la Résolution 1769 du Conseil de Sécurité de l'ONU autorisant le déploiement de la Mission conjointe ONU-UA au Darfour (UNAMID) et le renouvellement de son mandat pour une année supplémentaire, avec la volonté du Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) de poursuivre le Président Soudanais, Omar El-Bashir, pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, et dans la perspective du début, aujourd'hui 8 août, des Jeux Olympiques de Pékin (Chine) avec la volonté de profiter du fait que le pays organisateur, réputé être l'un des principaux soutien du Soudan, au sein du Conseil de sécurité de l'ONU notamment, soit au centre de l'actualité mondiale, le Darfour est revenue en première place sur l'agenda international.

La mobilisation internationale que le drame humanitaire qui se déroule au Darfour depuis 2003, avec la création de coalitions, d'organisations et de mouvements citoyens dans plusieurs pays du monde*, l'organisation de campagnes de sensibilisation qui ont vu l'implication de 34651a287bcc6c68c18741c7e7f7501f.jpgstars internationales, de nombreuses initiatives diplomatiques avec notamment la tenue de conférences et rencontres internationales (en France et en Libye notamment) et la nomination de deux médiateurs conjoints, l'un pour le compte de l'ONU, Jan Eliasson, et l'autre pour celui de l'Union Africaine (UA), Salim  Ahmed Salim, à qui s'est récemment joint Djibril Yipènè Bassolé, en qualité de médiateur conjoint ONU-UA, et l'établissement de la Mission conjointe, ONU-UA, de maintien de la paix au Darfour, l'UNAMID, attestait semble-t-il d'un engagement sèrieux et durable de la communauté internationale.

Ainsi, l'UNAMID, après de nombreuses difficultés (principalement techniques et politiques), causées notamment par les obstacles posés par les autorités Soudanaises et la nécessité de marchander sur les termes et les conditions de son établissement, a pris le relai de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) en janvier de cette année. Toutefois, il était clair dès le début qu'à elle seule, l'établissement de cette mission de maintien de la paix ne pouvait 14d8f538eff7ce35024bc114a3199905.jpg stabiliser la situation et qu'une solution politique entre les différents protagonistes devant passer par des négociations de paix inclusives étaient plus que nécessaire; domaine dans lequel peu d'avancées sont à noter jusqu'à présent.

Pour en revenir à l'UNAMID, il semble que sa mise en oeuvre traîne le pas, rendant la situation sur le terrain, et pour la force et pour les populations qu'elle est supposée protéger, encore plus incertaine et précaire. L'UNAMID n'en est qu'à environ 40% de son déploiement avec, sur les 26.000 soldats, policiers et personnels qui sont sensés la constituer, moins de 10.000 actuellement sur le terrain. Aussi, la force ne semble pas disposer des équipements de transports devant lui assurer tout le soutien logistique et la mobilité nécessaires. C'est notamment le cas de camions pour transporter le matériel de la force de Port Soudan (sur les bords de la Mer Rouge, à l'Est du soudan) à la région du Darfour (à l'Ouest du Soudan), d'ingénieurs et d'unités logistiques spécialisées.

Ainsi, alors que l'UNAMID manque encore de moyens aériens et notamment d'hélicoptères (18 hélicoptères de transport et 4 hélicoptères tactiques) et que les principaux pays qui pourraient en mettre à la disposition de la force semblent pour le moment traîné les pieds, affirmant notamment pour certains ne pas en disposer ou alors pour des raisons politiques que le rapport d'une coalition d'ONGs récemment publié et intitulé Grounded. The International Community’s Betrayal of UNAMID évoque en mettant en lumière ce qui peut s'assimiler à un manque de volonté politique de la part de la communauté internationale et plus particulièrement de certains de ses membres. Le rapport procède ainsi à un état des lieux de la disponibilité en hélicoptères des pays de l'OTAN (organisation qui a déjà dans le passé apporté un soutien logistique dans le cadre du déploiement des troupes de l'AMIS et une assistance technique par le biais de formations apportées à certains personnels de cette mission) et des principaux pays bb91351878cef371e10c9e83f7f4736d.jpgcontributeurs en troupes et matériels de l'ONU.

On apprend ainsi qu'à la différence de la Belgique, du Canada, de l'Estonie, de l'Islande et du Luxembourg qui ne disposent actuellement pas d'hélicoptères répondant aux besoins et spécificités techniques exprimés par l'ONU (en termes de capacité d'emport et de champ d'action), et de l'Allemagne, de la Norvège, et du Royaume Uni qui ne disposent pas du tout d'appareils en surplus, la Bulgarie,  le Danemark, l'Espagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Inde, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, le Pakistan, la Pologne, le Portugal, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Turquie possèdent bien des appareils qui pourraient être mis à la disposition de l'UNAMID. Et de conclure qu'actuellement l'Espagne, l'Inde, l'Italie, la République Tchèque, la Roumanie et l'Ukraine étaient en position de fournir a priori quatre fois le nombre des hélicoptères nécessaires à l'UNAMID.

Dans le même ordre d'idées, dans un rapport publié le 28 juillet dernier et intitulé Putting People First: The Protection Challenge Facing UNAMID in Darfur, la coalition d'ONGs Darfur Consortium revient sur ce qu'elle assimile a une faillite des leaders mondiaux à tenir les promesses et engagements pris vis-à-vis des populations du Darfour à travers l'établissement de l'UNAMID. Pour se faire, elle évalue l'efficacité de la force UNAMID au cours des six mois qui ont suivi son déploiement en donnant la parole à des Darfouris, experts et travailleurs humanitaires. Il en ressort de son travail un constat déjà évoqué et connu de tous: une force sous-équipée, mal formée, manquant de personnel, avec pour résultat le fait que beaucoup de Darfouris ne se sentent pas plus en sécurité qu'avant l'arrivée de la force.

Cela étant dit, il faut toutefois souligner que si la force de l'UNAMID peut jouer un rôle certain dans la stabilisation et la sécurisation du Darfour, la paix dans cette région ne proviendra pas de l'extérieur et encore moins de la constitution de la meilleure force de maintien de la paix, fut-elle dotée des meilleurs soldats et équipements; ceux-ci ne sauraient être que des moyens et facilitateurs pour y parvenir; c'est là d'ailleurs, faut-il le rappeler, la logique sous-tendant les opérations de paix. Le règlement de la crise du Darfour ne proviendra que de la volonté des différentes parties de réellement vouloir arriver à un règlement négocié; volonté qu'on a de la peine à percevoir et à identifier de part et d'autre de l'échiquier Soudanais.

* Americans Against Darfur Genocide, Collectif Urgence Darfour, Darfur Action Group of South Carolina, Darfur Australia Network, Darfur Call, Darfur Hilfe e.V., Darfur Relief and Documentation Centre, Darfur Union, ENOUGH Project, Italians for Darfur, Japanese for Darfur, Olympic Dream for Darfur, San Francisco Bay Area Darfur Coalition, Save Darfur Coalition, Save Darfur Canada, Sudan Advocacy Action Forum, Team Darfur, etc.

Crédit images: Site de l'UNAMID

samedi, 05 juillet 2008

Changement à la tête du DOMP de l'ONU: occasion pour un bilan

Au courant de cet été Jean-Marie Guéhenno, l'actuel Secrétaire général Adjoint de l'ONU en charge des Opérations de maintien de la paix, quittera son poste après huit années passées à la tête de ce Département central pour la mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales qui a été confiée à l'Organisation mondiale. Au cours de ces dernières années, le maintien de la paix a fait l'objet de nombreuses évolutions à la fois conceptuelles et opérationnelles; l'accroissement du nombre d'opérations de maintien de la paix, de soldats de la paix, les casques bleus, sont également à mettre au compte de ces évolutions. Par ailleurs, le maintien de la paix a été confronté à un certain nombre d'enjeux et défis; il a enfin eu à faire face à de multiples crises d'efficacité, de crédibilité et de légitimité de la part de certains des Etats-membres de l'ONU et de certaines opinions publiques; crises résultants d'échecs marquants, en Somalie, au Rwanda et en Bosnie-Herzégovine notamment.
 
Au moment où il se prépare à céder ce poste à un autre Français, le diplomate Alain Le Roy, Jean-Marie Guéhenno revient sur les défis auxquels sont et seront confrontées les opérations de maintien de la paix actuelles et futures dans des contextes de plus en plus complexes de reconstruction d'Etats fragiles, en faillite ou ayant faillis; contextes pour lesquels la communauté internationale ne dispose pas encore d'instruments et outils qui se soient révélés efficaces. Il a livré ses réflexions, regrets et espoirs lors d'un entretien dans le cadre de l'émission le "Talk de Paris" le vendredi 4 juillet 2008 sur la chaîne France 24.
 
Voir la vidéo de l'émission (1ère Partie, 2ème Partie)
 

jeudi, 06 décembre 2007

Quoi de neuf au Darfour?

d0ad42be97874cadb63cbac8feaec45d.jpgL'actualité concernant le Darfour a été assez riche ces dernières semaines avec un certain nombre de faits marquants. C'est ainsi qu'en plus de la série de documentaires intitulée "L'enfer brûle toujours au Darfour" diffusés le 4 décembre dernier et rediffusés le 6 décembre à partir de 9h55 sur Arte, l'International Crisis Group (ICG) a publié le 26 novembre un rapport intitulé "Darfur's New Security Reality", suivi le 27 novembre par une réunion publique (1) au Conseil de sécurité de l'ONU qui s'est tenu autour du Rapport du Secrétaire-général de l'ONU sur le déploiement de l'Opération hybride ONU-UA au Darfour. A l'occasion de cette réunion, le Conseil a entendu des présentations faites par Jan Eliasson, Envoyé Spécial du SG de l'ONU, et Jean-Marie Guéhenno,  Sous-Secrétaire Général en charge des Opérations de maintien de la paix, qui ont dressé un état des lieux du processus politique et notamment des négociations et efforts de paix (sous les auspices de l'UA et de l'ONU) en oeuvre depuis leur lancement le 27 octobre 2007 à Syrte (Libye) entre les principaux rebelles du Darfour et le Gouvernement Soudanais et des difficultés liées au déploiement de la Force hybride ONU-UA au Darfour (UNAMID).

De ces récents évènements, il en ressort un certain nombre de faits portant sur les situations humanitaire et sécuritaire et sur le déploiement de la Force hybride. Ainsi, il a été fait état de confrontations qui se sont multipliées entre les différentes parties, faisant de l'environnement sécuritaire et du niveau de violence dans certaines régions du Darfour un facteur de préoccupations croissant, ayant pour corollaire de réduire les possibilités d'accès des agences humanitaires aux populations nécessitant une assistance diverse (personnes déplacées et réfugiées) et de contribuer de ce fait à la détérioration de la situation humanitaire. A titre d'illustration, en octobre seulement, plus de 30.000 civils ont été déplacés par des confrontations entre les Forces gouvernementales et des groupes rebelles non signataires de l'Accord signé en mai 2005 et entre différents mouvements rebelles. Dans le même temps, sept travailleurs humanitaires Soudanais ont été tués au Darfour.

Concernant toujours la situation sécuritaire, de nombreux conflits intertribaux portant sur l'accès aux sources d'eau et sur le foncier seraient en train de se développer. De plus, les camps de personnes déplacées seraient le lieu de tensions croissantes, du fait notamment de raids des forces gouvernementales et de la circulation d'armes. Des tensions similaires gagneraient également les populations Arabes de cette région; tensions qui menacent de s'étendre à la région du Kordofan, voisine de celle du Darfour (2).

En ce qui concerne  la Force hybride, ce n'est véritablement plus un secret que sa constitution et forcément son déploiement connaissent depuis ces derniers mois des difficultés particulières relatives au recrutement de certaines de ses composantes et à l'acquisition de certains matériels tactiques nécessaires pour permettre à la Force de remplir son mandat de manière efficiente et effective, de disposer de toute la crédibilité nécessaire et d'éviter de ce fait, comme le dit Jean-Marie Guéhenno, toute situation d'humiliation qui aurait des conséquences négatives pour l'avenir des opérations de maintien de la paix. Aux dires de Jean-Marie Guéhenno, les principaux défis auxquels est confrontée la mise en oeuvre de cette Force se résument aux trois éléments suivants: la génération de la Force, l'identification finale de la composition de la Force et les questions bureaucratiques relatives notamment aux autorisations et accords entre le Gouvernement Soudanais et la Mission et principalement à l'accord sur le statut des forces de la Mission.

La génération de éléments de la Force bute notamment sur le refus des autorités soudanaises du déploiement de soldats spécialisés en provenance de certains pays tels que des ingénieurs norvégiens et des forces spéciales thaïlandaises, évoquant, comme un dogme, le caractère Africain -reconnu et accepté par plusieurs résolutions de l'ONU- qui doit caractériser cette Force. Concernant la position soudanaise, il serait intéressant d'écouter les explications du Représentant Permanent du soudan aux Nations Unies, l'Ambassadeur Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad.

Pour ce qui est du volet matériel, à quelques semaines de ce qui doit marquer le transfert d'autorité de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) à l'UNAMID et par conséquent le début son mandat, l'UNAMID ne dispose toujours pas des capacités de mobilité critiques pour opérer sur un territoire aussi grand que celui du Darfour. Il s'agit notamment d'unités de transports et de logistiques qui doivent être constituées de 18 hélicoptères et d'unités tactiques qui devront être constituées de 6 hélicoptères.

Ce sont donc là les principales informations qui ressortent notamment des briefings de Jan Eliasson et de Jean-Marie Guéhenno au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Gouvernement de Khartoum a bien sûr été vivement accusé de continuer à recourir à des tactiques dilatoires et à ériger un certain nombre d'obstacles dans la mise en oeuvre effective de la force hybride et de ne pas coopérer suffisamment avec l'ONU et l'UA dans ce domaine; chose que réfute bien entendu le Soudan en affirmant avoir respecter tous ses engagements et fourni les terrains, les services et la logistique nécessaires. Il faut également mentionner les réelles difficultés auxquelles est confronté le Département des Opérations de maintien de la paix pour rassembler les moyens aériens de la Force et notamment le peu d'empressement -qui n'est pas nouveau, rappelons le désengagement progressif des pays occidentaux des terrains de maintien de la paix Africains- des pays qui disposent de ces moyens.

Une chose est sûre, tous les aspects concernant la gestion et la résolution de la crise au Darfour se caractérisent par des progrès limités et de nombreux obstacles. Il est également clair que si les difficultés relatives à la mise en oeuvre de la Force hybride ONU-UA ne trouvent pas de solutions d'ici le 1 janvier 2008, date à partir de laquelle elle est supposée prendre le relai de la Mission de l'Union Africaine au Soudant (AMIS) et débuter ses opérations, avec plus principalement le déploiement de toutes ses composantes, hommes et matériels, aérienne notamment, et principalement d'une partie substantielle de la force susceptible de la faire disposer de toutes les capacités nécessaires dans ce contexte particulièrement difficile et exigeant qu'est le Darfour, l'espérance des populations du Darfour sera quelque peu déçue. Or, il est déjà clair que l'UNAMID mettra plus de temps à se mettre en place, avec pour corollaire un risque pour la situation au Darfour de ne pas se stabiliser et la continuation des souffrances des déplacés et réfugiés et plus généralement des populations du Darfour.

Précédentes notes sur le Darfour

Cette note est également publiée sur Multipol

--------------

1. Il est également possible de voir la séance du Conseil de sécurité de l'ONU en cliquant ici.

2. Voir le Rapport de l'ICG.

lundi, 19 novembre 2007

Bilan des OMP

0c93196a3a88860548e16c4e2ed4d194.gifLes opérations de maintien de la paix (OMP), plus particulièrement celles de l'ONU, demeurent encore, plus de cinquante ans après leur création, des outils de la politique internationale d'une utilité certaine, compte tenue du rôle central qui est le leur dans le cadre des mécanismes de prévention, de gestion et de résolution des conflits. De plus, les concepts et doctrines sous-tendant les mandats et missions qui leur sont attribués ne cessent d'être revus et l'objet d'évolutions pratiques.

Quelques unes de ces questions sont abordées dans l'émission "Les Enjeux internationaux" diffusé le 9 novembre 2007 sur France Culture au cours de laquelle est esquissée  un bilan des opérations de maintien de la paix; de même que sont brossées les réalités politiques sous-tendant leur conduite et évoquées les évolutions doctrinales et numériques des OMP, leurs succès, leur efficacité et leurs échecs.

Les "Enfants de la paix"

Alors qu'un nouveau scandale concernant des allégations d'abus et d'exploitations sexuels impliquant un casque bleu de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) fait l'objet d'un enquête interne à l'ONU 1622cd815f3917b5fb9825b415d55fd4.jpg, venant s'ajouter à plusieurs autres affaires d'abus sexuels (y compris sur des mineurs), de prostitution et de trafics de minerais qui mis cette mission au devant de l'actualité depuis son déploiement en 2001, revenons sur une histoire similaire qui est survenue il a plusieurs mois en Côte d'Ivoire et impliquant des soldats du contingent marocain de l'Opération des Nations Unies dans ce pays (ONUCI).

Toutefois, avant d'en venir au cas de l'ONUCI donnons quelques informations relatives à la nouvelle affaire impliquant la MONUC. On a ainsi appris samedi 17 novembre dernier, l'ouverture d'une enquête pour des allégations concernant un cas d'abus et d'exploitation sexuels avec violence survenus dans la nuit du 13 au 14 novembre 2007 impliquant un casque bleu du contingent marocain de la MONUC basé à Bunia, capitale de la province de l'Ituri (nord-est de la RDC). Ce soldat aurait eu des rapports sexuels avec une jeune congolaise qui l'accuse de ne pas lui avoir payé la somme convenue en échange de ses faveurs et de l'avoir blessé au visage par arme blanche.

Ces quelques faits montent qu'on se trouve vraisemblablement face à un cas de prostitution. toutefos, dans l'attente de nouveaux développements relatifs à cette nouvelle affaire qui remet au goût du jour ces pratiques tant décriées impliquant certains éléments d'opérations de maintien de la paix de l'ONU,  revenons sur le cas qui a concerné l'ONUCI. Pour rappel, l'affaire impliquant des soldats du contingent marocain de l'ONUCI avait éclatée au grand jour par la révélation de la naissance d'une dizaine d'enfants à Bouaké, fruits des "bonnes relations" qui s'étaient peu à peu tissées entre certains soldats appartenant à ce contingent et certaines filles appartenant à la population locale de cette ville du centre du pays. Cette révélation est survenue, comme une illustration, dans le contexte d'un scandale qui mettait en cause des casques bleus de l'ONU, en l'occurrence ceux du contingent sus-évoqué, pour des allégations d'exploitations et abus sexuels. Ces accusations lui avaient, malgré la vive protestation surprenante des populations qui avaient alors apporté leur soutien au contingent incriminé, valu de se voir cantonné dans ses quartiers et l'ouverture d'une enquête pour établir les faits. Il s'était également avéré qu'un véritable système de prostitution s'était développé autour de ce contingent et que plusieurs de ses soldats (qui apparemment avaient déjà des familles dans leur pays) s'en étaient retournés chez eux en laissant derrière eux leurs progénitures sans donner de nouvelles.

Au-delà des scandales et soupçons d'exploitations et abus sexuels et de pratiques diverses, contre lesquelles la politique onusienne de tolérance, de complaisance et d'impunité zéro doit tout naturellement s'appliquer, compte tenue de la crédibilité que doit conserver toute intervention de l'ONU, fut-elle conduite par des hommes originaires de pays différents, il est primordial que les soldats, hommes et femmes (à ce propos, que dirait-on si une femme en service pour l'ONU entretenait une relation avec un "local", histoire d'amour?), servant sous sa bannière fassent preuve du plus haut degré d'intégrité et soit l'incarnation des idéaux (bien que cette position puisse s'avérer d'un angélisme béat) que se veut porter l'organisation au niveau mondial; cela encore plus dans des contextes souvent marqués par des années d'injustice, de violence physiques et psychologiques sur les populations.

Toutefois, au-delà de ces affaires d'exploitations et abus sexuels, il ne faut pas méconnaître, par pour excuser ou relativiser ces faits, le caractère humain des hommes et femmes servant sous mandats onusiens, avec ce que cela comporte comme qualité, sens du dévoiement et du devoir et défauts propres à la nature humaine. De plus, de tout temps, et dans chaque situation mettant en contact des troupes étrangères et des populations d'un pays ou d'un territoire particulier, que ce soit dans le cadre de guerres, d'occupations militaires et bien entendu d'opérations de maintien de la paix, des relations se sont établies entre ces différents acteurs du fait notamment de la cohabitation et des interactions de plus en plus croissantes qui ont en partie, concernant les opérations de paix, pour explication le fait que ses soldats et personnels se voient singulièrement confiés des missions (de maintien de l'ordre, de sécurisation et de protection, de camps de réfugiés ou déplacés, de protection des droits de l'homme, etc.) dans des zones d'habitation, au milieu de villes; interactions aboutissant nécessairement  à l'établissement de liens particuliers qui peuvent aussi bien se fonder sur des logiques d'exploitation ou de profit de la misère ambiante que sur de réelles relations humaines; relations pouvant également permettre la mise en place et le développement "d'économies de la chair". Force est de reconnaître que à ce propos que de nombreux couples se sont formés pendant la guerre du Viêt-Nam entre soldats américains et femmes vietnamiennes (même s'il y a aussi eu des cas d'exploitations et d'abus et notamment de viols pendant ce conflit). Cela étant dit, on peut se demander s'il y a-t-il une place légitime et acceptée, par l'ONU notamment ou les pays dont sont originaires les soldats, même si pas encouragée, pour ce dernier type de relations dans le cadre des opérations de maintien de la paix?

Bien sûr, il ne s'agit pas ici de faire l'amalgame et de mettre sous le même chapitre exploitations et abus sexuels et les relations qui peuvent naturellement s'établir entre un homme et une femme au-delà du contexte dans lequel elles évoluent. A ce titre, on pourrait également se demander si la "déontologie" et le code de conduite des opérations de maintien de la paix l'ONU qui interdissent aux soldats et personnel en général d'établir des relations intimes avec les populations locales, nonobstant son bienfondé et notamment les dérives contre lesquelles  cette posture voudrait lutter, est réaliste.

Pour terminer, il faut préciser que ces cas de mauvaises conduites, qui entachent quelque peu la renommée des soldats de la paix de l'ONU, ne représentent que des situations marginales qui ne doivent en aucun cas remettre en cause le rôle central et de plus en plus important que joue la dizaine d'opérations de l'ONU actuellement déployée dans de nombreux contextes de conflits et de reconstruction post-conflit de par le monde.

mercredi, 08 août 2007

Force Hybride ONU-UA au Darfour

La résolution 1769 adoptée le 31 juillet dernier par le Conseil de sécurité des Nations Unies autorisant le déploiement de la plus grande (1) et onéreuse (2) opération de maintien de la paix actuellement dans le monde: l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (Soudan), la MINUAD. Cette mission qui a reçu pour mandat d'assurer, entre autre, la protection des travailleurs humanitaires et des populations dans cette région en crise depuis un peu plus de quatre ans a largement été salué par la communauté internationale. Elle marque une première en ce qui concerne son caractère conjoint, ONU-UA; sorte de compromis entre une Union Africaine (UA), qui malgré les difficultés diverses auxquelles elle fait face dans le déploiement de ses opérations de paix, entend renforcer son rôle dans le domaine de la paix et de la sécurité du continent, et une ONU qui malgré tout conserve une responsabilité première dans la maintenance de la paix et de la sécurité internationales et demeure à cet égard le partenaire idéal et obligé de l'UA dans ce domaine sensible. Par ailleurs, la grande mobilisation internationale dont a fait l'objet la question du Darfour, n'en faisant plus une affaire strictement africaine, que l'intervention de cette dernière n'avait pas réussi à régler, peut également expliquer cet issue.

Malgré cette décision qui marque une évolution notable dans le cadre de la gestion et de la résolution de cette situation, il ne faudrait pas faire preuve d'un trop grand enthousiasme et, au contraire, rester plus que jamais mobilisé. Il faut s'accorder ainsi sur le fait que cette force ne constituera pas la panacée à la résolution du conflit. Dans le contexte qu'est celui du Soudan et du Darfour plus particulièrement, un certain nombre d'actions et d'initiatives politiques notamment, doivent être entreprises et soutenues. A ce titre, les négociations prévues pour septembre 2007 entre le gouvernement de Khartoum et les mouvements rebelles, qui avaient été exclus du précédent Accord de paix signé en mai 2005, revêtent une importance tout aussi particulière sur la voie vers un accord de paix inclusif, bref vers une paix réelle à "maintenir". Il est tout aussi important d'établir et de mettre en oeuvre un cessez-le-feu entre tous les protagonistes (Gouvernement et ses supplétifs Janjaouites, mouvements rebelles).

Dans cette perspective, l'accord sur un plateforme commune de revendications issue de la réunion qui a eu lieu du 4 au 6 août dernier à Arusha (Tanzanie) sous les auspices de l'ONU et de l'UA constitue un pas non négligeable, quoique fragile et assez superficiel. Cette plateforme porte entre autre sur la question des compensations financières à accorder aux personnes déplacées au Darfour, sur la question foncière, ainsi que sur une meilleure représentation au niveau des institutions fédérales (écoutez l'interview de Roland Marchal sur RFI notamment au sujet de ce qu'on peut attendre de cette rencontre). La phase des négociations proprement dites avec le gouvernement de Khartoum s'annonce quant à elle plus difficile compte tenue de la réaction initiale des autorités soudanaises par rapport à certaines des demandes figurant dans la plateforme commune de revendications des mouvements rebelles (voir le lien suivant).

A présent que cette opération a vu le jour, sur le papier du moins, beaucoup reste encore à faire, d'un point de vue technique, afin qu'elle devienne un réalité sur le terrain et qu'elle puisse donner toute la mesure de sa capacité dans la perspective d'une contribution effective à la stabilisation et à l'amélioration de la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour. Sa constitution et son déploiement effectif revêtent ainsi de nombreux défis. Le premier d'entre eux porte sur sa constitution. En effet, il ne sera pas facile de rassembler les 26.000 militaires et policiers, qui selon la logique de la force, devraient principalement être Africains.

A ce niveau, l'on peut déjà exprimer quelques inquiétudes quant à la possibilité pour les pays Africains de fournir la grand partie des troupes nécessaires, lorsqu'on sait les difficultés que rencontre actuellement la Mission de l'Union Africaine en Somalie, l'AMISOM, pour obtenir les troupes nécessaires pour la stabilisation de la capitale somalienne. Ainsi, sur les 8.000 hommes qui sont supposés constituer cette force, seuls 1.600 soldats ougandais sont actuellement sur le terrain; le déploiement des autres étant retardé par des questions d'ordre logistique, par le peu de progrès dans la réconciliation et le dialogue politique et par l'absence de garanties de sécurité minimale sur le terrain pour les pays souhaitant y envoyer des troupes. Toutefois, le fait que la force qui vient d'être autorisée sera sous mandat onusien, avec ce que cela suppose comme soutien politique, financier et technique de la part de la communauté internationale, est susceptible de rassurer et d'apporter des garanties aux potentiels pays contributeurs. A cet effet, un certain nombre de pays africains et non africains (Union Européenne et Indonésie par exemple) ont déjà exprimé leur volonté d'y contribuer par l'envoi de troupes et policiers ou par un soutien financier et technique.

Dans un tout autre ordre d'idée, les forces militaires et policières africaines qui seront déployées dans le cadre de cette force devront posséder de réelles capacités techniques en terme de formation et d'équipement, prérequis qui ont déjà largement fait défaut dans le cadre de précédents déploiements d'opérations africaines de maintien de la paix sur le continent, ce nonobstant les différents initiatives et programmes ayant visé au renforcement des capacité africaines de maintien de la paix (citons par exemple l'ACOTA -African Contingency Operations Training and Assistance Program- Américain, le RECAMP -Renforcement des Capacités de Maintien de la Paix- Français, les différentes Ecoles de la paix sur le continent, etc.), qui bien qu'ayant sans aucun doute permis de faire évoluer les choses dans un bon sens, n'ont pas régler définitivement la question des capacités africaines pour le maintien de la paix.

Force est donc de reconnaître que de nombreux défis attendent cette force qui constitue un précédent dans le monde des opérations de maintien de la paix à la fois pour l'ONU et pour l'UA (3). Toujours est-il que compte tenu des défis et besoins sur le terrain, le déploiement de cette force est une nécessité et devrait permettre de faire avancer la résolution de cette question qui depuis quatre ans mobilise la communauté internationale. A ce titre, contrairement aux inquiétudes exprimées plus haut, relatifs à sa constitution, on peut déjà se réjouir de l'annonce faite par l'ONU au sujet des promesses de contributeurs de troupes et policiers.

------------------------------------

1. La Force sera composée de 20.000 militaires et de 6.000 policiers, auxquels s'ajouteront entre 4.000 et 5.000 personnels civils locaux et internationaux. Elle dépassera en dimension la Mission de l'ONU en RDC avec ces 21.962 personnes (militaires, civiles, volontaires, etc.).

2. Elle devra coûter un peu plus de deux milliards de dollars pour un an, plus les coûts relatifs à son déploiement.

3. Une analyse plus profonde de cette Force hybride est actuellement en cours. Elle reviendra notamment sur le parcours ayant conduit à sa création, sur sa nature, son mandat, ses enjeux, etc.

mardi, 07 août 2007

Crisis Guide: Darfur

c94161af17ae2436d6db6b3392486ade.jpgLa question du Darfour a été abordée à plusieurs reprises sur ce blog. Elle reste malgré tout plus que jamais d'actualité. C'est la raison pour laquelle, vous est recommandé ce document fort intéressant du Council on Foreign Relations, qui constitue un outil dicdacticiel d'information qui, recourant à une approche interactive à base d'images, de vidéos, d'interviews, de liens, etc., revient sur la crise du Darfour. A ce titre, il revient de manière chronologique et succincte sur quelques faits et moments significatifs de l'histoire du Soudant depuis son indépendance, ainsi que sur les différents conflits qu'il a connu, plus particulièrement sur celui du Darfour. Ce rappel historique s'arrête toutefois au mois d'avril 2007.

Ce document revient également sur un certain nombre de conflits qu'a abrité le contient Africain en en présentant un résumé très succinct. Sont aussi présentées les différentes interventions de l'ONU et de l'UA avec des liens pour approfondir. Dans un tout autre registre, sont présentées les zones d'influence des anciennes puissances coloniales.

Depuis qu'elle a éclaté au début de l'année 2003, la crise du Darfour a mobilisé, en plus de parties non négligeables des opinions nationales Européenne et Américaine (on déplore à cet effet la passivité des opinions publiques africaines), et vu l'implication de plusieurs acteurs internationaux au rang desquels, par ordre alphabétique,  la Chine, la Cour pénale internationale, les Etats-Unis, la Ligue Arabe, l'ONU, l'UA, l'UE, et de nombreuses ONG. Le document revient sur le rôle que chacun d'entre ces acteurs a joué ou joue encore.

Pour terminer, est présentée une analyse du concept récemment créé au sein de l'ONU de "Responsabilité de protéger". Pourquoi ce concept n'a-t-il pas été mis en oeuvre dans le cadre de la crise du Darfour? Pourquoi la communauté internationale rencontre-t-elle autant de difficulté à en faire une réalité au vue de la situation humanitaire au Darfour, situation dont elle a conscience, puisqu'ayant fait l'objet de nombreux rapports de l'ONU et d'ONG. Un expert apporte une tentative de réponse à ces interrogations.

Cliquez ici Crisis Guide: Darfur